Prévention

Le CSA ouvre ses portes pour souligner la Journée mondiale de sensibilisation aux surdoses

Karl Mayer
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Le Centre Sida Amitié (CSA) a tenu, vendredi dernier, un événement extérieur ouvert à tous à l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation aux surdoses (officiellement le 31 août). Plus d’une soixantaine de personnes sont venus découvrir les services offerts aux CSA et en apprendre davantage sur les moyens de prévenir les surdoses, notamment par la distribution de matériel stérile de consommation par injection et inhalation, l’analyse des drogues, ainsi que des trousses de Naloxone, un antidote aux opioïdes comme le Fentanyl. 

Toute l’équipe du CSA et de la Clinique Santé Amitié était sur place, entourée de bénévoles de tous âges et de toute provenance. Une bénévole assurait l’animation musicale et des collations et breuvages étaient offerts sur place, gratuitement, en collaboration avec le Centre de jour de Saint-Jérôme. Plusieurs organismes en réduction des méfaits provenant d’autres régions étaient également présents pour soutenir la cause. 

La crise des surdoses, un enjeu de société

Le contexte de crise des surdoses a été exacerbé par la pandémie de la COVID-19 : la prévention des surdoses est alors un enjeu de taille partout au Canada. En période de confinement, de nombreux centres de thérapie se sont vus obligés de fermer leurs portes, laissant des personnes fragilisées dans le néant. Abandonnées, celles qui souhaitent s’en sortir ont vu leurs efforts partir en fumée. La pandémie a eu un impact dramatique pour les plus démunis, notamment les personnes qui consomment des drogues. Non seulement l’accès aux drogues était compromis, mais la qualité s’est également détériorée, causant des intoxications parfois mortelles. À cela s’ajoutent la grande détresse et l’isolement des personnes, qui laissées-pour-compte, se sont rabattues sur ce qui les soulage : consommer. Par chance, étant un service essentiel avec le programme de distribution de matériel stérile, le CSA est demeuré ouvert pendant la pandémie, contrairement à de nombreux autres organismes communautaires forcés de fermer. Malgré cela, nous appréhendons une hausse des infections causées par la réutilisation de matériel d’injection et d’inhalation, dont les ITSS, le VIH et les hépatites virales, explique Dr Jean Robert.  

Le CSA est un organisme communautaire régional qui propose, entre autres, le dépistage des drogues dans une approche de vigie toxicologique communautaire.  Ainsi, les consommateurs peuvent apporter un résidu, ou une urine post-consommation, de leurs substances (drogues) pour fins d’analyse. Plus de 275 substances peuvent être détectées et il n’est pas rare de voir apparaître entre 2 et 14 composantes dans un seul échantillon. En comparant les résultats avant l’arrivée du COVID et le mois de juin, la croissance de demandes d’analyse de drogues a triplé. Ce programme unique au Québec permet d’intervenir directement auprès des consommateurs en leur fournissant de l’information claire, pertinente et validée en laboratoire. On voit l’impact direct du projet chez les personnes qui utilisent le dépistage : ils adaptent leurs habitudes de consommation et sont davantage en mesure de prévenir eux-mêmes des surdoses, explique Hugo Bissonnet, directeur général du CSA. 

Tina, une consommatrice rencontrée sur place, nous explique : Ce n’est pas parce que je consomme à l’occasion que je souhaite mourir, au contraire! Grâce au CSA, je peux tester les nouvelles arrivées de mes fournisseurs en toute confidentialité. Je communique ensuite l’information à mon entourage et à mes fournisseurs, car ils ne souhaitent pas donner du Fentanyl à leurs clients : ce sont souvent leurs amis et famille, et même leurs collègues de travail. 

Des humains et des drogues

On croit souvent, à torts, que les consommateurs de drogues de rue sont tous des marginaux. Or, le CSA accueille toute sorte de personnes, dont des personnes de la construction qui consomment pour palier à leurs douleurs physiques, faute d’avoir des prescriptions légales; ou encore des accidentés de la route qui souffrent et n’ont pas d’autres moyens de se soulager; des personnes aux prises avec différents troubles de santé mentale et qui s’automédicamentent puisqu’ils n’ont pas d’accès aux services de santé ou à un médecin de famille. Il ne faut pas oublier les gens qui consomment de manière festive ou récréative. La stigmatisation qui entoure les personnes utilisatrices de drogues est bien réelle et omniprésente. Qui plus est, la majorité d’entre eux vivent une grande détresse, de l’isolement et ont souvent souffert tout au long de leur vie. La dépendance aux drogues est un enjeu majeur que nous devons adresser d’un point de vue sociétal et non individuel. C’est une responsabilité sociale qui nous appartient à tous : plusieurs sont des personnes pour qui la société a failli de les protéger dès la tendre enfance, conclue M. Bissonnet. 

Consultez l’avis produit par le CSA dans le cadre du projet de dépistage des drogues : 

https://centresidaamitie.box.com/s/6poylyshxxq70x9aoe62zc59ifx26e2x

Pour en connaitre davantage sur la Journée mondiale de sensibilisation aux surdoses :

https://www.overdoseday.com/