Viols au Vatican

Le procès de deux prêtres italiens a débuté

L'équipe de rédaction , L'agence AFP
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Le Saint-Siège a donné mercredi le coup d'envoi du procès d'un prêtre italien soupçonné de viols sur un mineur, à l'intérieur même de la Cité du Vatican, tandis qu'un autre prêtre comparaît pour avoir couvert les faits.

Lors d'une courte audience mercredi, les deux hommes se sont vu préciser leurs chefs d'accusation et la date de leur audition, renvoyée au 27 octobre.

Le père Gabriele Martinelli, aujourd'hui âgé de 28 ans et né en août 1992, est soupçonné d'avoir imposé durant sa jeunesse des relations sexuelles à un jeune homme âgé d'un an de moins que lui. Les faits auraient démarré en 2007 lorsqu'ils étaient encore tous deux adolescents, âgés de 14 et 13 ans. Ils se seraient déroulés durant cinq ans jusqu'en 2012, année où Gabriele Martinelli avait atteint ses 19 ans.

Les deux garçons étaient logés au «pré-séminaire Saint-Pie X», un palais situé tout près de la résidence du pape François dans la Cité du Vatican. Les pensionnaires hébergés dans ce lieu sont des enfants et adolescents qui étudient dans une école privée dans le centre de Rome et aident durant les messes célébrées dans la basilique Saint-Pierre.

Certains d'entre eux décident ensuite de devenir prêtres et d'étudier dans un séminaire, à l'instar de Gabriele Martinelli qui a été ordonné prêtre à Côme (nord de l'Italie) en 2017.

Selon l'acte d'accusation, qui évoque notamment des actes de sodomie, le père Martinelli aurait eu "recours à la violence et aux menaces" et il aurait en outre profité des «relations de confiance» dont il jouissait en tant que pensionnaire de longue date du pré-séminaire et coordinateur des activités des séminaristes plus âgés.

Le père Enrico Radice, 71 ans, qui était recteur de l'hébergement au moment des faits présumés mais vit aujourd'hui à Côme, est soupçonné d'avoir aidé l'auteur des abus sexuels à se soustraire à des enquêtes. En 2013, il avait notamment envoyé une lettre à l'évêque de Côme pour discréditer une plainte de la victime visant Gabriele Martinelli.

L'affaire avait rebondi avec la parution en 2017 du livre «Péché originel», du journaliste italien Gianluigi Nuzzi, qui racontait comment, au sein du pré-séminaire, un séminariste majeur aurait abusé sexuellement d'au moins un lycéen âgé de "17 ou 18 ans" en 2011-2012, sous les yeux d'un témoin.

Ce témoin polonais, Kamil Tadeusz Jarzembowksi, a raconté que le séminariste venait régulièrement le soir dans sa chambre pour avoir des relations sexuelles avec son camarade de chambre, qui "«se sentait obligé de céder à ses exigences» et n'était pas dans une relation amoureuse. Le livre détaillait aussi les tentatives infructueuses de dénonciation auprès d'autorités ecclésiales du Polonais, qui avait vécu sur place de 13 à 18 ans jusqu'en 2014.

Fort de la confiance du recteur des lieux, le séminariste exerçait «une forme de pouvoir et d'intimidation» sur les plus jeunes, affirmait ce témoin. «Je ne reproche pas à ces prêtres d'être homosexuels», déclarait ce Polonais, lui-même gai. «Tout cela est une vaste hypocrisie: dans la journée, ces gens sont homophobes, la nuit ils se déchaînent dans des discothèques gais», avait-il commenté.

Peu après la sortie du livre, la victime s'était finalement exprimée à visage caché dans une émission télévisée, racontant avoir été abusée sexuellement dès sa première année, à l'âge de 13 ans. Le jeune homme avait précisé que la même personne lui faisait parfois des propositions déplacées dans la basilique Saint-Pierre pendant des messes.