Le VIH à l’heure de la désinformation

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Fugues
Photo prise par © Fugues
La pandémie de COVID-19 a non seulement chamboulé nos vies, elle a aussi levé le voile sur les rouages de la désinformation. Alors que les scientifiques et professionnels de la santé se démènent pour enrayer la progression du virus, des experts autoproclamés et partisans de la théorie du complot viennent miner ces efforts, propageant par divers moyens leurs théories alternatives ne reposant que sur du vent. Malheureusement, ceux et celles qui adhèrent aveuglément à ces idées sont de plus en plus nombreux. Force est de constater que le VIH n’est pas à l’abri de cette dangereuse tendance.
 
 
Depuis quelques semaines circulent des théories remettant en question le lien entre le VIH et le sida, les modes de transmission du virus et l’efficacité du traitement. Dans certains cas, on incite même les personnes séropositives à cesser de prendre leurs antirétroviraux, que leur santé ne s’en portera que mieux. Nous avions initialement choisi de ne pas donner plus de visibilité à ces propos néfastes lorsqu’ils ont été portés à notre attention. Cela dit, nous constatons que des personnes vivant avec le VIH adhèrent à ces théories et choisissent d’abandonner leur suivi médical, mettant ainsi en jeu leur santé. Dans les circonstances, nous ne pouvons plus rester silencieux.
 
Les antirétroviraux ne sont pas l’ennemi
Il est faux de dire que le traitement antirétroviral affecte plus la santé des personnes vivant avec le VIH qu’il ne la protège. Les antirétroviraux permettent aux personnes vivant avec le VIH de vivre longtemps et en santé en empêchant le virus de se multiplier, en réduisant la quantité de copies du virus présente dans le sang, protégeant ainsi le système immunitaire de la personne vivant avec le VIH et prévenant le développement d’infections reliées au sida.
 
Depuis l’introduction des premiers régimes de traitement efficaces en 1996, les options de traitement se sont multipliées et améliorées: elles sont plus faciles à prendre et causent moins d’effets secondaires. Il y a également plus de choix, de sorte qu’il est plus facile de trouver un traitement adapté à ses réalités.
 
Grâce au traitement antirétroviral et à son accessibilité, rares sont les personnes qui, au Québec, se retrouvent au stade sida ou en meurent. Si une personne décide de cesser de suivre un traitement antirétroviral, elle permet au virus de recommencer à se reproduire et à affaiblir son système immunitaire. L’interruption du traitement met aussi en jeu son efficacité en augmentant les chances de résistance. C’est pourquoi nous sommes hautement préoccupés par le fait que plusieurs personnes choisissent de cesser leur traitement sur la base de théories saugrenues et non scientifiques.
 
Vaccin et remède: un développement complexe
Les complotistes tentent aussi de faire croire que le fait qu’un vaccin ou un remède n’ait toujours pas été mis au point signifie que l’industrie pharmaceutique tire les ficelles de l’épidémie de VIH. Or, la difficulté découle plutôt de l’énorme complexité du virus de l’immunodéficience humaine, de son fonctionnement et de la réponse immunitaire à celui-ci.
 
Le fonctionnement des vaccins est simple: exposé à des particules d’une bactérie ou d’un virus, le corps se met à produire des anticorps contre celles-ci. Avec le VIH, l’infection est plus complexe, de sorte qu’il est difficile de pousser le système immunitaire à se défendre avec un vaccin. Le VIH se greffe à l’ADN des cellules infectées et le système immunitaire ne peut s’en défendre. En outre, le virus mute si rapidement qu’il est difficile de mettre au point un anticorps efficace. C’est comme si le virus passait toujours à travers les mailles du filet. Le fonctionnement habituel des vaccins est donc, pour le moment, inefficace face au VIH. Cette complexité du virus et de l’infection au VIH explique aussi pourquoi les traitements n’arrivent pas à éliminer complètement le VIH du corps. En effet, le VIH n’est pas présent que dans le sang. Il se retrouve aussi dans des réservoirs (glandes, système digestif, cerveau…) où il ne se 
reproduit pas. Or, les médicaments ne sont efficaces que lorsque le virus se reproduit. C’est parce que le virus se cache qu’il est 
impossible de l’éliminer complètement de l’organisme et donc, de guérir du VIH.
 
Quiconque suit de près la recherche et la science entourant le VIH réalise que nombre de chercheurs, scientifiques, spécialistes et professionnels de la santé sont à pied d’œuvre pour améliorer les traitements, trouver un remède, développer un vaccin efficace et mieux comprendre le VIH. Faire croire que l’absence de remède ou d’un vaccin découle simplement d’un complot, c’est ignorer le travail acharné de ces personnes.
 
Bien s’informer, un autre mode de prévention 
Malgré ce qu’il reste à faire, il est impératif que l’on comprenne mieux ce qui a été fait et qu’on en parle. Par exemple, nous savons maintenant qu’une personne qui a une charge virale indétectable ne peut transmettre le virus par voie sexuelle, et que le VIH n’est plus un obstacle au fait de fonder une famille. L’approbation et l’accessibilité de la PrEP, laquelle permet de prévenir l’infection au VIH chez une personne séronégative, font également partie des développements dans la riposte au VIH qui doivent être salués et diffusés. Les professionnels de la santé sexuelle et globale, les organismes communautaires et les réseaux de soutien demeurent présents pour faire face aux facettes les plus sournoises de l’épidémie, notamment les préjugés, la stigmatisation et la santé mentale.
 
Difficile de croire qu’après des années de recherche, de lutte et d’activisme, quelques individus rejettent du revers de la main les faits scientifiques et minent les progrès durement gagnés. En discréditant ce qui a été étudié, démontré et éprouvé sur la base de quelques écueils ou théories saugrenues, c’est tout ce qui fût accompli dans les dernières décennies qui risque de s’effondrer. 
 
Clinique médicale l’Actuel Et Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA)