You will love what you have killed = Tu aimeras ce que tu as tué

Benoit Migneault
Commentaires
Fugues
Photo prise par © Fugues
 
You will love what you have killed = Tu aimeras ce que tu as tué
Coup de poing littéraire de 2017, le roman de Kevin Lambert est enfin disponible au public anglophone dans une remarquable et très fidèle traduction de Donald Winkler.
 
Derrière son caractère paisible, Chicoutimi dissimule une part d’ombre où l’abjecte le dispute au conformise le plus crasse. En fait, la ville trône sur les destinées 
de ses citoyens tel un Dieu vengeur, issu des profondeurs lovecraftiennes, 
se nourrissant des douleurs de sa population. 
 
Un père pousse sa fille dans l’enclos des guépards du zoo qui se délectent de sa chair; une autre est déchiquetée sous les lames d’une déneigeuse; un directeur d’école, en apparence respectable, enfonce sa verge dans la gorge de son petit-fils et l’étouffe. Pourtant, dès le lendemain, ils sont tous présents en classe comme si de rien n’était : l’horreur ainsi décrite constituant le révélateur symbo-lique d’une violence souterraine et d’une intolérance bienpensante que chacun tente d’occulter.
 
Au retour de ces petites morts, les adolescents explorent leurs sentiments et leurs corps et répertorient les fautes des adultes soi-disant responsables : la révolte s’installe alors progressivement. L’un d’eux en particulier, Faldistoire, décide de châtier les auteurs de ces actes immondes ou même ceux qui sont simplement pétris de préjugés et d’intolérance. Une différence qu’il connait bien puisqu’il découvre progressivement la sienne au fil des rencontres et des hommes qui croisent son chemin.
 
À la lecture d’une telle prémisse, le lecteur pourrait s’attendre à une lecture difficile à encaisser, mais ce serait sans compter le malin plaisir que se fait l’auteur à dépeindre des situations volontairement outrancières, à la limite de l’absurde, afin de heurter de plein fouet et d’amener le lecteur à plonger dans un second degré jubilatoire.
 
Un roman étonnant, à la fois profondément choquant et délicieusement hystérique, mais qui porte toujours un regard étonnamment juste sur les travers d’une société conformiste et sclérosée et d’une jeunesse qui cherche à y échapper. À lire en anglais ou dans le texte original français.  
 
INFOS | You will know what you have killed/Kevin Lambert. Windsor, Ont.: Biblioasis, 2020. 188p.
 
Tu aimeras ce que tu as tué/Kevin Lambert. Montréal : Héliotrope, 2019. 209p.