L’édition 360 de FIERTÉ MONTRÉAL : vendredi, 14 août

Plonger au sein de l’excentricité des CLUB KIDS de NEW YORK des années 90

Sébastien Thibert
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Personnage clef des Club Kids, le groupe de fêtards excentriques célèbre pour ses soirées subversives qui ont secoué la scène underground new-yorkaise des années 90, Walt Cassidy publiait il y a quelques mois un livre qui, à travers des images souvent inédites, retrace l’histoire et l’influence d’un mouvement trop souvent résumé à ses excès. Dans le cadre de Fierté Montréal, il sera l’objet d’une entrevue YouTube menée par Christopher DiRaddo qui nous proposera un journal visuel à fort impact sur la vie de Cassidy au sein de la célèbre scène des Club Kid de New York dans les années 1990.

À la mort d’Andy Warhol, plusieurs dont le journaliste Michael Musto de Village Voice, annoncent rien de moins que «la mort du nightlife new-yorkais». Mais c’était sans compter sur les Club Kids qui ont créé l’une des sous-cultures les plus photogéniques de l’histoire du nightlife. Les Club Kids ont régné pendant près d’une décennie – de la fin des années 80 à celle des années 90 – sur les clubs alternatifs les plus courus de New York comme le Tunnel ou le Limelight, mêlant les cultures techno, grunge, rave et drag.

Parés d’accoutrements déments confectionnés chaque semaine comme autant de costumes servant à se réinventer tout en exprimant une créativité débridée, les Club Kids étaient l’incarnation de la génération X et la «métaphore des années 90» selon Walt Cassidy, incarnant tout à la fois la mode, la musique et la consommation de drogues excessive. Mais au-delà de cette réputation sulfureuse qui sera entérinée à jamais par un fait divers sordide (le leader du mouvement, Michael Alig, finira en prison pour avoir assassiné et découpé en morceaux son dealer Andre «Angel» Melendez, lui-même Club Kid), la sous-culture emblématique de la scène underground du New York des années 90 a durablement et considérablement influencé la scène créative de l’époque ainsi que ses héritiers.

«L'énergie des Club Kids était une réponse à la politique conservatrice de Reagan et à l'épidémie du sida», estime Walt Cassidy. «Au tournant des années 90, il y avait un réel besoin d'un soulagement comique, pour surmonter toutes ces angoisses. Pour les jeunes queers, il ne semblait y avoir aucun espoir. Comme si, nous, les homosexuels, nous étions condamnés à une mort prématurée. Alors nous avons choisi de porter des vêtements ridicules, de nous droguer et de danser. Si nous étions destinés à mourir, au moins, nous allions mourir en nous amusant.»

Les Club Kids furent en effet de véritables précurseurs, ouvrant la voie à des tendances culturelles actuelles tels que la fluidité de genre ou le self-branding, qui consiste à faire de sa propre personnalité une marque à part entière. À l’heure où Instagram n’existait pas encore, les Club Kids faisaient véritablement figure de maîtres de la communication et de l’auto-promotion, utilisant savamment la télévision et ses talk-shows ou encore les clips et les séries photos de magazines pour promouvoir leur esthétique inédite. 

Vingt-cinq ans plus tard, si Walt Cassidy décide de revenir sur l’époque c’est qu’en parallèle des excès en tous genres qu’elles ont provoquées et des problèmes de drogues, les nuits sans fin dans les clubs new-yorkais que les Club Kids animaient permettaient à chacun d’exprimer sa sensibilité et de la sublimer de manière éphémère, lors de quelques heures confinant avec le surréalisme.

Pour lui il est important de parler de l'héritage positif des Club Kids, qui continuent d'inspirer la mode, les arts graphiques mais aussi les jeunes activistes LGBTQI+. «Les Club Kids et les boîtes de nuit constituaient pour moi un espace sûr, pour explorer ma créativité sans avoir besoin d'être sur mes gardes constamment, salue-t-il. Pour les jeunes queers, ou tout individu marginalisé, les familles choisies sont extrêmement importantes.»

INFOS | www.fiertemtl.com

New York: Club Kids, de Walt Cassidy (Damiani, 310 pages)