Nigeria

Nollywood, une industrie du cinéma qui stigmatise et diabolise l’homosexualité

Sébastien Thibert
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Au Nigeria, l’homophobie et la transphobie sont ancrées dans la société. Les personnes LGBT sont persécutées depuis de longues années, et les violences ont connu un regain après la loi contre le mariage gai promulguée en 2014. L’homophobie s’immisce jusque dans la culture, et notamment les productions de Nollywood, l’industrie du cinéma de Lagos, la deuxième plus grande au monde derrière Bollywood en Inde.

Dans les films qui y sont tournés, l’homosexualité est souvent diabolisée, raconte le journal sud-africain Mail & Guardian. C’est le cas de 'Men in love', un film sorti directement en vidéo, qui raconte l’histoire d’un couple qui tombe dans le piège d’un homme gay séduisant mais cruel. Dans le film, chaque personnage homosexuel est dépeint de manière stéréotypée et l’accent est mis sur la débauche, le sexe et l’argent facile.

La caricature n’épargne pas les lesbiennes : un autre film des années 2000, 'Emotional Crack', raconte l’histoire inverse, celle d’une femme qui séduit l’épouse d’un homme et détruit leur mariage. Pour plusieurs autres de ces films, le message est clair : accepter l’homosexualité, c’est accepter un monde de déviances. L’homosexualité y est mise sur le même palier que la pédophilie ou l’inceste…

Pourtant, les mentalités semblent évoluer. Une nouvelle génération de cinéastes veut donner une meilleure représentation de l’homosexualité. "Beaucoup de jeunes qui sont gays vivent leurs vies et je pense qui si ça continue, les scénaristes en tiendront compte", explique Mildred Okwo, une productrice de Nollywood, au Mail & Guardian. Plusieurs films ont pu sortir récemment, mais sont souvent confidentiels. Ce n’est pas si simple de sortir des carcans, admet Mildred Owo : "les gens se rendent rarement compte qu’ils peuvent créer des mondes avec leurs films, et qu’ils peuvent les faire comme ils ont envie qu’ils soient."

Au Nigeria, la censure est très forte vis-à-vis de la représentation de l’homosexualité. Le NFVCB, le comité de censure des films et de la vidéo, empêche la diffusion de films qui la montreraient de manière positive. Récemment, le film 'Ife' ('amour' en yoruba) de la réalisatrice Uyaiedu Ikpe-Etim, qui raconte une histoire d’amour lesbienne, est au cœur d’un bras de fer pour pouvoir sortir sur les écrans nigérians. La production prévoit pour cela une sortie surprise en ligne, afin de contourner la censure, raconte la BBC. Mais le NFVCB est vigilant. La productrice et la réalisatrice du film risquent une peine de prison de 14 ans pour promotion de l’homosexualité si elles sont arrêtées.