Idées cadeaux

Des livres pour tous les goûts pt-2

Benoit Migneault
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Fugues
Photo prise par © Fugues

livres De Denis-Martin Chabot
 
Il y a longtemps que je t'aime, je ne t'oublierai jamais 
Aimer malgré les contraintes d’un handicap sévère et de religions dogmatiques alors que l’homophobie demeure latente. Aimer à l’ère du numérique où la ligne est ténue entre le réel et le virtuel. Aimer avec le SIDA ou en dépit du SIDA, grâce ou malgré les trithérapies. Le Village gai de Montréal est à la croisée des chemins. (Éditions La Semaine, 2016, 400 pages).
 
INFOS | www.editions-lasemaine.com
 
Laurent McCutcheon et la révolution gaie et lesbienne du Québec 
Grand militant des droits LGBTQ+, Laurent McCutcheon a contribué à faire du Québec 
moderne un endroit où il fait bon vivre. Sa mort, en juin 2019, a ramené à la mémoire 
collective le travail colossal qu’il a accompli pour faire avancer les droits de la personne au pays. Il a été à l’avant-plan de la reconnaissance des couples de même sexe et a su rallier à la cause la communauté LGBTQ+ et les  décideurs, dont la reconnaissance des conjoints de fait de même sexe, le mariage pour tous, puis pour la lutte contre l’homophobie et la transphobie.  (Éditions de l’Homme, 2020, 240 pages).
 
 
Escales parisiennes 
Un auteur québécois, célibataire depuis peu, rencontre Christophe lors d'une séance de dédicaces dans une librairie parisienne. C'est alors que l'auteur découvre que son ex-mari de neuf ans, un agent de bord qu'il vient de laisser, entretenait pendant tout ce temps une relation avec Christophe lors de ses nombreuses escales à Paris. Un récit touchant, parfois dur, parfois drôle avec, en toile de fond, les amours dysfonctionnelles, la dépendance affective et la violence dans les relations amoureuses et intimes entre hommes. (Éditions ND, 2019, 182 pages).
 
 
 
Rue Sainte-Catherine Est, métro Beaudry 
Denis-Martin Chabot nous replonge ici dans un univers où baiser, c'était parfois mourir. C'était avant le Sida. C'était pendant le Sida… Un univers où le sexe était un danger bien plus malsain que toutes les dopes et tous les alcools. Un univers où l'un n'empêchait pas tous les autres. Un univers où l'amour s'inventait au hasard. (Éditions La Semaine, 2015, 352 pages). 
 
 
 
 
 

Tom of Finland: Made in Germany
On associe généralement la production de Tom of Finland à la culture américaine qui y est effectivement omniprésente: cow-boys, ouvriers, soldats, garagistes, le milieu cuir, etc. C’est cependant au début des années 1970, à Hambourg en Allemagne, qu’il développe son esthétique, commence son exploration de la contre-culture gaie et se fait progressivement connaître. C’est d’ailleurs dans cette ville qu’il tient sa première exposition et qu’il réalise une fresque dans un bar, où elle est toujours présente d’ailleurs, le Tom's Bar. C’est ce contexte qui lui a permis de se retirer d’un travail jusqu’alors purement alimentaire (cadre publicitaire) pour se lancer à temps plein dans la production artistique. Cet ouvrage se penche sur cette période moins connue de l’artiste tout en documentant l’évolution de son art ainsi que les rencontres qui l’ont influencé. Au-delà des 150 illustrations, parfois moins connues, que l’on y retrouve, les amateurs découvriront également un fac-similé du journal de voyage de l'artiste rédigé lors d’une escapade en Allemagne en 1955. 

INFOS | Tom of Finland: Made in Germany / Durk Dehner et Michael P. Hartlebe. Skira, 176p.



A Woman's right to pleasure
Trop longtemps confiné au dictat ou aux filtres masculins, le plaisir de (ou pour) la femme trouve ici une pleine représentation à travers le regard de plus de 60 artistes en plus de 200 œuvres et textes originaux. BlackBook Publishing, Amir Marashi et la compagnie de soins personnels féminins LELO se sont associées pour monter l’exposition numérique A Woman's right to pleasure lancée le 28 août dernier en partenariat avec la plateforme de diffusion Artsy. L’exposition présente les œuvres d’artistes établies telles que Marilyn Minter, Ghada Amer, Marina Abramovic, les Cass Bird et Renée Cox, de même que des talents émergents comme Amanda Charchian, Arvida Byström, Martine Gutierrez et Monica Kim Garza. Différents textes et essais, souvent inédits, s’y ajoutent: Georgia O'Keeffe, Louise Bourgeois, Judy Chicago, Tracey Emin, Jenny Holzer, Marlene Dumas et Alice Neel, Erica Jong et Roxane Gay. Ce catalogue d’exposition se distingue par une plastique superbe et une grande originalité des points de vue et des styles. Les curieuses peuvent se rendre sur le site afin d’admirer les œuvres exposées: www.artsy.net/show/blackbook-presents-a-womans-right-to-pleasure.

INFOS | A Woman’s right to pleasure / Amir Marashi, Erica Jong, Roxane Gay. Black Book, 2020. 270p.



