À L'AFFICHE DÈS LE 11 SEPTEMBRE

Lola vers la mer - Mère absente, père toxique

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Lola vers la mer
Photo prise par © Axia Film / Les Films du Losange

Lola, bientôt 18 ans, cheveux teints en rose, est une jeune femme transgenre qui, peu de temps avant son opération finale, apprend que sa mère malade vient de mourir. C'est pourtant elle qui finançait la transformation de Lionel en Lola. Le jour de ses obsèques, Lola retourne dans la maison d'enfance et revoit son père, Philippe, un petit commerçant qui tient une droguerie, avec qui elle est en froid depuis deux ans. 

Les retrouvailles sont courtes et glaciales, chacun reprochant à l'autre les échecs du passé. Lola s'en va, attend que la maison se vide pour voler le vase contenant les cendres de sa mère. À son tour, le père fait irruption dans le foyer pour les récupérer, et finit par embarquer Lola dans sa voiture. Il lui propose de l'emmener jusqu'au bord de la mer, où il répandra les cendres de sa femme, comme celle-ci en avait émis le souhait.

Au cours de ce road-movie improvisé, le père et la fille se redécouvrent, tout en se confrontant à leurs propres limites. Rempli de douleur, de traumatismes et de souvenirs, ce voyage illustre surtout le refus du père d'accepter que son fils est maintenant sa fille. Moustachu, engoncé dans son pantalon, Benoît Magimel incarne une certaine masculinité blanche, hétéro, qui pensait voyager en croisière et se découvre sur un radeau: fragile, en crise et confrontée à des changements de société qui la dépassent. Certes, ce père désemparé va faire du chemin.

Au fil du trajet, sa fille (interprétée brillamment par Mya Bollaers, une actrice elle-même transgenre) lui renvoie au visage ses idées reçues: ce n'est pas parce qu'on a un pénis qu'on doit uriner debout, et il est très maladroit de demander à une personne trans son orientation sexuelle. Philippe découvre aussi la transphobie. Le scénario sème ainsi un à un plein d'éléments antisexistes, sans jamais paraître pédagogique.


Deux questions au réalisateur, Laurent Micheli

D'où vient l'idée du film ?

Je crois que souvent au cinéma, le besoin de raconter un récit nait d'une double envie : l'une intime, l'autre politique. La raison intime c'est le besoin de me replonger dans ma propre adolescence, dans cette période où le monde adulte me paraissait violent, archaïque, peu à l'écoute de la jeunesse et de ses besoins. J'ai été un ado globalement en colère, qui luttait pour trouver sa place dans le monde et j'avais envie de me replonger dans cette énergie et cette colère, et d'en faire émerger un personnage.

Jeune, je ressentais un sentiment d'injustice permanent qui m'a souvent amené à aller contre une forme d'ordre établi. Cette énergie se retrouve dans le rapport entre Lola et Philippe. Et paradoxalement, alors que mon élan premier était de rendre justice au personnage de Lola, celui de Philippe a pris sa place, et m'a forcé à me réinterroger sur la paternité, la masculinité, à me rapprocher d'elles pour ne pas en faire un cliché. La raison politique, c'est le besoin d'écrire un personnage principal issu d'une minorité et de le porter en haut de l'affiche, lui donner cette tribune et cette visibilité. J'ai toujours été sensible aux questions LGBT, ça fait partie de mon quotidien et c'est donc naturellement que j'ai eu envie de parler de la transidentité. Je me suis énormément documenté sur le sujet pour être le plus juste et le plus précis possible dans ce que j'écrivais. J'ai eu le sentiment qu'il était temps d'utiliser le pouvoir du cinéma pour faire bouger les lignes, faire avancer les mentalités. Avec l'intention de faire un film qui puisse toucher tout le monde: un sujet pointu traité de manière universelle. La relation parent-enfant était parfaite pour ça.

Pourquoi était-ce important d'avoir une actrice transgenre dans le rôle principal ?

C'est un choix politique de montrer ce visage-là et ce corps-là au cinéma. Ils ont toujours été invisibilisés dans la société. On n'a pas l'habitude de voir ces corps et on n'a pas forcément envie de les voir, parce qu'on ne connaît pas et que ça peut déranger. Il est temps de donner une tribune à ces personnes et de les porter en héros et héroïnes, de les mettre en haut de l'affiche. Je sais que c'est un débat très large et complexe, et j'ai mes contradictions là-dedans. Est- ce qu'on ne peut jouer que ce qu'on est ? Évidemment que non. Mais il se trouve qu'aujourd'hui on en est à une époque où les minorités se réapproprient leurs histoires, que ce soient les personnes racisées ou les personnes trans. C'est le même genre de question. Je ne souhaite qu'une chose, c'est que dans 20 ans une femme trans puisse jouer une femme cisgenre au cinéma et inversement. Seulement, on n'en est pas encore là.

LOLA VERS LA MER, à l'affiche dès le 11 septembre 2020 
par Axia Film 

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