Poéesi

Notre-Dame du Grand-Guignol

Benoit Migneault
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Fugues
Photo prise par © Fugues

Dans ce recueil poétique, Sébastien Émond se penche sur la vision déformée que l’on porte sur son corps et sur celui des autres, en particulier dans le contexte des personnes trans.

Cette distorsion de la réalité se fait via les codes du cinéma d’horreur ou, plus précisément, du grand-guignol, une épouvante qui se caractérise par son caractère exagéré, loufoque et invraisemblable. Ne vous attendez donc pas à un jardin de roses. La narration porte d’ailleurs un regard distancé, presque clinique, sur les éléments glauques toujours orientés vers le corps, le sien ou celui des autres, comme s’il s’agissait d’une abomination. Le procédé se veut le miroir du regard, fasciné et dégouté, que le spectateur porte sur le cinéma d’horreur. « Dans la cuisine, on s’active, on donne la marche à suivre : - L’amputation, ce n’est pas compliqué : il faut d’abord localiser l’articulation du doigt, puis couper la peau avec le scalpel jusqu’à ce que l’os soit dénudé. Ensuite seulement, utiliser la scie. » Cette même horreur s’incarne également dans le désabusement et le sentiment d’abandon face à une réalité trop terrible à supporter : « J’pense qu’il est en amour avec moi. Il a laissé le condom usé sur la table pis l’enveloppe à terre. J’étais à moitié endormi et il me demandait de baiser. J’ai pas répondu, y’a commencé à me toucher, enlever ses pants, je l’ai sucé parce que why not. Y’a mis le condom pis l’a pété. Il m’a dit, va chercher les autres, vite! Mais y’étaient dans la salle de bain, il s’est genre frustré pis y m’a demandé de le sucer encore. J’ai pu assez de cigarettes. » Une œuvre à la fois difficile et fascinante, un peu comme le genre cinématographique auquel elle rend hommage.

INFOS | Notre-Dame du Grand-Guignol : poésie / Sébastien Émond. Montréal : Hasgtag, 2020. 78p.