TÉMOIGNAGE EN CONFINEMENT DE BERNARD ROCHON

Bernard Rochon : «Tout ce temps m'a juste confirmé que je ne suis vraiment pas prêt pour prendre une retraite»

Yves Lafontaine
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Fugues
Photo prise par © Fugues
La COVID-19 chamboule nos vies d’une manière qu’il est encore difficile à mesurer. Nous avons demandé à Bernard Rochon, coiffeur, peintre et photographe, de nous dire comment cette crise l’a affecté personnellement…
 
 
Comment la crise de la COVID-19 t’a-t-elle affecté?
À la fin de Février, j’étais en vacances et j’ai commencé à entendre parler de la COVID19. À mon retour, à mon grand étonnement, j'entendais parler de cas à Montréal et de confinement et je croyais que c’était pour être que pour 2 semaines. Mais cela ne fut pas le cas. Le 15 mars j’ai dû arrêter de travailler.
 
À quoi ressemblent tes journées ces temps-ci?
Parfois à écouter les nouvelles, cela me rendait inconfortablement anxieux. J’ai donc pris la décision d'écouter les résumés afin de ne pas embarquer dans la névrose sociale. Je demeure seul avec mon chien, un labernois de 9 ans qui, lui, est bien content que je passe toutes mes journées avec lui. Mais je crains qu'il s’ennuie beaucoup quand je retournerai au travail.
 
Durant cette période, nous avons beaucoup de temps pour soi… Comment fais-tu pour que le confi-nement se passe mieux?
A vrai dire, le confinement a été profitable dans mon cas. Mon propriétaire a profité du contexte pour faire des rénovations chez moi. La salle de bain, complètement rénovée et agrandie, ainsi que la buanderie, et l'entrée de mon appartement. Il a fait tomber les murs pour déplacer la porte d'entrée et que l’escalier puisse ouvrir dans l’appartement.
 
Meilleur propriétaire à Montréal. Je ne pouvais pas faire grand-chose sauf regarder la poussière envahir chez moi mais je ne m'en faisais pas. Je savais que c'était provisoire. J'allais prendre des marches avec mon chien et je faisais le souper pour nous et le conjoint de mon propriétaire. Je passais mes journées en vêtements de travail car, des fois, je pouvais l'aider un peu. De temps à autre, j'appelais des ami.es que je savais seul.es ou avec une santé fragile.
 
Tout ce temps à la maison m'a juste confirmé que je ne suis vraiment pas prêt pour prendre une retraite. J'aime ma profession et mes clientes et collègues alors pourquoi lâcher tout ça? Cela m’a permis de consolider ma relation avec mon propriétaire, son conjoint et quelques nouveaux voisins.
 
Considères-tu que les gouvernements — ici ou ailleurs — gèrent adéquatement la situation?
Je nous considère, les Canadiens, privilégiés d’avoir de l’aide financière en comparaison avec nos voisins Américains. Je constate que certains gouvernements ont pris trop de temps pour réagir et ont même nié le danger de ce virus.
 
Crois-tu que ta vie ou celle des autres sera transformée par la suite au niveau de nos interactions sociales? Si oui, de quelles manièr(s?
De constater les dommages et le danger, et que toute l’humanité a été touchée, je crains que les futures guerres ne se feront pas avec des armes mais avec des virus de la sorte ou pires encore. Je crois sincèrement que nous devrions apprécier davantage ce que nous avons et non ce que nous voulons avoir.
 
De régler certains désaccords que nous avons avec nos proches afin de ne pas regretter un jour leur absence. Je garde toujours foi dans l’avenir car ça prend parfois des crises de la sorte pour permettre aux gens de se rapprocher. Mais parfois aussi pour mettre fin à des relations ou des situations.