Où sont les lesbiennes?

La rentrée, ou comment s’en sortir?

Julie Vaillancourt
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Fugues
Photo prise par © Fugues

Chaque année, le mois de septembre annonce la rentrée. Pas besoin d’avoir des enfants pour se sentir concerné. C’est devenu un moment qui nous annonce un retour à la «normale», à l’agenda régulier; la fin des vacances, la rentrée des classes, la rentrée culturelle, etc. Cette année, nous envisageons la rentrée, en espérant que la pandémie ne fasse pas son grand retour…

En 2020, le concept de «normalité» en a pris pour son rhume. Le virus a chamboulé, voire grandement ébranlé nos habitudes, notre façon de travailler, notre façon de consommer et même de socialiser. Au moment d’écrire ces lignes, nous avons l’impression que prendre un verre dans un bar ou bouffer des tapas sur une terrasse ne sera plus jamais pareil… Et pour les hypocondriaques comme moi, c’est tout juste si je ne lave pas mes ustensiles au Purell avant de manger! Blague à part, le Purell et les lingettes sont devenus une denrée rare en rupture de stock. Ajoutons à cela ce qui est devenu «normal»: mets le masque, enlève le masque, lave tes mains pendant 20 secondes (bis), fais la file à l’épicerie, fais la file au magasin, réponds à un questionnaire sur ton état de santé, fais prendre ta température, etc.
 
Dans cette nouvelle «normalité», comment donc allons-nous vivre cette fameuse rentrée? Il y a d’abord la polémique des masques; après avoir passé des mois à tergiverser sur l’obligation de le porter (sans compter les manifestations «pro-je-suis-libre-de-ne-pas-porter-le-masque», c’est-à-dire ceux qui sont sortis dans la rue pour revendiquer leur liberté d’expression, leur liberté de choix, c’est-à-dire celui de ne pas porter le masque (et de potentiellement propager le virus qui pourrait éventuellement tuer quelqu’un…). Puis, il y a eu des semaines de tergiversations à savoir s’il fallait faire porter le masque aux élèves, dès la rentrée, mais aussi à tous ceux qui sont dans l’établissement (sinon ça n’a aucun sens!)
 
Perso, si on doit le porter pour faire l’épicerie et aller magasiner dans des lieux intérieurs, pourquoi ne faudrait-il pas le porter à l’école? À moins de donner les leçons dans des parcs? … Aux dernières nouvelles, je passais plus de temps sur les bancs d’école, qu’à faire l’épicerie… Cela dit, je ne sais pas si vous avez déjà tenté d’enseigner avec un masque à une classe? Ce n’est pas super pour la projection. Ah oui, j’oubliais, si le prof reste assis et à 1 mètre et demi du premier bureau, il a le droit de l’enlever pour prodiguer sa matière. Sauf s’il postillonne comme l’acteur de Cyrano pendant la tirade du nez:
 
En variant le ton – par exemple, tenez:
Agressif: «Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse!»
Amical: «Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap!»
Descriptif: «C’est un roc! … C’est un pic! … C’est un cap!
Que dis-je, c’est un cap? … C’est une péninsule!»
 
Non. Non. Ne vous en inquiétiez guère. Aussi gros soit son nez, on ne peut que le deviner. C’est juste un prof qui essaie d’enseigner avec un gros masque au milieu du visage.
 
Il y a aussi la rentrée culturelle. Si vous êtes cinéphile comme moi, vous êtes sur le gros stress depuis le début de la pandémie. D’abord, aux abords du premier avril, vous avez cru qu’on essayait de vous passer un gros poisson quand on vous a dit que les cinémas fermaient pour un bon boutte! Là, quand les cinéparcs ont ouvert, vous vous êtes dit que c’était l’âge d’or, que la pandémie allait faire revivre ce lieu unique ayant atteint son apogée dans l’Amérique des années 50 et qui était, jusqu’à l’an dernier, carrément en train de disparaitre du paysage québécois.
 
Puis, après avoir revu des classiques que tu as déjà en DVD (Jaws) ou même des films québécois de l’an dernier qui se font passer pour des scénarios originaux (Menteur), ben tu as vu que ton lieu de culte pouvait une fois de plus ouvrir ses portes et t’accueillir en sa salle obscure. Après avoir vu les rares nouveautés de l’été, des films québécois qui en valent la peine (Suspect numéro un, Mon cirque à moi), tu as constaté que tu étais pratiquement seule dans la salle, et même dans la bâtisse, avec le gars qui déchire ton ticket et la fille qui vend du popcorn (à personne). Du coup, tu en as déduis que Monsieur Guzzo perdait au change juste à éclairer son mégaplex (car ne pense surtout pas à faire les autos tamponneuses).
 
Bref, à l’aube de la rentrée culturelle et parce que tous les tournages furent arrêtés pendant des mois, tu te 
demandes s’il y aura une rentrée culturelle sur le grand écran. Tu te demandes même de quoi aura l’air les 
Oscars en 2021… Des vedettes habillées en Chanel et Versace portant un masque dans le Dolby Theater? … Ou alors d’interminables discours des lauréats prononcés lors d’une cérémonie virtuelle sur internet? Worse case scenario!
 
Et je ne parle ici que des «choux gras» des arts, le septième, comme ces humoristes qui ont trouvé temporairement refuge dans les cinéparcs, car le théâtre et la danse (les sous-financés du milieu artistique) sont pratiquement absents du paysage culturel… Pendant ce temps, le nuage de la pandémie fait ombrage au Cirque du Soleil et les arts du cirque ont élu la rue comme terrain de jeu, sans compter que les concerts musicaux qui se déroulaient dans les bars se sont vu rapidement disparaitre en même temps que leurs lieux de «péchés» 
 
Il nous reste donc une rentrée sur Netflix et autres plateformes de streaming. Une rentrée sur Spotify, avec celles et ceux qui ne se sont pas fait larguer par leur compagnie de disque suite aux allégations… Il nous reste aussi ces rencontres dans les cours de nos ami(e)s, avec le take-out du bon resto du coin (pour s’assurer de la pérennité de ces derniers…) Bref, ces rencontres, devenues vitales pour notre santé mentale, en ces lieux qui sont les nôtres. À peine sommes-nous sortis de nos maisons, qu’on nous parle déjà de la rentrée. Si plusieurs se demandent encore comment nous allons nous en sortir, j’espère que la pandémie ne fera pas une grande rentrée en septembre, parce que je n’ose pas imaginer l’Halloween cette année!  6