Pologne / Présidentielle

Vers un second tour entre le président homophobe et un candidat gay friendly

Le candidat libéral gay friendly Rafal Trzaskowski a réussi à mettre en ballotage le président homophobe sortant. Le second tour s'annonce disputé selon les observateurs. 

Le chef de l'Etat polonais, le conservateur Andrzej Duda, candidat à sa réélection, est contraint à un second tour le 12 juillet par son rival libéral Rafal Trzaskowski, à l'issue du premier tour dimanche.

Andrzej Duda - qui a mené une campagne férocement homophobe - a obtenu le soutien de 41,8% de Polonais alors que le maire de Varsovie - qui a mis en oeuvre des mesures favorables  aux personnes LGBT dans sa ville - a été appuyé par 30,4% des électeurs, selon ce sondage réalisé par l'institut IPSOS après la fermeture des bureaux de vote.

Pour le candidat libéral, le deuxième tour sera "un choix entre la Pologne ouverte (...) et ceux qui cherchent tout le temps des conflits". "Je serai le candidat du changement", a promis M. Trzaskowski, âgé de 48 ans, dont le mot d'ordre est "On en a assez" et qui a bien des raisons d'espérer le soutien d'une bonne part des électeurs des autres concurrents.

La campagne électorale a été dominée par des préoccupations concernant l'état de la démocratie et les questions sociales et sociétales - dont les questions LGBT, alors que la Pologne fait face à sa première récession depuis la fin du communisme. Les Polonais se sont déplacés en masse aux bureaux de vote et le taux de participation était de 62,90%, selon le même sondage.

Réformes controversées 

Duda est soutenu par le parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir, considéré comme un allié clé du président américain Donald Trump, alors que les partenaires européens de Varsovie critiquent ses réformes, estimant qu'elles érodent la démocratie, trois décennies à peine après la chute du communisme.

Une victoire de M. Trzaskowski, porterait un dur coup au gouvernement du parti Droit et Justice (PiS), à l'origine d'une série de réformes controversées, notamment dans le domaine de la justice. Kazimierz Kik, professeur en sciences politiques à l'Université de Kielce (sud), a estimé que Duda avait "un plus grand potentiel" que Trzaskowski pour mobiliser les électeurs restés chez eux dimanche. Mais, selon le politologue Stanislaw Mocek, le président de l'Université Collegium Civitas à Varsovie, c'est Trzaskowski qui "a de bonnes chances de remporter" le second tour.

M. Mocek a averti qu'"on risque campagne brutale", notamment si Duda fait appel aux électeurs d'extrême droite dont le candidat a aussi obtenu un bon résultat lors du vote de dimanche. Selon un étude express réalisé après l'annonce du sondage à la sortie des urnes, et publié dimanche soir par la télévision TVN, Duda peut compter sur 45,5% des voix, face à 44,7% pour Trzaskowski, 9,9% des Polonais restant indécis.

"C'est un moment décisif. Beaucoup dépendra vraiment de cette décision", a déclaré l'icône de la lutte anti-communiste Lech Walesa en votant à Gdansk, une visière en plastique transparent sur le visage. Walesa, qui avait été élu premier président démocratique de Pologne en 1990, est un critique acerbe du gouvernement actuel.

La victoire de Duda devrait cimenter l'emprise du parti au pouvoir - au moins jusqu'aux prochaines législatives en 2023. Mais sa défaite pourrait voir son influence s'effriter et déclencher des élections anticipées. Pendant la campagne, M. Duda a attisé la controverse en appuyant les attaques du PiS contre les droits des homosexuels et les valeurs occidentales. Il a comparé "l'idéologie LGBT" à une nouvelle forme de communisme. M. Trzaskowski, lui, défend les droits des homosexuels et s'est dit ouvert à l'idée de partenariats civils de même sexe. Ces critiques pointent des faiblesses de son parti et dénoncent un bilan mitigé de sa première année à la tête de la mairie de Varsovie.

Rédaction avec AFP