Décès

Le pianiste et virtuose André Gagnon meurt à 84 ans

Sébastien Thibert
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André Gagnon est décédé le 3 décembre des suites de la maladie à corps de Lewy. Le pianiste et compositeur était agé de 84 ans. 

C’est la maison de disque Audiogram, qui s’occupe de la carrière du musicien, qui a partagé la nouvelle via un communiqué de presse. Né à Saint-Pacôme-de-Kamouraska dans le Bas-Saint-Laurent, en 1936, le pianiste André Gagnon s’est éteint, entouré de ses proches, des suites de la maladie à corps de Lewy, un trouble neurocognitif. Véritable prodige, il joue du piano et il compose de courtes pièces dès l’âge de six ans. Il aura vendu plus de 3 millions d’album au cours de sa longue carrière.

André Gagnon fait ses débuts en 1958 comme accompagnateur du chansonnier Hervé Brousseau, avec qui il fonde le groupe Les Bozos l’année suivante. Un groupe qui comprend aussi Clémence Desrochers, Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée, Raymond Lévesque et Jacques Blanchet. Ensemble, ils donnent plusieurs concerts, avec Gagnon comme pianiste-accompagnateur. 

Dans les années subséquentes, Gagnon se lie d’amitié et/ou collabore avec de nombreux jeunes artistes. La liste comprend Pauline Julien, Renée Claude, Monique Leyrac, Diane Dufresne, Steve Fiset, Pierre Létourneau, etc. Il enregistre ses premiers albums. On le voit même faire une petite apparition dans le magnifique long métrage La vie heureuse de Léopold Z de Gilles Carle.

En 1968, il connaît son premier grand succès populaire et international avec la pièce Pour les amants.

Plus de 600 oeuvres originales d'André Gagnon figurent dans le répertoire de la SOCAN. Sa carrière s'est étendue sur six décennies pendant laquelle il aura marqué la culture québécoise et un grand nombre d'artistes.

Parmi ses albums les plus importants, mentionnons Saga, paru en 1974.

Le personnage d’Émile Nelligan sera récurrent dans la vie de Gagnon. En 1974, Gagnon fait l’acquisition de la maison du poète Émile Nelligan, dans le Carré Saint-Louis. Il se rend également à Londres pour enregistrer SAGA, tout premier album fait uniquement de pièces instrumentales originales, qui comprend un bel hommage au poète Émile Nelligan et qui remporta un grand succès international. 

On lui doit également la pièce Nelligan chantée par Renée Claude et la mise en musique de douze poèmes de Nelligan pour Monique Leyrac, et ensuite avec l’opéra Nelligan en 1990qu'il signe avec Michel Tremblay et qui sera présenté à Québec, Montréal et Ottawa. 

Le compositeur a toujours tenté de créer des passerelles entre le monde de la musique orchestrale et celui de la chanson populaire. 

En 1976, le 45 tours disco Surprise le fait connaître dans toutes les discothèques du monde. Deux de ses albums sont alors publiés aux États-Unis et au Royaume-Uni pour satisfaire la demande grandissante dans ces deux pays. Le pianiste fait alors de nombreuses tournées, tant au Canada anglais et à l’étranger qu’au Québec. En 1986, quand il publie l’album Comme dans un film, il devient aussi très populaire en Australie, en Corée du Sud et particulièrement au Japon où il fait un malheur.

Le pianiste a laissé sa marque dans le cœur de plusieurs. Bien que discret au sujet de sa vie privée, André Gagnon n’a jamais fait de secret quant à son homosexualité. Depuis l’annonce de son départ, les hommages ont été nombreux sur les réseaux sociaux et dans les médias…

«Je suis très attristé d’apprendre le décès du pianiste André Gagnon, a salué le premier ministre du Québec, François Legault, sur Twitter. Le Québec perd un de ses grands musiciens. Ses mélodies continueront de nous émerveiller. Je présente mes condoléances à sa famille et ses proches.»

«André Gagnon a laissé une oeuvre enregistrée extraordinaire qui a fait le tour du monde», a confié Michel Tremblay à La Presse. «On a été proche jusqu'à ce qu'il tombe malade il y a deux ans. Ce que je veux me rappeler de lui, c'est son sens de l'humour et les fous rires qu'on a eus. J'ai fréquenté sa maison de campagne pendant 33 étés. Il savait faire l'amalgame des groupes, trouver les gens qui allaient ensemble.» 

