Yanic Duplessis

Hockeyeur, ouvertement gai et pionnier

Samuel Larochelle
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Le 7 septembre 2020, Yanic Duplessis a causé une petite commotion dans le monde du sport, en affichant son homosexualité dans un texte publié sur le site web FDP Podcasts Network. Le hockeyeur de 17 ans, repêché l’année précédente par les Voltigeurs de Drummondville de la LHJMQ, n’est pas seulement devenu l’un des rares hockeyeurs de haut niveau à assumer sa différence, il a aussi prouvé que son milieu était prêt à accueillir les passionnés de hockey gais comme lui… et comme tous ceux qui lui ont écrit depuis. 


À peine cinq jours après la publication du texte, l’adolescent originaire de Saint-Antoine au Nouveau-Brunswick avait reçu des messages de près d’une vingtaine de hockeyeurs homosexuels. « Ils m’ont texté pour me dire qu’ils étaient dans la même situation que moi, mais qu’ils avaient trop peur de faire ce que j’ai fait. Ça veut dire qu’il faut du changement. »
 
Le hockey mineur semble prêt à bouger, puisque Yanick Duplessis est inondé de commentaires encourageants. « Plusieurs de mes anciens coéquipiers m’ont félicité en me disant que ça prenait du courage de faire ce que j’avais fait, qu’ils me soutenaient et qu’ils ne me voyaient pas différemment. Ça m’a fait chaud au coeur. C’était un gros soulagement! » Le journal Acadie Nouvelle a également répertorié d’innombrables encouragements du milieu sportif, allant de l’ex-joueur de la LNH, Guillaume Latendresse, à l’ex-dur à cuire du hockey et actuel député de Marquette à l’Assemblée nationale, Enrico Ciccone, en passant par de nombreux entraîneurs et joueurs actifs dans la LHJMQ. 
 
À l’entraînement, il a constaté que tout le monde était confortable autour de lui. « Personne m’a parlé de mon coming out plus qu’il faut. J’ai été traité comme les autres. Quand on va jouer contre des équipes adverses, je ne suis pas inquiet de me faire écoeurer sur mon homosexualité. Il va y avoir beaucoup de monde pour me défendre. »
 
Il a également reçu des messages des entraîneurs des Voltigeurs. « Ils m’ont dit qu’ils me supportaient et que si je voulais jouer pour eux l’an prochain, ils vont m’accueillir à bras ouvert. » Il a toutefois décidé de jouer pour une équipe près de chez lui cette année. « Puisque les Voltigeurs pouvaient inviter seulement 30 joueurs à leur camp d’entraînement cette année, en raison de la Covid, l’entraîneur m’a appeler pour savoir si ça m’intéressait. Je lui ai dit que je passerais mon tour cette année. Je n’étais pas sûr de ce qui m’arriverait. Je savais que je voulais faire mon coming out cette année... »
 
Son plan consistait à y aller une étape à la fois. Il a d’abord dû accepter son homosexualité, dont il était conscient depuis longtemps. « C’est un peu comme demander comment tu fais pour savoir si tu es droitier ou gaucher… Je le sentais depuis toujours. Pendant un bout, je ne voulais pas me l’admettre. Ça a été difficile. J’avais peur des réactions de ma famille et de mes coéquipiers. J’imaginais tellement de scénarios... » 
 
Il y a un an, il a parlé de ses préférences pour ses proches. « Mes parents ont bien réagi. Ils m’ont dit qu’ils m’aimaient. J’en ai ensuite parlé à des amis en qui j’avais confiance. Ensuite, quelqu’un a ouvert sa bouche dans un party. C’est tombé dans les oreilles des mauvaises personnes, et tout le monde de mon entourage l’a su. J’ai été outé! Je ne savais pas comment réagir... Je vivais beaucoup d’émotions en même temps. »
 
Finalement, il a décidé de publier la lettre pour faire comprendre aux jeunes et aux adultes qui sont dans sa situation qu’ils ne sont pas seuls. « Quand tu regardes les statistiques, il y a une personne sur dix qui est homosexuelle. On est 20 joueurs dans une équipe de hockey. C’est sûr qu’il y en a d’autres... » 
 
Son coming out public avait aussi pour objectif de « normaliser » la place des gais dans les sports d’équipe, afin d’éviter, entre autres, l’immense stress qui habite de nombreux membres de la communauté lgbtq+ dans les vestiaires. « Depuis des années, je me changeais le plus rapidement possible et je passais pas mal moins de temps que les autres dans les vestiaires. Quand les gars jasaient des filles, je faisais semblant que ça m’intéressait. C’est comme si j’étais une autre personne. C’est lourd, d’être un personnage… » 
 
Cela dit, il n’a jamais eu peur d’avoir une réaction physique démontrant un intérêt pour un coéquipier sous la douche. « Je ne les regardais tellement pas comme ça. Pour moi, ils sont comme ma famille ou comme mes frères. Il n’y a aucune attirance. »
 
En brisant le silence, il réalise à retardement qu’il est un pionnier. « Je ne savais pas que j’étais l’un des premiers, mais il y a une première fois à tout! Ce n’est pas lourd à porter. Je n’imaginais pas recevoir autant d’attention médiatique, mais si ça aide les gens et que les choses changent, ça vaut la peine. »