Chine

Le mariage gai, grand absent du premier Code civil chinois

La promulgation en Chine du premier Code civil a douché les espoirs de la communauté homosexuelle de voir le mariage gai légalisé dans un pays où l'union entre un homme et une femme reste la norme.

Les gais et lesbiennes «ne se sentent pas respectés», peste le jeune trentenaire Sun Wenlin, premier en Chine à avoir lancé une procédure - infructueuse - en 2015 pour obtenir l'autorisation de se marier avec un partenaire de même sexe.

Le mariage gai reste un rêve lointain dans un pays qui classait encore officiellement l'homosexualité comme une maladie mentale jusqu'en 2001.

Des dizaines de millions d'entre eux vivent leur relation dans la clandestinité ou sont contraints à un mariage hétérosexuel pour répondre à la pression parentale qui exige des petits-enfants.

La légalisation du mariage homosexuel figurait parmi les principales suggestions des citoyens lorsque les législateurs chinois ont sollicité l'an dernier des avis sur la manière de modifier le Code civil.

La non-reconnaissance du mariage pour tous a été un «coup dur» pour la communauté LGBT, victime de brimades et d'une augmentation des licenciements abusifs, affirme le responsable d'une association de défense, Peng Yanhui.

«Des centaines de milliers de personnes se sont manifestées. Elles ont partagé leurs histoires personnelles parce qu'elles voulaient du changement», assure-t-il.

Des parents qui acceptent l'homosexualité de leur enfant ont apporté leur soutien. Des actifs qui cachaient leur situation à leur employeur ont accepté de tomber le masque, ainsi que des couples homosexuels désirant adopter.

Cependant, le texte définitif du Code civil, promulgué le mois dernier, définit toujours le mariage comme «l'union entre un homme et une femme».

La communauté LGBT a réagi en faisant pression sur les universitaires et les élites qui ont l'oreille du Parti communiste (PCC) au pouvoir, et s'est mobilisée sur les réseaux sociaux en organisant des mariages «virtuels", où le public est invité à formuler des vœux en ligne.

«Même sexe, même droits» est l'un des messages à revenir le plus fréquemment.

Sun Wenlin avait été débouté en 2016 de sa plainte déposée contre l'administration pour avoir refusé d'enregistrer son mariage. A l'époque, il avait monté les marches du tribunal de Changsha (centre) en tenant la main de son compagnon.

Avec d'autres militants, il travaille à présent sur une vaste enquête pour dresser un tableau de la situation.

«Il n'y a pas assez d'études sur la vie et les difficultés des minorités sexuelles en Chine», assure Mr. Sun. «Cela a été un frein à la compréhension des problèmes de la communauté par les décideurs politiques», croit-il savoir.

Le mariage pour tous est un sujet central, dans un pays où seuls les couples mariés peuvent adopter des enfants ou conjointement acheter un bien immobilier.

Résultat, les couples LGBT qui veulent avoir un enfant sont obligés d'aller à l'étranger pour chercher traitements de fertilité ou mères porteuses, à un coût exorbitant.

D'autres essaient d'obtenir un passeport étranger pour l'enfant pour éviter les questions indiscrètes sur la filiation.

La légalisation du mariage homosexuel pourrait également résoudre des problèmes liés à la propriété.

He Meili a quitté son emploi pour soigner son partenaire malade pendant 12 ans.

Mais à sa mort en 2016, il s'est retrouvé du jour au lendemain sans abri.

"Ses parents ne voulaient pas me laisser dans la maison où on avait vécu ensemble", raconte M. He à l'AFP.

Ce dernier a perdu son recours judiciaire, son partenaire n'ayant pas laissé de testament. Les juges ont refusé de reconnaître la légalité de leur relation.

Le Code civil reconnaît désormais le «droit de résidence». Il permet au propriétaire d'un bien immobilier d'accorder à un individu le droit d'y vivre pour une durée déterminée.

Ce droit offre une rare protection aux couples de même sexe car la loi ne conditionne pas le type de relation entre les deux individus.

C'est une très bonne (avancée)... Au moins, les gens peuvent trouver un cadre juridique pour protéger certains de leurs droits et intérêts», estime M. He.

Rédaction avec AFP