Christian DIOR

Dior : vie privée et homosexualité

Yves Lafontaine
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Fugues
Photo prise par © Fugues
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Christian Dior voulait devenir écrivain mais sa mère l’obligea à s’inscrire à l’École des sciences politiques espérant le voir devenir diplomate. Longtemps, Christian Dior reste à la traîne de ses amis — la plupart également homosexuels et moins discrets que lui — dont les poètes Max Jacob et Jean Cocteau, l’écrivain Maurice Sachs et le compositeur Francis Poulenc. Alors que le Musée McCord présente une expo sur le travail du célèbre couturier jusqu'au 3 janvier, nous vous proposons, en complément, un portrait de cet homme discret.


Le gouvernement Legault a annoncé, le mardi 28 septembre, que plusieurs lieux seraient fermés dont les musées, (au moins) du 1er au 28 octobre, pour casser la deuxième vague de la COVID-19, avant qu’elle ne submerge le réseau de la santé. Nous publions tout de même cet article que nous avons publié dans le magazine sachant que l'exposition reprendra son cours à la levée du confinement. On ne sait toutefois pas si le Musée McCord prolongera ou non l'expo au-delà du 3 janvier. Il est fortement recommandé de contacter le Musée à ce moment là...


 
 
Grâce à sa fortunée famille, il vit dans une semi-oisiveté, ouvrant une galerie d’art en 1928 et y vendant des tableaux. Mais en 1931, sa mère décède et son père, victime de mauvaises spéculations, est ruiné. Leur villa de Granville est alors vendue à la municipalité [aujourd’hui transformée en musée Christian Dior, où est conservée une partie du patrimoine du couturier]. Durant les dix années suivantes, Christian Dior vit de la générosité de ses amis, de la vente de quelques tableaux, et de ses dons pour le dessin…
 
Dès les années 1930, son ami l’acteur Jean Ozenne, qui dessinait aussi pour des maisons de haute couture, remarque son talent de dessinateur et l’encourage à vendre ses croquis. C’est ainsi qu’en 1935, il vend ses premiers dessins de robes et de chapeaux, puis est embauché comme illustrateur par le « Figaro Illustré ».
 
Soutenu par quelques amis artistes, il crée des costumes pour le cinéma et le théâtre. Il parvient à faire accepter certains de ses croquis de mode à Nina Ricci, Balenciaga et Schiaparelli. En 1938, Christian Dior est engagé par le grand couturier Robert Piguet — alors surnommé « le prince de la mode » — en tant que modéliste et dessinateur, et signe aussitôt trois collections. Un tailleur en pied-de-poule noir et blanc est son premier succès. On commence à parler de lui lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. Il passe alors un an dans l’armée, puis, démobilisé, rejoint son père et sa plus jeune sœur dans le Sud de la France.
 
Christian Dior ne revient à Paris qu’en 1941, et entre chez Lucien Lelong, une des plus grandes maisons de couture parisiennes. En 1945, il rencontre le roi du coton, Marcel Boussac, qui lui propose de financer la création de sa maison de couture. Il s’installe avenue Montaigne et connaît immédiatement un succès international avec son style « New Look », en particulier auprès des riches américaines. Avec Balmain, il sera le couturier le plus célèbre des années 50 où il devient le couturier des vedettes, dont les Américaines Olivia de Havilland, Rita Hayworth, Ava Gardner, Marilyn Monroe, Lauren Bacall, ou Liz Taylor. Marlène Dietrich, qui ne porte que du Dior, l’impose aux producteurs de ses films, comme l’atteste la phrase : « No Dior, no Dietrich », qu’elle prononce en 1949 lorsque Alfred Hitchcock lui propose de jouer dans « le Grand Alibi ».
 
En à peine onze ans à partir de sa création en 1945, l’activité de la maison Dior s’étend dans quinze pays et assure l’emploi de plus de deux mille personnes. En 1954, Dior représente à lui seul plus de la moitié des exportations de la couture française, et Time Magazine le consacre à sa Une, Dior étant le premier couturier français à faire la couverture du prestigieux magazine américain.
 
Des centaines de témoignages et journaux intimes révèlent un être généreux et drôle jusqu’à la bouffonnerie, au charme fou, mais complexé par un physique ingrat, profondément secret, et qui cacha son homosexualité la très grande partie de sa vie… Dior était en chair et, comme bien des hommes gais qui n’ont pas nécessairement le physique le plus avantageux, il avait une estime de soi assez basse et cherchait du réconfort dans la nourriture. Dans son autobiographie, il raconte que sa « ligne » était constamment menacée par son amour de la bonne chère, un aveu cachant une immense souffrance, car ce physique grassouillet faisait que la plupart des hommes qu’il désirait devenaient ses amis, et non ses amants, ce dont il se consolait en… mangeant. Cela dit, Dior connut quelques histoires amoureuses qui l’ont rendu heureux. Son dernier compagnon fut le chanteur algérien Jacques Benita, de 25 ans son cadet, qu’il rencontra en 1956. Benita était un jeune homme attiré par les hommes plus âgés, ce qui déstabilisa l’entourage de Dior, car ses amants précédents l’avaient été surtout par intérêt. Ce n’était pas le cas de Benita, et Dior lui montra plusieurs fois des signes 
d’affection en public, ce qu’il n’avait jamais fait pour aucun de autres hommes dans toute sa vie. 
 
Pour se reposer, il séjourne en 1956 dans son Château de La Colle Noire où il écrit ses 
mémoires. En octobre 1957, à 52 ans, juste après avoir présenté sa dernière collection intitulée « fuseau » qu’il a conçue avec son jeune assistant Yves Saint-Laurent, Christian Dior décide de partir en cure thermale à Montecatini en Italie et d’y suivre un régime pour être plus séduisant, bien que Benita pensait cela inutile… les complexes sur sa silhouette peu avenante avaient augmenté, certains diront à cause de la grande différente d’âge avec  son amant beaucoup plus jeune.  À 52 ans, le 23 octobre 1957 , il fut victime d’une crise cardiaque fatale alors qu’il jouait aux cartes avec des amies à Montecatini durant la cure.  
 
 
SOURCES | Devenir Christian Dior, de François-Olivier Rousseau, Éditions Allary
The Last Temptation of Christian. Par Tim Blanks, The New York Times Magazine, Août 2002.


DIOR au Musée McCord. INFOS | Mardi, jeudi et vendredi de 10 h à 18 h | Mercredi de 10 h à 21 h | Samedi et dimanche de 10 h à 17 h. Adultes: 19 $ | Aînés: 17 $ | Étudiants (13-30): 14 $ | 12 ans et moins: gratuit | Autochtones: gratuit Mercredi soir: gratuit (9,50 $ pour les grandes expositions temporaires). 
 
Le Musée respecte des mesures sanitaires rigoureuses pour assurer aux visiteurs une expérience sans compromis pour leur santé. Il est fortement conseillé de réserver sa visite au musée en faisant l’achat de ses billets en ligne.