La liste des clones qui nous entourent

Samuel Larochelle
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Fugues
Photo prise par © Fugues
Faites la liste de vos proches et des connaissances que vous côtoyez suffisamment pour avoir une discussion sur autre chose que le métier, l’activité ou le champ d’études qui vous réunit. Identifiez les personnes qui ont une couleur de peau différente à la votre, un autre genre, une autre orientation sexuelle. Demandez-vous s’ils ont grandi dans un milieu socio-économique similaire au vôtre et s’ils travaillent dans votre domaine. Analysez les résultats, établissez le degré de diversité de votre entourage et cherchez à comprendre leur influence sur votre vie.
 
Dans mon entourage relativement proche, je remarque une majorité de Blancs, deux Arabes, trois Noirs, une Asiatique et un Latino. J’ai autant d’hommes que de femmes cisgenres parmi mes amis, ainsi que plusieurs personnes trans. Mon cercle est composé à 50% d’hétérosexuels, 40% de gais et 10% de lesbiennes. Mes amis et mes connaissances ont grandi en régions éloignées ou dans une grande ville, au Québec, au Canada ou ailleurs dans le monde, dans un contexte riche, de classe moyenne ou relativement pauvre.
 
Ma garde rapprochée est peu composée de travailleurs et de travailleuses de mes domaines d’activités, le journalisme et la littérature. Au contraire, ils et elles évoluent dans des milieux extrêmement variés. On peut donc dire que mon univers est passablement diversifié. 
 
Je n’écris pas ça pour illustrer que je suis un modèle à suivre. Je suis parfaitement conscient que malgré ces « statistiques », j’ai encore beaucoup de croûtes à manger pour mieux comprendre les réalités qui ne sont pas la mienne. Mais voilà, je suis conscient de l’ignorance que je veux combler.
 
Contrairement à ce que certains d’entre vous pensent depuis le début de cette chronique, je n’ai PAS tenter de façonner mon entourage avec des critères à respecter, en faisant un crochet sur ma liste chaque fois que je trouvais un nouvel élément différent de qui je suis. Je n’ai pas fait d’efforts pour en arriver là. Tout s’est mis en place naturellement, car j’ai fait de la curiosité et de l’ouverture aux autres deux des pierres d’assise de ma vie.
 
D’ailleurs, mon entourage n’a pas toujours été aussi diversifié. J’ai passé les dix-sept premières années de ma vie sans connaître de gais, de lesbiennes, de bisexuels et de personnes trans. J’ai grandi à Amos, une ville abitibienne de 13 000 habitants, où il y avait moins de dix personnes noires, donc aucune de mon âge, une famille asiatique, pas d’Arabe et pas de Latino, à ma connaissance. Durant mes études à Jonquière,  de 2003 à 2006, j’ai remarqué la présence d’un seul Noir et de quelques Latinos au cégep.
 
Donc, lorsque je suis arrivé à Montréal, il y a 14 ans, je n’avais que des amis blancs, hétérosexuels et cisgenres. Mon premier boulot m’a permis de développer une amitié avec une femme Asiatique. Le dating avec des homosexuels a débuté, et certains d’entre eux sont restés dans mon quotidien. Je me suis inscrit à des activités qui attirent entre autres des hommes gais (théâtre, improvisation, chant) et à des ligues sportives lgbtq+. Peu à peu, la vie a mis sur ma route des personnes de tous les horizons. Nous avons noué des amitiés parce que nous aimions nos personnalités et partagions des intérêts, et non pour atteindre des  standards de diversité. Cela va de soi.
 
Ce qui va moins de soi, c’est pourquoi tant de gens ont des entourages aussi homogènes. Est-ce parce qu’ils vivent dans des villes très peu prisées des immigrants? Est-ce parce que les amis de leur jeunesse correspondent tous au même profil démographique et qu’ils ont moins l’occasion, à l’âge adulte, de tisser de nouveaux liens durables? 
 
Est-ce parce que leur champ d’études ou leur domaine de travail sont peu accessibles aux franges minoritaires de la population? Est-ce en raison du besoin primaire de sécurité qui nous pousse à aller vers ce que nous connaissions, c’est-à-dire des gens qui ont la même couleur, la même orientation sexuelle, le même rapport à l’identité de genre, le même contexte socio-économique et le même domaine que nous? Ou est-ce plutôt une preuve d’une fermeture, parfois inconsciente et aveugle, à l’Autre?
 
On peut être tenté de croire que notre cercle social a l’air de ce qu’il a l’air, et que toute forme d’analyse est superflue. Mais, c’est faux. Notre entourage est comme une équipe de travail ou un conseil d’administration : plus sa composition est diversifiée, meilleure est notre lecture de la réalité. Plus nos amis sont différents, plus nous seront en contact avec une variété de points de vue et d’expériences de vie. Plus nous serons en mesure de comprendre l’Autre, de nous mettre dans la peau de l’Autre, de ne plus juger l’Autre et de mieux vivre avec cet Autre qui, à force de faire partie de notre quotidien, devient un NOUS nuancé et enrichi.
 
Ps : faisons très attention à ceux et celles qui se disent tellement ouverts qu’ils ne voient plus les couleurs, les orientations sexuelles et les différences, puisque ce déni du vécu d’autrui est aussi dommageable que l’inca- pacité de vouloir l’intégrer dans son quotidien.