Place au Village

Transformation de l'Hôtel Place Dupuis en refuge pour itinérants

Collaboration Spéciale
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La SDC Village Montréal a fait parvenir cette lettre au ministre Lionel Carmant le 3 novembre 2020.

Monsieur Lionel Carmant
Ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux
Ministère de la Santé et des Services sociaux
2021, avenue Union, bureau 10.051
Montréal (Québec) H3A 2S9

Monsieur le ministre, 

Vous disiez, le jeudi 29 octobre, que « personne ne doit être contraint de passer la nuit à l’extérieur, encore moins lors des longs mois d’hiver, dans le froid et l’insécurité ». La Société de développement commercial (SDC) Village Montréal ne pourrait être plus en accord avec vous. Les mesures hivernales, que vous avez annoncées conjointement avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et la Ville de Montréal, sont de bonnes nouvelles pour les clientèles itinérantes. Des clientèles aux besoins tellement criants. La SDC Village Montréal se réjouit donc de la mise en place de telles mesures.

Cependant, la vitalité socioéconomique du secteur a été gravement affectée durant les derniers mois. Après une saison estivale fortement ébranlée par la pandémie de COVID-19, les quelque 255 commerçant.e.s du Village craignent la transformation de l’Hôtel Place Dupuis en unité de débordement de près de 400 lits. La SDC comprend ce choix, comme de nombreuses ressources pour ces clientèles marginalisées sont localisées dans le Village.

Cet été, une ressource d’hébergement d’urgence similaire a été implantée dans le secteur et les impacts pour la dynamique sociale ont été catastrophiques. Pas seulement pour l’activité commerciale, mais aussi pour les résident.e.s, les travailleur.euse.s et toutes les personnes qui transitent dans le quartier. En l’absence d’animation et de touristes dans les rues du Village, le nombre d’incivilités a explosé : défécations en pleine rue, injections et transactions de drogues devant les commerces, bagarres quotidiennes, vandalisme. Les commerçant.e.s du Village côtoient la misère humaine tous les jours dans l’espace public.

L’équilibre pour la cohabitation était déjà fragile dans les dernières années, mais avec l’arrivée de la pandémie, tout a été chamboulé. De plus, la mise en place de cette ressource a été faite très rapidement, sans concertation ni communication avec le milieu. Toustes ont été mis.es devant les faits accomplis. La gestion des impacts n’avait pas non plus été réfléchie. Où iraient les gens durant le jour ? Comment gérer l’attente et la présence des personnes marginalisées à l’extérieur de la ressource ? Qui ferait l’entretien de la propreté due à l’augmentation d’achalandage ? Qui ramasserait les déchets liés à la toxicomanie / itinérance (seringues, effets personnels cachés durant la journée, etc.) ? Non seulement les ressources supplémentaires n’étaient pas prévues, mais les effectifs habituels ont été déployés partiellement à d’autres mandats en raison de la pandémie (SPVM, ressources communautaires, etc.).

Vous avez tenu à souligner, jeudi, « l’engagement extraordinaire de l’ensemble des partenaires » qui ont uni « leurs forces pour répondre aux besoins criants des personnes en situation d’itinérance ». Toutefois, nous avons plutôt l’impression que le scénario du printemps se répète. Nous ne comprenons pas pourquoi la SDC Village Montréal, le SPVM et les organismes communautaires du secteur n’ont été mis au courant des mesures hivernales qu’une heure avant votre annonce publique. Ces problématiques, si sensibles et complexes, méritent des actions concertées et le travail du plus grand nombre de partenaires possibles.

Vous avez aussi dit, jeudi dernier, que grâce à vos nouvelles mesures hivernales, les personnes itinérantes pourront « trouver chaleur, réconfort et sécurité pour la nuit ». Mais depuis des mois, la sécurité n’est plus au rendez-vous dans le Village. La cohabitation avec les personnes en situation de marginalité, la toxicomanie et le trafic de drogue sur la rue ont engendré une peur de fréquenter le Village, tant chez les commerçant.e.s, les client.e.s que les résident.e.s. Les gens se font crier des insultes, se font menacer, certains ont subi des agressions physiques, les façades et structures se font vandaliser. On ne parle plus d’un inconfort lié à des perceptions, mais d’un problème de sécurité réel.

La SDC Village Montréal exige donc l’ajout significatif de ressources spécialisées dans le secteur pour faire face à l’afflux important de nouvelles personnes itinérantes. En plus de travailleur.euse.s sociaux.ales, d’équipes médicales et de policier.ères.s, nous demandons à ce que des équipes de nettoyage soient présentes quotidiennement dans le Village pour ramasser les déjections humaines et les déchets générés par les personnes en situation de marginalité.

Finalement, vous avez promis que « des outils cliniques seront diffusés dans les jours à venir auprès des intervenants pour les soutenir dans leur pratique ». Nous savons qu’une rencontre avec les partenaires est prévue jeudi après-midi et ce, deux jours après l’ouverture de la ressource à la Place Dupuis. La SDC Village Montréal réclame une session d’information publique afin de clarifier l’ensemble des mesures hivernales pour toustes les citoyen.e.s qui seront impacté.e.s. Nous tenons également à être informés des mesures de soutien déployées dans le cadre de votre plan hivernal, mais aussi à être inclus dans les prochaines mesures localisées dans le Village.

Les 255 commerçant.e.s du Village comprennent que les personnes en situation de marginalité doivent être aidées pour qu’ensemble on en ressorte toustes plus dignes.

Mais il y a urgence de retrouver un sentiment de sécurité dans le Village.

 

La Société de développement commercial Village Montréal

Yannick Brouillette, Directeur général

JP Loignon, Président du conseil d’administration