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Des écrivains s'opposent à la tenue de la grande convention sur la science-fiction en Arabie saoudite

Sébastien Thibert
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La lettre ouverte rédigée par plus de 80 auteurs évoque l'homosexualité punie de mort, les restrictions à la liberté d'expression ou encore le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi pour justifier leur opposition.

L'Arabie saoudite est-elle une terre de partage de l'art ? La réponse n'est pas si simple. Le 25 juillet, la Convention mondiale de la science-fiction (ou Worldcon), qui distribue les prestigieux prix Hugo, a annoncé les villes candidates pour accueillir l'édition de 2022. Il faudra départager Chicago et Djeddah en Arabie saoudite. Mais le cœur des auteurs de SF penche déjà fortement pour la capitale de l'Illinois.

«Le régime saoudien est contraire à tout ce que la science-fiction et le fantastique (SFF) représentent», expliquent près de 80 auteurs dans une lettre ouverte. Anna Smith Spark a été la première à s'opposer à la candidature de Djeddah, rapidement suivie par des écrivains tels que Charles Stross, Juliet McKenna, Stan Nicholls ou encore Catriona Ward.

 

Ils soulignent dans leur déclaration que l'homosexualité est toujours illégale et punie de mort dans ce pays. Les restrictions à la liberté d'expression ou encore le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018 sont aussi des points relevés par les auteurs. Ils rappellent néanmoins qu'ils s'opposent avant tout au «régime saoudien qui est l'antithèse de tout ce que la SFF devrait défendre, absolument pas l'Islam ou la culture arabe auxquels la science et la littérature sont extrêmement redevables».

Pour ces auteurs la tenue de la convention à Djeddah «ouvrirait un nouveau monde aux fans qui, autrement, n'auraient peut-être jamais l'occasion de s'y rendre, et ferait preuve de solidarité avec les communautés créatives d'Arabie saoudite et d'autres États arabes». Mais ils jugent impossible pour l'Arabie saoudite de représenter cette vision moderne.

La lettre ouverte ne fait cependant pas l'unanimité. Tasser Bahjatt, l'un des auteurs de science-fiction à l'origine de la candidature saoudienne, explique au Guardian être «profondément préoccupé» par ce qui est écrit. «La WorldCon est déjà limitée dans sa diffusion car elle est principalement axée sur les pays de culture occidentale, et tant qu'elle sera la WorldCon, elle devra accepter le monde entier». Exiger l'interdiction de candidater pour l'Arabie saoudite «est absurde et malsain pour une conférence mondiale à long terme» dénonce le romancier. Il explique qu'il y a une différence entre «préconiser un changement qui, selon vous, rendrait le monde meilleur, et exiger que le monde adhère à votre propre code moral»«Lorsqu'un tel ton est utilisé, il n'est pas différent de celui des radicaux de l'autre côté», assène Tasser Bahjatt.

La Worldcon pour l'instant tente de minimiser la polémique. La candidature de Djeddah est recevable car elle répond aux «exigences techniques minimales». Quant au choix final, il sera fait par les instances dirigeantes de la convention qui «ne sont pas censées porter des jugements de valeur subjectifs», pas plus sur le choix du lieu de la manifestation que pour les prix qu'ils remettent.

Cette année, l'événement vient de s'ouvrir, virtuellement, en Nouvelle-Zélande et se tiendra jusqu'au 2 août. Washington DC a quant à elle été choisie pour accueillir l'édition 2021. En ce qui concerne 2022, il faudra attendre le vote des membres de la Worldcon, où Djeddah est opposée à la ville de Chicago.