«Très triste d’apprendre le décès d’André Gagnon, un grand pianiste québécois que j’adore écouter», a renchéri la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy. «Le Québec se souviendra longtemps de ce prolifique artiste qui nous a fait tant de bien. J’offre mes sincères condoléances à sa famille et à ses proches».

«André Gagnon était un grand compositeur, accompagnateur et instrumentiste, nous a écrit la pianiste Alexandra Sréliski. Une inspiration pour moi, pour la carrière hybride qu’il a eue. Entre la musique classique et la musique populaire, il me semble qu’il se fichait bien des étiquettes. Il a pavé le chemin pour des pianistes comme moi. Je suis très triste d’apprendre la nouvelle de son décès aujourd’hui, même si je suis convaincue que son œuvre, elle, ne mourra jamais.»

«C'était un rassembleur, un ami fidèle», dit le comédien et directeur artistique Loui Maufette. «Ses plus grandes qualités étaient sa générosité et sa curiosité. Il n'était pas fermé et il aimait toutes sortes de courants. Il a été un artiste populaire dans le sens noble du terme.»

«Mon père écoutait beaucoup de musique et pendant une longue période, les mélodies d’André Gagnon, toujours accrocheuses et souvent audacieuses, ont bercé ma jeunesse», a raconté le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. «Dans un art où il excellait, il a fait briller le Québec à travers le monde et nourri notre fierté. Merci.» 

«Il a changé ma vie, André», confiait à La Presse Diane Dufresne.  «Il m'avait accordé une audition alors qu'il était déjà célèbre! Puis j'avais fait une première partie pour Guy Béart et j'avais osé lui demander de m'accompagner. Et il l'a fait! Je lui avais donné mon salaire, qui devait être de 25 piasses, ensuite il m'avait invitée au resto et il avait payé... C'est là qu'il m'a présenté un de ses amis: Luc Plamondon. André Gagnon a donné au Québec parmi ses plus belles mélodies. Des mélodies qui sont en nous. La musique c'est quelque chose de divin, et lui l'a sublimé. Il a anobli la musique populaire.»

Nous avons perdu un très grand artiste aujourd’hui, toutefois, la musique et l’oeuvre d’André Gagnon resteront en nous pour toujours», écrit sur Twitter la chanteuse Céline Dion. «Mes pensées les plus douces accompagnent la famille et les proches.» 

«J’ai découvert André Gagnon à 6 ans, alors que je faisais mon 1er spectacle scolaire à vie sur une pièce de son célèbre album Neiges! Mon (amour) du piano est né à ce moment», a écrit sur Twitter la députée péquiste de Joliette, Véronique Hivon. «Merci André Gagnon d’avoir mis tant de beauté dans nos vies. Condoléances aux proches».

«Mon père, ses frères et ma tante parlaient avec fierté de leur oncle», Écrit l'autrice-compositrice-interprète Klô Pelgag rendant un vibrant hommage à son grand-oncle sur les réseaux sociaux. «La légende et son mystère, l'histoire du dernier petit frère de la famille Gagnon devenu pianiste à Montréal. Ce grand-oncle compositeur acclamé partout dans le monde. La partition de Neiges trônait sur le piano. On l'a probablement jouée chacun notre tour, mes frères et moi. Chacun à notre manière. La dernière fois que je l'ai vu, c'était au lancement de mon premier album. Quelle surprise et quelle émotion pour celle qui, enfant, lui écrivait des lettres d'admiration. Merci André Gagnon. Merci pour le piano, merci pour la musique, mais surtout, merci pour le rêve.»

«Un autre immense artiste disparaît, a commenté le comédien et député du Bloc québécois de Longueuil-Saint-Hubert, Denis Trudel. «Une année cruelle, à beaucoup de niveaux. Repose en paix, André Gagnon!» 

Reconnaissance

Il a remporté plus de 16 Juno Awards et plus de 19 Félix.

En mai 1982, le cégep de La Pocatière a attribué le nom d’André Gagnon à sa nouvelle salle. Et, depuis 2006, Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec (SPACQ) attribue annuellement un prix André-Gagnon à un compositeur de musique instrumentale.

Le pianiste n’a pas été revu en public depuis plusieurs années. Le 22 juin 2018, lorsqu’il est fait officier de l’Ordre national du Québec, c’est son ami, le producteur Michel Bélanger, qui l’a représenté. Un mois plus tôt, c’est son amie Mouffe qui recevait en son nom le titre de Compagnon des Arts et des Lettres du Québec.

Le 23 septembre 2019, il a été nommé récipiendaire du Prix Excellence au 30e gala de la SOCAN.