Grossières Indécences

Julie Vaillancourt
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Fugues
Photo prise par © Fugues

Fruit d’une thèse de doctorat en histoire à l’UQAM, cette monographie de l’historien indépendant Dominic Dagenais nous plonge au cœur des «grossières indécences» commises dans le Montréal de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Comme son titre l’indique, le livre s’intéresse ainsi aux pratiques homosexuelles, alors illégales et condamnables en Amérique du Nord.

 
livreDécoulant d’une passion certaine pour l’histoire de l’homosexualité à Montréal, les premières lignes de l’ouvrage donnent le ton: arrestations au carré Viger, agents doubles au Théâtre Royal. Bref, «en ce début de siècle, les policiers montréalais multiplient les stratégies pour surprendre ou piéger des hommes fréquentant les divers lieux de rencontres homosexuelles de la ville», note l’auteur, en soulignant que c’est surtout à partir de 1890, soit l’année de l’introduction du délit de grossière indécence, «qu’une quantité notable de cas liés à des actes homosexuels figurent dans les archives judiciaires». Ainsi, l’ouvrage se propose d’étudier les pratiques et identités homosexuelles, en considérant l’ensemble de ces identités, voire toutes traces de vécu homosexuel, qu’il soit masculin ou féminin.
 
Bien qu’au tournant du XXe siècle l’homosexualité féminine soit davantage confinée à l’espace privé, comme l’indique l’auteur, il n’en demeure pas moins qu’il consacre un chapitre au monde lesbien par le biais du cercle de la poétesse lesbienne Elsa Gidlow, de son cheminement intellectuel et identitaire à son agentivité, avant qu’elle s’exile aux États-Unis. Cette canado-américaine d’origine britannique est une figure de proue de la littérature lesbienne américaine, notamment connue pour son ouvrage On A Grey Thread, premier volume de poésie ouvertement lesbienne publié en Amérique du Nord.
 
À n’en point douter, Grossières indécences vaut le détour pour de nombreuses raisons, non seulement de par ses thèmes diversifiés (corruption de la jeunesse, stratégie policière, géographie de l’homosexualité montréalaise, clubs sociaux et sexualité collective, relations entre hommes et garçons, lieux de drague), mais également pour ces parcelles d’histoires enfin mises en lumière. Si quelques études sur le vécu montréalais du milieu du XXe siècle furent menées (mentionnons A Sense of Belonging de Ross Higgins, Mémoires lesbiennes de Line Chamberland, ou encore un ouvrage tel que Sortir de l’ombre: Histoires des communautés lesbienne et gaie de Montréal paru en 1998), «il n’existait jusqu’à présent aucune étude d’envergure traitant de l’homosexualité à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle», conclut judicieusement l’auteur.  
 
INFOS | Grossières Indécences: Pratiques et identités homosexuelles à Montréal, 1880-1929, de Dominic Dagenais, publié chez McGill-Queen’s University Press, 2020, 306 pages.