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The Boys in the Band : retour sur une œuvre qui a changé la vie des LGBT+

Logan Cartier
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The Boys in the Band
Photo prise par © La version 2020, sur NETFLIX

Un huis clos entre amis homosexuels rassemblés pour l’anniversaire de l’un d’eux, voilà la prémisse de «The Boys in the Band», nouveau film produit par pour Netflix. Adaptée d'une pièce de théâtre créée en 1968, puis adaptée une première fois pour le cinéma, en 1970, par William Friedkin (Exorcist, The French Connection, Cruising) cette fiction fait date dans la représentation de la communauté LGBT+.

En 1968, être homosexuel à New York est illégal et l’homophobie est omniprésente. Se réunir, faire la fête, parler de son homosexualité, l’inclure dans des films, rien de tout ça n’est facile. 

Mart Crowley, jeune scénariste homosexuel dépressif, décide d’écrire une pièce en s’inspirant de sa vie et de celles de ses amis. The Boys in the Band est née. 

Dans cette pièce novatrice qui brise les tabous de l’époque, on suit la soirée d’anniversaire organisée par une bande d’amis gais pour l’un d’entre eux à New York. Au cœur de ce huis clos : un jeu d’alcool et de vérités qui fait basculer la soirée. On y parle sexualité, alcool, solitude, mal-être, relations toxiques et homophobie.

Dès sa présentation off Broadway, le succès de la pièce est immédiat et on voit s’y presser Marlene Dietrich et Jackie Kennedy. C’est un tournant dans la représentation des communautés LGBT. Et, deux ans plus tard, la pièce est adaptée au cinéma, par William Friedkin. 

«On n’avait jamais vu un film dont tous les personnages étaient homosexuels, ça n’existait pas», raconte Didier Roth-Bettoni, historien du cinéma LGBT. «Et on a surtout une palette de représentations comme en a jamais vues. On a des personnages en couple, on a des personnages qui sont dans une grande liberté sexuelle, on a un noir, c’est ultra peu fréquent. On a quand même très rarement dans le cinéma américain de l’époque un brassage social et un brassage racial à l’écran, ça n’existe quasiment jamais»

Aux débuts du cinéma ainsi que dans le milieu underground, on représentait assez librement l’homosexualité. Mais à partir de 1934, les majors américaines et les maisons de production sous les pressions politiques et religieuses décident d’imposer un code d’honneur, le code Hays, interdisant : la violence, la nudité, les perversions sexuelles (dont l’homosexualité). 

Commence alors une période de plus de vingt ans durant laquelle les personnages homosexuels vont exister sous la seule forme de sous-entendus. Avec le temps, les conservateurs boycottant ces thématiques se font moins nombreux, les réalisateurs prennent peu à peu leurs distances vis-à-vis du code Hays.

"Les choses commencent à se relâcher donc on commence à trouver des personnages, plus régulièrement, de gais ou de lesbiennes» continue Didier Roth-Bettoni. «Mais, la plupart du temps, c’est sous des axes, des représentations qui sont de trois types. Soit des personnages comiques, des personnages qui font rire, tournés en ridicule. Soit des personnages tragiques dont le sort est d’être une victime et qui vont finir mal, un suicide, une maladie, un accident, ça ne se finit jamais bien. Soit des criminels ou des prédateurs. Dans les années 1960, ce sont les trois seules représentations possibles ou envisageables dans 90% de la production américaine»…

The Boys in the Band met fin à tous ces clichés. La pièce et le film deviennent des références dans la représentation des LGBT. C’était la première pièce qui traitait frontalement du mode de vie des gais, et bien que grave elle était à la fois extrêmement drôle et émouvante.  

Mais au même moment, un événement bouleverse un peu la réception du film : les émeutes de Stonewall. Le 28 juin 1969, la police fait une descente dans un bar gay à New York : Stonewall. Les fêtards résistent toute la nuit aux forces de l’ordre. Les jours suivants voient naître une nouvelle forme de lutte pour les droits LGBT. Le message est «gay and proud».  

Pour certains, The Boys in the Band devient alors daté, le film étant vu comme trop triste, montrant la déprime de gais qui se cachent, mais surtout pas assez politique ou militant.

Cela dit, The Boys in the Band reste un tournant.  La pièce, puis le film, ont directement inspiré la manière de raconter les histoires d’hommes gais au cinéma, comme dans Making Love d’Arthur Hiller sorti en 1982, Mala Noche(1986) et My Own Private Idaho (1991) de Gus Van Sant et plus tard Le Secret de Brokeback Moutain(2006) d’Ang Lee.

Si « The Boys in the Band » se retrouve un demi-siècle plus tard sur Netflix, c'est grâce au producteur Ryan Murphy. En 2018, pour les cinquante ans de la pièce, le créateur de Glee,Nip/Tuck, Ratched ou Hollywood a décidé de racheter les droits de la pièce et a remonté le spectacle à Broadway avec des acteurs qui avaient tous fait leur coming out : on y retrouve donc, entre autres, Jim Parsons de « The Big Bang Theory », Matt Bomer de « Magic Mike » ou Zachary Quinto, de « Star Trek ».

Le revival de la pièce a reçu un Tony Award, l'équivalent d'un Oscar pour le théâtre. Et, comme en 1968, elle a donné lieu à un film. Réalisé par le metteur en scène de Broadway Joe Mantello, le long-métrage diffusé sur Netflix reprend la même distribution que la pièce avait sur scène en 2018. Et ce même ton festif, exubérant mais parfois sombre, comme cette réplique restée célèbre : « Montre-moi un homosexuel heureux, je te montrerai son cadavre. »