Du 19 novembre au 6 décembre — Image+nation 33 — festival de films LGBTQ

Regards intergénérationnels entre elles

Julie Vaillancourt
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Fugues
Photo prise par © Image+Nation
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IMAGE+NATION 33 — D’année en année, le Festival de cinéma LGBTQueer de Montréal image+nation présente une programmation diversifiée, à l’image de notre communauté, avec des films de fiction et des documentaires, d’ici et d’ailleurs en novembre. En ce qui concerne le cinéma de fiction au féminin, on ne peut que constater que les microcosmes explorés offrent des regards intergénérationnels variés, c’est-à-dire des générations de femmes de la diversité sexuelle qui explorent, en divers pays et époques, leur orientation, leur identité et leur sexualité, puis leur rapport à l’autre, dans des contextes à la fois si différents et pourtant similaires.

D’emblée, le film Salt and Pepper (Sal y Pimienta) de Miriam Herrero del Valle est en ce sens l’exemple parfait d’un «conflit intergénérationnel», ou du moins d’une myriade de perceptions sur «la vie de couple». Cette co-production Espagne/Argentine met en scène une famille qui part en vacances à la mer, sous l’initiative d’Alfredo, le nouveau copain de la mère. Alors que ce dernier tente de faire bonne impression, il se mettra les pieds dans les plats, dès le premier repas, auprès des femmes de la famille, aux opinions féministes bien salées et poivrées. À commencer par la doyenne de la famille, la grand-mère de 80 ans qui ne veut pas se faire «acheter» par Alfredo au «chauvinisme masculin»; elle clame d’ailleurs haut et fort qu’elle aurait préféré demeurer à la maison, au grand désarroi de sa fille qui tente de faire accepter son nouveau copain. Puis Alfredo «pédale» devant sa «tolérance au lesbianisme», avec le couple de femmes que forment Vale et Marti, plutôt mal en point de par leur relation polyamoureuse qui remet en question la durabilité du couple. Enfin, il y a Juana, qui du haut de ses 9 ans, possède les meilleures répliques du film; «je suis contre l’utilisation de la femme objet», dira celle qui s’identifie comme féministe et pansexuelle, alors qu’elle recevra une Barbie de la part d’Alfredo. Elle préfère d’ailleurs son ours queer…
 
Pour son deuxième long-métrage, la réalisatrice allemande Leonie Krippendorff présente un coming-of-age touchant, bercé au fil des observations d’une jeune fille de 14 ans. Nommé pour le Teddy Bear au dernier Festival international du film de Berlin, Kokon (Cocoon) présente comment une jeune femme en pleine puberté sort de son «cocoon», telle une chenille devenant papillon, pour expérimenter son attirance sexuelle envers d’autres filles. Dans son quartier de Berlin, Nora est une observatrice silencieuse; elle suit sa sœur à l’école, lors de partys, à la piscine, alors que certaines mésaventures humiliantes (les fameuses menstruations) lui rappellent que son corps et ses désirs changent, alors qu’elle tombe amoureuse de Romy, une élève de l’école. Cette incursion dans le quartier de Berlin-Kreuzberg qui devient le microcosme de Nora, interprétée par une actrice sensible au talent certain (Lena Urzendowsky), présente un portrait actuel et authentique de la jeune génération berlinoise.
 
 
Si Ellie & Abbie (& Ellie’s Dead Aunt), premier long-métrage de l’actrice et scénariste australienne Monica Zanetti, plonge également au cœur des préoccupations de la jeune génération, il emprunte néanmoins un genre et un ton totalement différent, dans la veine de la comédie ludique. Ce coming-of-age raconte l’histoire d’Ellie, 17 ans qui a secrètement le béguin pour sa camarade de classe, Abbie, qu’elle désire inviter au bal de fin d’année. Or, si elle s’assume et vient de faire son coming-out auprès de sa mère, voilà que le fantôme de Tara, sa défunte tante lesbienne, lui apparait pour lui offrir son aide. Rejetant celle qui est de la génération des Melissa Etheridge et K.D. Lang, Ellie en apprendra peu à peu sur le passé militant de sa tante qui, au final, l’aidera dans sa quête. Des années 80 à aujourd’hui, cette rencontre des générations fera office de réconciliation entre le passé et le présent.
 
 
Si les récits liés aux découvertes identitaires et sexuelles sont souvent le lot des jeunes générations, par le biais des coming-of-age associés à la puberté et aux questionnements adolescents, Forgotten Roads (La nave del olvido) emprunte pour sa part un chemin différent – et encore trop peu traité au cinéma – et ce par le biais d’une femme d’âge mûr. Après la mort de son mari, Claudina se retrouve seule. Alors dans une situation économique précaire, la veuve est hébergée chez sa fille, où elle y fera la rencontre de la mystérieuse voisine Elsam, une femme indépendante (de son mari) et chanteuse dans un bar queer et «caché». Si les deux femmes s’embrassent, ce baiser sera d’abord et avant tout pour Claudina le point de départ de sa quête identitaire, le premier jour du reste de sa vie… Dans ce petit village conservateur du Chili, où tous sont obsédés par les ovnis, Claudina se positionne comme la mystérieuse «autre», ayant soif d’une quête hors de l’ordinaire. Pour son premier film, la réalisatrice Nicol Ruiz Benavides s’intéresse ainsi à l’émancipation d’un personnage d’âge mûr, au rythme lent d’une maturité tranquille.
 
D’ailleurs, ce rythme propice à la réflexion et à l’observation est également caractéristique du film argentin Emilia, de Cesar Sodero. Ce drame plonge au cœur de la tourmente d’Emilia, une jeune femme qui vient de se séparer de sa copine, Anna. Ayant tout laissé derrière elle, avec cette dernière, elle revient vivre chez sa mère, dans le petit village où elle a grandi. Elle constate rapidement que lorsqu’on quitte un endroit, les gens continuent de vivre leur quotidien. Elle découvre également que, plus ça change, plus c’est pareil. Au fil de ses rencontres avec ses proches (sa mère, son ami d’enfance désormais père et sa conjointe) ainsi que de nouveaux venus (entraineur de volleyball, jeune étudiante), elle se cherche et cherche à refaire sa vie, ou du moins, tente d’oublier Anna et les raisons de leur séparation. À n’en point douter Emilia est portée par l’actrice qui incarne le rôle-titre; Sofia Palomino possède le charisme tranquille des grandes actrices. À savoir que la scène d’amour entre cette dernière et la jeune étudiante de l’équipe de volleyball est superbe (et pas mal plus subtile que celle de La vie d’Adèle)…
 
À la fois différents et similaires, voici donc cinq films qui mettent en scène des générations de femmes LGBTQ+ qui évoluent selon les regards, les conventions et les pays où elles vivent, qui vous donnent un aperçu du festin cinématographique que sera la 33e édition d’image+nation. Bon cinéma!  
 
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