Entrevue avec Robert Beaudry, membre du Comité exécutif de la Ville de Montréal

«Nous sommes en mode solution»

Denis-Daniel Boullé
Commentaires

Réouverture des restaurants et des bars, piétonisation de rues, respect des normes sanitaires par la distanciation physique, relance de l’économie locale, régler la question des locaux commerciaux vides, constructions de logements sociaux et abordables, le panier d’enjeux auxquels est confronté la Ville de Montréal débordent.

Pas question de dissocier dans les propositions et les actions le court terme et le long terme selon Robert Beaudry, le membre du comité exécutif de la ville. Le court terme, c’est bien évidemment ce que l’on nomme aujourd’hui comme le post-Covid-19, le long terme, ce sont les dossiers en cours avant la pandémie pour améliorer la qualité de vie des montréalais.es, soutenir l’économie, et maintenir voire augmenter les petits commerces et privilégier la consommation de proximité.

Encore faut-il que chacun y mette du sien, ce qui n’a pas été le cas de fonctionnaires de la ville qui ont émis des amendes contre trois restaurants dans le Village qui avaient osé mettre soit un banc, soit des pancartes sur le trottoir.

 

Compte-tenu de la pandémie et des difficultés que vivent les restaurants actuellement, n’était-ce pas faire preuve d’un zèle excessif de la part des fonctionnaires de la ville?

J’ai parlé aux trois propriétaires des commerces concernés. D’autre part, nous avons demandé à nos fonctionnaires d’être en mode solution. Nous voulons donner aux commerçants un peu plus de souplesse tout en restant intraitable sur la sécurité et l’accessibilité universelle des espaces piétonniers et des trottoirs. On veut que nos fonctionnaires soient en mode solution, entre autres pour des commerçants qui prennent des initiatives pour améliorer leurs activités commerciales. En fait, nous souhaitons que les fonctionnaires, face à une initiative des propriétaires, trouvent une solution plutôt que de directement sanctionner.

Bien évidemment, tant que nous n’avons pas le feu vert de la santé publique, nous ne pouvons donner l’autorisation de s’installer sur les trottoirs ou dans la rue. Mais en raison de la situation particulière que nous vivons, nous devons être plus flexibles. Si un banc contre une devanture de magasin ne gêne pas l’accessibilité tout en étant sécuritaire pour les personnes qui passent à côté, on ne voit pas où est le problème. J’ai discuté personnellement avec les trois commerçants qui ont reçu des avis d’infraction, et la situation est réglée.

 

La mairesse, Valérie Plante, avait annoncé un plan de déconfinement fin mai, mais on l’attend toujours…

Pour avancer dans le plan de déconfinement, nous ne pouvons prendre de mesures sans obtenir l’aval de la Santé publique. Nous travaillons en amont pour prévoir la date à laquelle les restaurants, les bars, etc., rouvriront, mais il nous faut le "go" de la Santé publique. Donc le déconfinement, comme on peut le voir, est évolutif dans le temps. Pour donner un exemple, il faut actuellement paramétrer les mesures de distance physique à l’intérieur des restaurants, la circulation des client.es et du personnel. Il faut éviter que l’on soit, après avoir déconfiné, obligé, de fermer de nouveau certains types de commerce.

 

Actuellement, ce que tout le monde attend, c’est la réouverture des restaurants et des bars. Surtout depuis que la rue Sainte-Catherine dans le Village est redevenue piétonnière.

Effectivement, et nous pensons aussi à l’ouverture des bars et des restaurants dans la rue. Nous avions les terrasses, mais ce n’est pas la solution envisagée pour le maintien d’une distanciation physique. Nous pensons actuellement à des solutions plus souples, et un allègement plus grand que pour les années passées. Une terrasse pouvait coûter entre 600 et 30 000$ à son propriétaire dépendamment de la grandeur. Cette année, le coût sera 50$ par commerce pour déployer des équipements extérieurs.

On va aussi déployer un cadre pour l’occupation du domaine public plus tolérant qui devra toujours prôner la sécurité et l’accessibilité universelle. La sécurité et l’accessibilité restent des priorités qui ne changeront pas. Il y aura moins d’investissements à faire de la part des commerçants tout en permettant une meilleure accessibilité à la clientèle. Un plan sera annoncé dans les jours qui viennent.

 

Beaucoup s’inquiètent de fermetures à venir de commerces et d’une augmentation du nombre de locaux vides, déjà nombreux, aussi bien sur Ste-Catherine que sur d’autres grandes artères de Montréal?

C’est pour cela que nous travaillons sur l’après-Covid-19 avec les commerçants et les organismes qui les représentent. Nous allons faire une campagne en partenariat avec les Sociétés de développement commercial (SDC) pour la promotion de l’achat local, favoriser la piétonisation ou augmenter l’espace pour les passant.es, comme c’est déjà le cas sur différentes artères. Pour l’arrondissement Ville-Marie, un plan économique en partenariat avec les SDC va être bientôt annoncé.

Il faut rappeler que le Programme particulier d’urbanisme (PPU) des Faubourgs a identifié la rue Sainte-Catherine comme le cœur du développement économique du quartier des Faubourgs et comment nous pouvons réaménager la rue. D’ailleurs, dans les premiers gestes, c’est l’agrandissement du parc de l’Espoir qui va reprendre.

Cela permettra des rassemblements tout en gardant la distanciation. Nous devons capitaliser sur des zones de réaménagements temporaires ou permanentes toujours en lien avec les SDC, pour donner plus d’espaces aux piétons, et ceux-ci étant plus nombreux, on pourra avoir un plus grand achalandage dans les commerces de la rue.

 

La Covid-19 a remis au premier plan des problématiques qui n’ont toujours pas trouvé de solutions, comme le logement abordable et le logement social?

Bien sûr la Covid-19 a fait ressortir des problématiques auxquelles nous devons nous attaquer. Avec le logement, on pourrait ajouter le manque d’espaces verts pour se promener au centre-ville, par exemple. Pour le logement, il est difficile de demander aux gens de se confiner lorsqu’ils sont mal logés ou qu’ils occupent un logement insalubre. Il le faut impérativement pour la relance de Montréal. Avant la crise, c’était pertinent; avec la crise, c’est devenu nécessaire de créer des espaces verts, des poumons. Il est également nécessaire d’aller de l’avant avec le règlement Pour une métropole mixte afin de permettre une systématisation de l’abordabilité du logement social partout à Montréal. Il faut continuer ce que nous avions déjà commencé à faire.

 

Tout cela demande de l’argent…

Effectivement, ça demande beaucoup d’argent et il faut que tous les paliers de gouvernement se mettent ensemble pour investir et intervenir. Ce n’est pas une dépense, c’est un investissement. Se loger, avoir de l’espace, c’est essentiel et ce n’est pas un caprice. Malheureusement, il n’y a pas eu de nouveaux investissements pour le logement social depuis deux ans de la part du Québec ce qui est inadmissible.

Dans toutes les relances économiques, on a investi des sommes du gouvernement provincial et du gouvernement fédéral dans le logement social, parce que c’est un levier de développement économique. Dans le développement commercial, c’est la même chose, la relance passe par de l’investissement. En fait nous travaillons en même temps sur des plans de sauvetage et des plans de relance.