1er décembre 2020 - Journée mondiale du VIH/SIDA

Bilan et souhaits de la COCQ-SIDA

L'équipe de rédaction
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Fugues
Photo prise par © Fugues
Nous pouvons dire que 2020 fut une année hors de l’ordinaire et loin de répondre à nos attentes.
 
La pandémie de la COVID-19 a bousculé l’ensemble de notre société, mais vous n’avez pas besoin de mes observations pour bien comprendre ce fait. Les organismes communautaires de lutte contre le VIH/sida, le VHC et les ITSS ont répondu à ce nouveau défi avec toute leur créativité, leur savoir-faire et, surtout, leur engagement envers leurs communautés.
 
Au début de la pandémie, ils ont travaillé très fort à obtenir du matériel de protection pour leurs équipes dédiées. Par la suite, ils ont rapidement adapté leurs services et activités et continuent de le faire au gré des changements des recommandations de la Santé publique. Le travail des organismes de lutte contre le VIH/sida se base beaucoup sur les liens sociaux, sur le développement de réseaux de soutien, bref, sur le contact humain. Pouvoir trouver de nouvelles façons de maintenir ces contacts tout en respectant la distanciation physique continue d’être un défi de taille, mais qui est bien relevé par les intervenant.es communautaires. Des rencontres de groupe en visioconférence, des denrées alimentaires livrées à la porte, du jumelage entre personnes pour maintenir les contacts, le travail de rue adapté… La liste est longue! Saviez-vous qu’il n’y a pas eu de cas de COVID-19 dans les maisons d’hébergement VIH depuis le début de la pandémie? Ce n’est pas par hasard, mais bien par un travail assidu des équipes de soins et une bonne collaboration entre lesdites équipes de soins et leurs résidant.es.
 
2020 fut aussi l’année où les premiers objectifs d’éradication du sida émis par l’ONUSIDA devaient être atteints: 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut (le dépistage), 90% des personnes dépistées prennent un traitement (lien vers les soins), et 90% des personnes en traitement ont une charge virale du VIH indétectable (contrôle du virus). Je ne suis pas certain que nous allons obtenir, comme il était prévu, des données démontrant l’atteinte de ces objectifs par les gouvernements, dont les gouvernements du Canada et du Québec. Leur attention a été ailleurs cette année, et avec raison.
 
Par contre, on ne peut pas se permettre d’abandonner la lutte contre le VIH/sida parce qu’une autre maladie arrive sur scène. Très vite, le réseau de la santé a adapté le suivi médical des personnes vivant avec le VIH: rendez-vous un peu moins fréquents (lorsque possible), parfois en visioconférence ou par téléphone; protocoles de traitements adaptés pour prendre en considération les possibles délais dans l’obtention des résultats de tests analysés en laboratoire; maintien de la disponibilité des médicaments. Cependant, rapidement l’accès au dépistage a diminué drastiquement. Les cliniques spécialisées ont maintenu leurs efforts du mieux qu’elles le pouvaient, mais les activités de dépistage en partenariat avec les organismes communautaires, dans les milieux de socialisation ont été annulées en raison de la relocalisation des infirmières, dédiées à ces activités, ailleurs dans le réseau de la santé. Nous comprenons très bien que les besoins urgents étaient ailleurs, mais un Plan B aurait été nécessaire pour nous permettre de maintenir les activités de dépistage adaptées aux populations clés.
 
Les organismes militent depuis des années pour la démocratisation du dépistage et pour l’habilitation des intervenant.es communautaires à réaliser des tests de dépistage rapides. Ce rôle doit faire partie de ce Plan B. En novembre 2020, Santé Canada a approuvé un autotest de dépistage du VIH qui devrait être disponible sous peu. Malgré son coût substantiel — plus de 35$ — et des canaux de distribution au départ fort limités, l’autotest doit aussi faire partie de ce Plan B, avec accessibilité garantie pour les populations les plus à risque.
 
La pandémie de COVID-19 a mis en lumière d’autres failles dans notre système de santé. La crise des surdoses est plus grave que jamais, empirée par les enjeux d’accès à des produits de mauvaise qualité et l’inattention d’un système de santé préoccupé par une autre crise. «On ne laisse personne derrière», disent les groupes communautaires, dédoublant leurs efforts auprès des communautés de personnes qui consomment et leur plaidoyer pour des changements réglementaires trop lents à arriver. Mais la COVID-19 nous a montré aussi que certains autres éléments de changement social sont possibles, avec un peu d’imagination et encore plus d’engagements politiques: revenu de base pour toute personne, accès aux soins pour toute personne sur le territoire québécois, hébergement pour les sans-abris. Certes, ces programmes ne répondent pas aux besoins de toutes et tous, et méri-teraient quelques ajustements, mais ils constituent tout de même de beaux exemples de ce qui est possible quand l’urgence se pointe.
 
Pour finir sur une note plus positive, l’année 2020 marque aussi le 30e anniversaire de la COCQ-SIDA tout comme elle souligne pour plusieurs de ses organismes-membres le 20e, 25e ou 30e anniversaire. 30 ans de concertation et collaboration, de solidarité, de défis et de réussites. Un mouvement fort qui a beaucoup à offrir dans la réponse à une urgence sanitaire, même une urgence qui se chronicise.
 
Forts de nos décennies de lutte pour préserver la santé de nos communautés, nous fixons nos yeux sur les prochains objectifs de l’ONUSIDA visant à éradiquer l’épidémie du VIH/sida, d’ici 2030: 95% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, 95% de ces personnes reçoivent des soins et prennent un traitement et 95% des personnes en traitement ont une charge virale du VIH indétectable. Ajoutons un autre objectif soit l’éradication de l’hépatite C, d’ici 2030 aussi. Ces objectifs sont atteignables avec un déploiement optimal de ressources tant humaines que financières.
 
Ensemble, préparons un monde sans sida ni VIH. 
 
Ken Monteith, directeur général