L’édition 360 de FIERTÉ MONTRÉAL : Jeudi 13 août

«Noir et homosexuel, un décalage difficile qui finit par être une richesse», Ngabo

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Ngabo

Arrivé du Congo dans les années 2000, Ngabo s'est aujourd'hui fait un nom sur la scène musicale alternative de Montréal. Auteur compositeur ayant déjà édité plusieurs albums, c'est par la musique qu'il se sent réellement être et c'est aussi par la musique que se manifeste son engagement. Ngabo sera sur scène virtuellement pour une performance d'une vingtaine de minutes dans un spectacle appelé «Excellence», dont il partagera la vedette avec beaucoup d'autres chanteurs le 13 août, à 20h, dans le cadre de ce Fierté Montréal spécial.

Un parcours qui ressemble à beaucoup d'autres immigrants d'Afrique demandant de naviguer entre les obstacles les plus divers quand, en plus de ses origines, s'ajoute l'orientation 

sexuelle. Comment arriver à être soi-même dans une société d'accueil qui ne l'est pas toujours, comment être gai dans sa communauté installée ici peu ouverte à l’homosexualité? Les écueils et les épreuves, Ngabo les a vécues mais ne comptez pas sur lui pour qu'il en parle avec amertume, larmoiement, apitoiements. Peut-être que dès son plus jeune âge, il a eu conscience de sa différence et qu'il a rapidement appris à «dealer avec». 

«J'ai su très tôt que j'étais différent. Je ne suis pas très grand alors que mes pairs l'étaient au Congo. J'étais plutôt un bon élève, ce qui me classait à part, se rappelle Ngabo, On ne faisait pas appel à moi pour être dans une équipe sportive. Comme j'ai su aussi jeune que j'étais gai, même si je n'en parlais pas». Entre cette perception de lui-même versus la perception des autres, Ngabo développera des stratégies pour dépasser les obstacles dressés sur son chemin au Congo comme au Canada.

«Je l’ai pris rapidement comme un challenge; je ne pouvais me retrouver dans un ghetto culturel en raison de mon orientation sexuelle, ni tout à fait dans le milieu blanc de la musique. Il a fallu s'adapter tout en continuant à en parler avec les personnes que je croisais; pas toujours évident d'être constamment ramenée dans la marge».

Si ses ami.es et ses proches étaient au courant de son orientation sexuelle, cela fait peu de temps qu'il en parle, qu'il ose entre autres l'intégrer dans ses compositions. La raison en est bien simple et partagée par beaucoup d'immigrants qui proviennent de pays où l'homosexualité est encore taboue et fortement réprimée. «On pourrait penser qu'étant dans un pays où c'est plus facile de vivre ouvertement son homosexualité, nous n'aurions pas à être plus discrets sur cette partie de nous-mêmes, mais c'est oublier comment, dans les diasporas, la nouvelle circule vite et qu'elle peut se rendre dans notre pays d'origine et dans nos familles», explique le chanteur qui a finalement accepté en novembre 2018 de faire la couverture de Fugues (une très belle photo d’ailleurs).

«Et c'est encore pire aujourd'hui avec les réseaux sociaux. Nos familles, notre entourage au pays peut être victime de représailles, de commentaires désagréables répétés, en fait nous devons protéger nos familles même si parfois elles le savent, mais disons qu'aujourd'hui je me suis émancipé et n'ai plus envie de me cacher.»

Ngabo s'est produit sur de nombreuses scènes aussi bien au Canada, aux États-Unis qu'en Europe. Comme tous les artistes des arts vivants, il doit prendre le virage Covid-19. Ainsi sa prestation dans le cadre de Fierté Montréal 2020 se fera virtuellement, mais donnera l'occasion au public de découvrir ses toutes dernières chansons. Un rendez-vous pour tous les amateurs de musique. Donc, à ne pas oublier la présence de Ngago au spectacle Excellence, animé par Elle Barbara, le 13 août, de 20h à 21h sur MAtv.  

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