Multiples incidents dans le Village

«Il y a eu une multitude d’enjeux qui ont causés ce déséquilibre»

André-Constantin Passiour
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Photo prise par © Conseil régional de l'environnement de Montréal.
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Comme vous l’avez sûrement lu dans l’édition précédente du magazine, les incivilités ont été très nombreuses cet été sur la portion piétonne de la rue Sainte-Catherine, dans le Village. Des chicanes aux cris en passant par des agressions, toutes sortes d’incidents ont troublé la quiétude des résidents et des commerçants. Nous avons voulu aborder ces questions — et bien plus encore — avec Robert Beaudry, conseiller municipal du district de Saint-Jacques et membre du comité exécutif de la Ville, responsable des dossiers de l’habitation, entre autres.

 

Ce dernier n’avait pas pu répondre le mois dernier à tous ces questionnements puisqu’il y avait eu un décès dans sa famille et qu’il avait pris un temps d’arrêt pour pouvoir vivre ces moments douloureux avec ses proches. Ce qui est tout à fait normal dans les circonstances. Et nous tenons à exprimer au conseiller notre gratitude pour sa disponibilité après ces moments difficiles.
 
Nous avons discuté, le mois dernier avec Paul Haince sur les incidents nombreux qui ont eu lieu au parc de l’Espoir particulièrement. Pourquoi y a-t-il eu autant d’événements dans ce lieu?

Oui, j’ai lu l’article. Je m’entretiens souvent avec Paul Haince, pour le Festival Mtl en Arts et pour d’autres choses. J’ai rencontré les commandants des deux PDQ (postes de quartier de la police) 21 et 22 [respectivement Martine Dubuc et François Labrecque] pour souligner ces enjeux-là. C’est une année particulière avec la COVID-19. Certaines personnes sont plus visibles et d’autres se sont senties décomplexées. La pandémie a déplacée certaines habitudes. Certaines personnes étaient plus à cran avec la baisse de l’achalandage et de touristes, donc cela signifiait moins de revenus.
 
Donc, on veut continuer de travailler avec les organismes qui s’occupent d’itinérance, de toxicomanie, etc., pour voir comment on peut atténuer ces problématiques et que les résidents se sentent plus en sécurité. On veut s’assurer d’une cohabitation pacifique, mais on demande aussi aux policiers de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’actes criminels. On avait d’ailleurs assigné deux cadets de plus dans le secteur cette année. Je crois qu’avec la pandémie, il y a eu une multitude d’enjeux qui ont causés ce déséquilibre.
 
 
Sur Facebook, le copropriétaire du Cocktail, Luc Généreux, a indiqué avoir essayé de rencontrer les policiers du PDQ 22 avec d’autres commerçants, au sujet de ces incidents et qu’il n’a reçu aucune réponse à sa demande. Peut-on conclure à un manque de collaboration de la part de la police?

J’ai rencontré moi-même les deux commandants pour leur exposer la situation. J’invite Luc Généreux à me contacter pour qu’on puisse organiser une rencontre avec le PDQ 22 pour parler des difficultés que vivent les commerçants et les résidents. Il me fera plaisir de faire le lien entre les deux. Il faut que tout le monde se parle…
 
 
Les travaux ont débuté au parc de l’Espoir. Quand seront-ils terminés?

Oui, on a déjà commencé à retirer certains éléments et on en a sécurisé d’autres [comme les arbres pour ne pas qu’ils subissent de dommages]. Les travaux s’échelonneront jusqu’en août 2021. Avec les consultations, le travail s’est fait de manière rigoureuse, je crois qu’on en est arrivé à un résultat satisfaisant qui fait l’équilibre entre l’idée originale du parc – qui est un lieu de commémoration pour toutes ces personnes qui ont combattu et qui combattent encore le VIH-sida et qui est également un lieu de rassemblement de la communauté lorsque surviennent particulièrement des événements tristes – et un lieu, un parc, de grande qualité et au design mieux adapté. Il va y avoir un élargissement vers la rue, ce qui est un plus pour les résidents du secteur et le parc sera égalisé pour une meilleure accessibilité universelle. Les travaux du parc font partie des travaux prévus dans le Programme particulier d’urbanisme (PPU) des Faubourgs destiné à embellir le secteur et pour rendre le parc encore plus accueillant. Je pense que le design choisi sera très fédérateur.
 
 
Vous dites qu’il sera prêt pour août 2021, pensez-vous qu’on aura une inauguration juste à temps pour l’édition 2021 de Fierté Montréal?

On ne peut rien promettre. Les travaux ont débuté à la fin de l’été, ils se poursuivront cet automne pour s’arrêter durant l’hiver. Ça veut dire qu’ils reprendront après la saison froide et jusque l’été prochain. On verra bien ce que cela signifie en termes de dates. Ce serait bien si cela pouvait être prêt pour la Fierté, mais avec la pandémie, rien n’est garanti…
 
Mais il n’y a pas que le parc de l’Espoir. En partenariat avec la SDC Village Montréal, on est en train de voir comment on peut embellir aussi l’ensemble du Village. Dans les prochains mois, on va discuter de comment faire du beau, comment rendre ça plus agréable, autant pour les commerçants que pour les résidents et les visiteurs. Je me suis beaucoup promené cet été et j’ai parlé aux commerçants. On m’a demandé beaucoup de flexibilité pour les terrasses et je crois qu’on a réussi, malgré la pandémie, à en arriver à quelque chose de bien. D’ailleurs, à la demande des commerçants, la piétonisation est prolongée de deux semaines [la rue sera rouverte à la circulation le 16 octobre prochain].
 
 
Pour revenir à l’itinérance et à la toxicomanie et aux autres problématiques du secteur… On connaît les manques en ce domaine et la Ville ne peut pas tout faire. On manque de logements sociaux, il doit y avoir un meilleur suivi et accompagnement de ces diverses clientèles, etc., n’est-ce pas le moment pour que, justement, la Ville tape du poing sur la table pour demander un meilleur financement de la part des gouvernements fédéral et provincial?

Quand le début de la COVID a frappé, on a décidé de créer un fonds spécial avec l’arrondissement Ville-Marie, avec Desjardins et avec la députée Manon Massé [du comté de Sainte-Marie-Saint-Jacques], un fonds de soutien aux organismes de 250 000$. Les organismes, comme RÉZO entre autres, ont reçu des fonds additionnels pour que l’on puisse aider les personnes marginalisées. 
 
On a continué de rendre disponibles certains centres d’hébergement puisque les divers refuges ne pouvaient plus accueillir des gens en raison des diverses mesures sanitaires. On a ouvert des refuges d’urgence, au YMCA, au Royal Victoria, etc., pour que ces gens-là ne se retrouvent pas dans la rue. Donc, on continue de le faire parce que la saison froide s’en vient et on ne sait toujours pas quand cette pandémie prendra fin.
 
Effectivement, la Ville demande un meilleur soutien psychosocial de la part de Québec et d’Ottawa, pour des budgets accrus pour la santé mentale, entre autres. L’objectif est de travailler en meilleure colla-boration afin qu’il puisse y avoir plus d’interventions dans l’espace public pour aider les gens qui en auraient besoin.
 
En terminant, je voudrais remercier les commerçants pour leur résilience et leur collaboration à mettre en valeur ce secteur historique pour la communauté LGBTQ+ et pour Montréal qu’est le Village. Je sais que les choses n’ont pas été faciles et je les remercie infiniment.