2021 pointe le bout du nez. Saurons-nous être solidaires et accueillants ?

Denis-Daniel Boullé
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Fugues
Photo prise par © Fugues
Entre la Covid-19, un président qui s'attache à son trône comme un chef d'État d'une république bananière, sans oublier toutes les atteintes aux droits de la personne commises dans le monde au nom d'un Dieu, d'une idéologie, ou du simple profit, on ne regrettera pas l'année 2020. On ne célébrera pas le passage à 2021 dans la liesse, confinement oblige.
 
On aime bien faire l'exercice des bilans et pour celles et ceux qui se targuent de voir plus loin que le bout de leur nez on y va de quelques prédictions pleines d'espérances et de possibles lendemains qui chantent. Parenthèse superflue et autoréférentielle : ayant un grand nez, je vois naturellement plus loin que la moyenne de mes contemporain.ne.s.
 
Avant la pandémie, et par hasard, j'avais relu L'Étranger d'Albert Camus. Dans cette métaphore sur le nazisme et la dictature, écrite au sortir de la Seconde Guerre mondiale, une grande ville se voit dévastée par la peste. Nous, nous avons une réelle pandémie, et des voix qui s'élèvent un peu partout relayées par certains partis pour en appeler à des régimes plus autoritaires, nationalistes avec à leur tête des hommes forts. Et ils sont nombreux sur la ligne de départ qui espèrent ainsi «sauver» la planète de la mondialisation, du cosmopolitisme, du lgbtisme, du féminisme, la liste est sans fin. Relire Camus ne fera de mal à personne. Bien au contraire
 
Malgré ces ressacs ultra conservateurs toujours portés par des groupes religieux, nombreux et nombreuses sont ceux et celles qui n'ont pas renoncé, qui ne baissent pas les bras et qui font toujours et encore une vraie différence. Ici, on pense au personnel des hôpitaux, aux organismes communautaires, à cette croyance que l'engagement et la main tendue valent mieux qu'un petit bout de terrain entouré de barbelés prêt à tirer sur tout ce qui est différent. Toutes celles et ceux qui, dans la mesure de leurs moyens et de leurs compétences, résistent à l'indifférence, à l'égoïsme ambiant. Toutes celles et ceux qui ont compris que c'est ensemble, dans le partage, la solidarité, le respect de l'autre que nous nous en sortirons. Espérons qu'une leçon de la pandémie sera un retour vers un plus grand souci de l'autre, des autres, à recréer du lien social.
 
En écrivant ces lignes, me viennent en tête des organismes communautaires qui sont nourris par ce désir d'être au plus près de notre humanité, la Fondation Émergence, la Maison Plein Coeur, Gai Écoute, l'ATQ, Interligne, les GRIS, RÉZO, j'en oublie, chacun pourra choisir l'organisme qui illustre le mieux ce désir d’un Mieux Vivre Ensemble.
 
C'est toujours de la base que naissent les profonds changements sociaux, et un simple regard en arrière peut nous montrer le nombre de décennies de luttes, de revendications, et parfois dans la répression de militant.e.s anonymes, pour qu'enfin une femme d'origine afro-indo-américaine, Kamala Harris, soit nommée vice-présidente du pays le plus puissant du monde. Et qui nomme dans la foulée comme cheffe de son cabinet une militante noire lesbienne, Karine Jean-Pierre. On ne peut pas faire l'impasse sur l'élection de Sarah McBride, première femme transgenre élue au Sénat pour le Delaware, ni sur celles de Mondaire Jones et Richie Torres pour New York. Tous deux issus de la communauté afro-américaine, ouvertement gais, et engagés, entre autres, pour la reconnaissance des communautés LGBTQ. Et on trouve des percées semblables des minorités sexuelles et de personnes issues des communautés ethnoculturelles dans d'autres parlements et d'autres gouvernements. La voie est tracée et il ne faut donc pas s'arrêter en si bon chemin car nombreux souhaiteraient revenir à l'ancien temps où une norme prévalait sur la multitude de différences qui, elles, n'avaient jamais cessé d'exister malgré toutes les tentatives légales ou pas pour les éradiquer, les reléguer dans les oubliettes de l'histoire. Il nous faut 
encore être vigilant.e.s et ne pas se reposer sur des lauriers qu'ils aient ou non les couleurs de l'arc-en-ciel.
 
Il existe une pandémie virale, aussi des épidémies politiques qui tentent de s'imposer. Le virus Trump se réplique dans d'autres pays.  Et ces épidémies trouvent leurs supporters sur les réseaux sociaux qui adhèrent à des doctrines religieuses ou non, sectaires, portées par des leaders qui se présentent comme des sauveurs.
 
Entre les changements climatiques, les catastrophes naturelles qui en découlent, un monde de plus en plus polarisé entre celles et ceux qui croient détenir la vérité et celles et ceux qui cherche la vérité, je ne sais ce qui arrivera en 2021. L'injure, les menaces, les intimidations ont remplacé les débats. Les anathèmes fusent de partout et le moindre faux pas, involontaire, et malheureux, peut vous conduire à la répudiation sur les médias sociaux. On parle beaucoup de réconciliations, de réparations pour celles et ceux qui n'étaient pas né.e.s du bon bord, au bon endroit, ou de la bonne couleur, mais c'est aussi dans notre quotidien que nous devons adopter des attitudes d'accueil plutôt que de replis sur son petit soi identitaire.
 
Je ne sais pas ce qui arrivera en 2021, mais je place un espoir dans un vaccin.  Je souhaite seulement en finir avec une vie monacale, pour serrer dans mes bras énormément de gens que j'aime, que j'admire, qui m'inspirent, qui me prouvent chaque jour que oui, c'est possible, que oui, il y a de l'espoir, que oui, ensemble nous pouvons faire de grandes choses, mais aussi passer un très bon moment autour d'un verre, d'une bonne bouffe, à rire, voire à déconner, à être heureux d'être réunis. C'est peut-être cela vivre et ça n'a pas de prix.