Honte

Un conseil scolaire catholique poursuit un ex-élève gai pour 13 000 $

Le conseil MonAvenir exige le remboursement d’une somme versée à Christopher Karas après qu’il eut accusé son école de discrimination en raison de son orientation sexuelle. 

Le Conseil scolaire catholique MonAvenir tente de récupérer une somme de 12 000 $ plus intérêts versée à la suite d'une entente à l’amiable conclue avec un ex-élève gai, qui avait accusé le Conseil scolaire de discrimination anti-LGBTQ au Tribunal des droits de la personne de l’Ontario (TDPO).

MonAvenir accuse désormais à son tour Christopher Karas d’avoir enfreint l’entente en mentionnant le litige lors d’une récente entrevue avec ONFR+ et en publiant des commentaires négatifs au sujet du Conseil scolaire sur son site web professionnel.

La requête déposée devant le Tribunal et dont Radio-Canada a obtenu une copie exige le remboursement de 12 000 $, en plus de dommages-intérêts de 1000 $. Ce recours légal est rarement utilisé , note l’avocat Glen Chochla.

L’affaire, qui remonte à 2015, avait fait la manchette dans plusieurs grands médias. Christopher Karas accusait le Conseil scolaire catholique d'avoir tenté de le dissuader de lancer une alliance gaie-hétéro (AGH), un droit garanti par la loi en Ontario, alors qu’il était élève en 12e année à l’École secondaire catholique Sainte-Famille, à Mississauga.

Christopher Karas alléguait aussi dans sa poursuite que l'École l'aurait empêché d'apposer des affiches du célèbre militant gai Harvey Milk à l'école, que certains professeurs exprimaient ouvertement leur désaccord à l'égard des couples homosexuels adoptant des enfants et que des propos homophobes étaient utilisés en classe sans conséquence.

Le Tribunal avait accepté d’entendre la cause à l’époque, mais celle-ci s’était finalement réglée à huis clos, la veille de la date de début des audiences. Les détails de l’entente n’ont jusqu’ici jamais été rendus publics et le Conseil MonAvenir a toujours nié les allégations. Le Conseil, qui s'appelait à l’époque le Conseil scolaire de district catholique Centre-Sud, a depuis changé son nom et son logo.

Le Conseil scolaire a  indiqué qu’il nie l’ensemble des allégations faites par M. Karas et qu’il appuie activement les activités ou des organisations qui encouragent la sensibilisation aux personnes de toutes orientations et identités sexuelles.

Selon Tonya Callaghan, professeure adjointe à l’Université de Calgary spécialisée dans l’étude de l'homophobie institutionnelle au sein des systèmes scolaires catholiques au pays, au-delà des aspects légaux, la requête est une tactique d’intimidation qui envoie un message néfaste aux jeunes LGBTQ inscrits dans les écoles catholiques. C’est déjà assez difficile d’avoir le courage, en tant qu’élève LGTBQ, de demander la création d’une AGHAlliance gaie-hétéro à son école catholique, mais si ces jeunes entendent parler de ce que vit M. Karas en ce moment, ils pourraient être trop intimidés pour faire la demande. En vertu de l’entente, telle que citée dans la requête, M. Karas s’est engagé à n'émettre aucun commentaire négatif à l'endroit du Conseil scolaire et à ne pas faire de déclaration médiatique au sujet des modalités de l’entente. Il a dû remettre une lettre d'excuse à certains enseignants pour avoir mal interprété leurs intentions.

Christopher Karas nie avoir enfreint l’entente, puisque ses déclarations concernent des informations publiées dans les médias. MonAvenir veut donner l’apparence que cet enjeu [la discrimination LGBTQ] n’existe plus, mais je crois que c’est toujours présent dans le Conseil. La professeure agrégée de l’Université d'Ottawa Mona Paré, spécialisée en droit de l’éducation et de la personne, est en partie d’accord avec M. Karas. Les déclarations médiatiques concernent ce que le public sait déjà. Le Tribunal pourrait toutefois interpréter ses propos comme négatifs, précise Me Paré.

Christopher Karas est aujourd’hui parajuriste en droits de la personne. Sur le site web de son cabinet, il explique avoir vécu des violations en tant que plaideur dans des affaires très médiatisées, notamment la cause impliquant MonAvenir.

Le cas de Christopher Karas soulève à nouveau une épineuse question. Où s’arrête le droit à la religion et où commence celui des personnes LGBTQ dans les écoles catholiques qui sont encore financés dans leur intégralité en ONtario, ce qui n'est plus le cas au Québec.

Sources : Radio-Canada