Serbie

La Serbie se dote d'un gouvernement quasiment paritaire dirigé par une lesbienne

Chantal Cyr , L'agence AFP
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Le Parlement serbe, déserté par l'opposition qui a boycotté les législatives de juin, en dénonçant la dérive autoritaire du président Aleksandar Vucic, a entériné mercredi un nouveau gouvernement composé de quasiment autant de femmes que d'hommes et dirigé par une lesbienne.

«Fierté» pour la Première ministre Ana Brnabic, cette parité dans le nouveau cabinet n'est, pour certains critiques, qu'une entreprise de «pinkwashing», façon de dissimuler les réalités sous une couche de rose.

Au pouvoir depuis 2012, le Parti du progrès serbe (SNS) du président Vucic a provoqué un tsunami aux élections, en remportant la majorité absolue des suffrages, à savoir 188 sur 250 sièges à l'Assemblée nationale. Le gouvernement a été approuvé par le vote de 227 députés, sur 232 présents, seuls cinq d'entre eux ayant voté contre, a annoncé le président du Parlement, Ivica Dacic.

Le nouveau cabinet, qui sera dirigé par la Première ministre sortante Ana Brnabic, ouvertement lesbienne dans ce pays des Balkans très patriarcal et conservateur, est composé de treize hommes et d'onze femmes. «Je suis fière du fait (...) qu'onze femmes dirigeront les domaines les plus complexes et qu'elles affronteront les plus grands défis», a déclaré Ana Brnabic, 45 ans, lors de la présentation du programme du gouvernement.

La victoire du SNS en juin a été favorisée par le boycottage du scrutin par les principaux partis d'opposition, selon qui des élections libres étaient impossibles du fait de la distorsion du paysage médiatique et démocratique. En formant la majorité avec deux autres partis, dont le Parti socialiste, le SNS n'a pratiquement pas d'opposition dans le Parlement, mise à part quelques députés représentant les minorités.

Selon les critiques, la parité au sein du gouvernement a peu d'importance tant que les leviers de pouvoir sont concentrés chez le patron du SNS, Aleksandar Vucic, même si la Constitution confère un rôle honorifique au président de l'État. Pour Jovana Gligorijevic, membre de l'ONG «Journalistes contre la violence contre les femmes», la parité au sein du nouveau gouvernement est un «cas classique de pinkwashing». «L'idée que la position des femmes va s'améliorer en Serbie grâce au nombre de femmes ministres, ou que ça va créer un nouveau paradigme, est ridicule et triste», a-t-elle dit.

Il s'agit d'une «simulation de la démocratie» dans un pays - qui négocie son adhésion à l'Union européenne - où les femmes sont peu présentes dans la politique, selon Jelena Djordjevic, professeure de sciences politiques à Belgrade. «Les femmes sont nécessaires dans la vie politique, mais pour leurs compétences, pas pour remplir un quota comme celui-ci».

Rédaction avec AFP