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Pour découvrir les multiples définitions de la bispiritualité, une campagne est lancée

Collaboration Spéciale , Ici Radio-Canada
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Tunchai Redvers est la cofondatrice de We Matter.
Photo prise par © Tunchai Redvers est la cofondatrice de We Matter.

Une nouvelle campagne déployée sur les réseaux sociaux demande aux jeunes Autochtones de soumettre leur propre définition du terme « bispirituel ». Les réponses seront ensuite compilées dans un dictionnaire bispirituel spécialement créé pour l’occasion.

We Matter, une organisation dirigée par des Autochtones qui œuvre dans le soutien aux jeunes ainsi qu’à la promotion de la vie et la prévention du suicide, s'est associée à Facebook Canada et à l'agence de publicité Taxi pour cette campagne.

« Il y a tellement de confusion autour de la signification du terme bispirituel », a déclaré la cofondatrice de We Matter, Tunchai Redvers, une Dénée/Métis des Territoires du Nord-Ouest. « Mais il y a aussi une force et une beauté dans la façon dont chaque personne qui s’y identifie la définit pour elle-même. »

« Pour moi, je définirais la bispiritualité comme un terme qui englobe à la fois mon identité queer et mon identité autochtone », a-t-elle déclaré.

« Le terme bispirituel ne sépare pas ces deux parties de mon identité, je dirais plutôt que ces deux identités sont pleines en elles-mêmes. Et dans mon cas personnel, je dirais qu'il englobe une fluidité des esprits masculins et féminins. »

Tunchai Redvers affirme elle-même avoir eu de la difficulté à trouver sa propre identité en grandissant. Elle soutient qu'il est important de présenter une campagne virtuelle sur une plateforme d’envergure pour aider à lutter contre l'homophobie.

« Le taux de suicide chez les jeunes Autochtones est déjà plus élevé [que la moyenne], mais les jeunes bispirituels et ceux qui s’identifient [comme] LGBTQ+ meurent par suicide à des taux encore plus élevés », a rappelé Tunchai Redvers.

« Il y a encore tellement d'homophobie et de transphobie non seulement dans ce pays, mais aussi dans nos communautés autochtones. »

Histoire du terme

Albert McLeod, un aîné bispirituel de la nation crie Nisichawayasihk au Manitoba, s'est dit fier du travail entrepris par les jeunes bispirituels d’aujourd’hui.

Il rappelle que le terme bispirituel a été créé à Winnipeg en 1990, à un moment historique important où se produisaient des événements politiques comme la crise d'Oka et l'accord du lac Meech.

« L'identité de genre, la sexualité et l'orientation sexuelle recoupent la politique et les droits autochtones », a-t-il soutenu. « Pour les personnes bispirituelles, nous avons fait partie de cette histoire remontant aux premiers mouvements de défense des droits des Autochtones en Amérique du Nord. »

Albert McLeod explique que le terme a été forgé après que Myra Laramee, une aînée et éducatrice bispirituelle, en eut rêvé. Elle l'a ensuite présenté à un rassemblement qui a eu lieu à Winnipeg pour des personnes autochtones LGBT qui voulaient en savoir plus sur la spiritualité et la guérison traditionnelle.

Il constate que les communautés autochtones deviennent de plus en plus inclusives et que des communautés plus accueillantes pour les personnes bispirituelles aideront par le fait même à prévenir des suicides.

L’importance de la prévention du suicide

We Matter offre un programme, nommé Ambassadeurs de l'espoir, qui envoie des facilitateurs dans les communautés autochtones pour parler de sujets comme la prévention du suicide, l'autonomisation des jeunes et les questions autochtones.

L'un de ces ambassadeurs est John Peters, de la nation crie de Fox Lake au Manitoba. Il estime qu'une campagne sur les réseaux sociaux pour les jeunes bispirituels aidera à créer une communauté.

« C'est vraiment important pour les jeunes Autochtones, en particulier les jeunes bispirituels LGBTQ+. Ils doivent pouvoir se voir dans des publications où l'on parle de choses comme la santé mentale », a-t-il insisté.

La campagne a été lancée lors de la Journée des peuples autochtones, et acceptera les soumissions jusqu'en août. Celles-ci peuvent être envoyées directement au compte Facebook Messenger de We Matter.

Chacune des soumissions sera téléchargée sur le site web de We Matter et sera disponible en version imprimée et en PDF. Elle sera aussi envoyée aux communautés à travers le pays.

D’après un texte de Lenard Monkman de la CBC