La grande mêlée
Lorsqu’il fut pour la première fois publié en 2011, ce roman de Michel Tremblay se situait à l’extérieur des grands cycles de La diaspora des Desrosiers et des Chroniques du Plateau Mont-Royal. Il constituait alors ce que l’auteur nommait un roman intercalaire, en ce sens qu’il constituait une pièce manquante entre deux cycles distincts. Surprise! Dans cette réédition en format poche, on indique dorénavant clairement que le roman fait partie du cycle de la Diaspora. Le lien étant à ce pont organique avec cette dernière saga, il était sans doute inéluctable qu’un tel rapatriement se fasse. Dans Le passage obligé, dernier roman du cycle de la Diaspora, Nana effectuait la rencontre de Gabriel alors que dans La grosse femme d’à côté est enceinte, premier volume des Chroniques, ils sont mariés et en couple depuis déjà vingt ans. Que s’est-il passé entre ces deux événements? Voilà le grand mystère que Michel Tremblay partage avec le lecteur ou tout au moins une partie du voile est soulevée puisque le récit se divise en deux volets rapprochés: la préparation du mariage et la célébration de ce dernier. Dès le départ, le lecteur est donc projeté en pleine préparation des noces, ce qui ramène de nombreuses émotions à la surface chez nombre de personnages que les lecteurs des Chroniques reconnaitront parfois, mais en version plus jeunes puisque nous sommes en 1922. Préparez-vous à moult déchirements et réconciliations et à des révélations étonnantes et bouleversantes notamment sur Josaphat et le secret qu’il porte. Il serait impardonnable de ne pas souligner la maestria avec laquelle l’auteur dépeint le contexte social de l’époque et en particulier l’injustice quotidiennement éprouvée par la classe ouvrière et, de façon plus générale, les femmes. C’est sans aucun doute l’une de ses grandes forces que de pouvoir ainsi reconstituer une peinture sociale et familiale où se marie avec force le personnel et l’intime ainsi que les grands mouvements sociaux. Pendant la période des fêtes, faites-vous un cadeau et plongez à nouveau dans l’univers de Tremblay. Une valeur sûre puisque le moindre de ses romans se situe justement bien au-dessus de la mêlée.

INFOS | La grande mêlée / Michel Tremblay. Montréal: Leméac, 2020. 339. (Nomades)



Le génie lesbien
L’ouvrage est présentement au cœur d’une controverse démesurée lui attribuant injustement des propos misandres basés sur une citation complètement sortie de son contexte. Au-delà de cette polémique un peu ridicule, l’essai d’Alice Coffin se veut avant tout une réflexion juste sur l’invisibilisation de la lesbienne dans le discours médiatique. Soixante-dix ans après la publication du Deuxième sexe, le constat de Simone de Beauvoir, «le neutre, c'est l'homme», demeure toujours aussi probant par rapport à la condition féminine. C’est cependant encore plus marqué au regard des lesbiennes qui sont bien souvent absentes des médias et que l’on accuse souvent d’extrémisme lorsqu’elles ne font qu’afficher clairement leurs couleurs. Journaliste, féministe et lesbienne, Alice Coffin présente ici son parcours personnel de même que ses observations et réflexions, passées et présentes, et s’interroge sur la toujours trop grande difficulté à sortir d’un placard imposé.

INFOS | Le génie lesbien / Alice Coffin. Paris: Grasset, 2020. 240p.



Oratorio
Pour les amateurs de dystopies complexes, Pierre Brassard nous présente un Montréal situé en 2061 où bien des paramètres ont changé. Le français est toujours la langue dominante, mais l’islam est dorénavant la religion principale et la population caucasienne est en chute drastique. On se trouve donc devant une ville que l’on reconnait bien puisque les points de repère géographiques demeurent les mêmes, mais où les référents culturels nous sont parfois complètement étrangers. Dans le cadre de son travail à l’Institut de la Statistique du Québec, Alexandre Mbokani tombe sur des éléments qui l’amènent à penser qu’un complot international djihadiste vise l’Oratoire Saint-Joseph (qui a d’ailleurs une nouvelle et surprenante vocation). Ses recherches le mettent par ailleurs en contact avec le très mystérieux Ordre Hermétique Rénovée de l’Aube Dorée (OHRAD): y a-t-il un lien entre les deux mouvements où une seconde et sinistre cabale se profile-t-elle dans l’ombre? Tenant à la fois du polar et de l’anticipation, le roman nous fait pénétrer dans un Québec délicieusement déroutant à la faune bigarrée où les minorités (ethniques et d’orientation) ne sont plus celles d’antan. Attention! les références à l’ésotérisme sont nombreuses et très fouillées. Il faut donc avoir les neurones bien vigoureux pour bien assimiler tous les éléments présentés. 

INFOS | Oratorio: Un monde qui arrive, un autre qui part / Pierre Brassard. Lanoraie: Essor-Livre Éditeur, 2020. 251p.



Combattantes - Une histoire de la violence féminine en Occident
L’histoire n’a longtemps été écrite que par les hommes, ce qui a bien évidemment dicté ou à tout le moins entaché le regard que l’on y porte. L’homme est associé à l’action et, à son paroxysme, à la violence, alors que la femme est liée (ou enchaînée) à la douceur, à la maternité et, à son paroxysme, à l’hystérie (puisque les «excès féminins» sont évidemment souvent associés à la folie). Pourtant la violence peut également se faire femme: combattantes au sein des guerres, militantes, émeutières, activistes luttant contre le patriarcat, la domination masculine, la violence sexuelle ou sexiste, le capitalisme, le pouvoir politique, l'esclavage ou la colonisation, mais aussi et dans un rôle moins flatteur, terroristes, kamikazes, gardiennes de camps, femmes soldats ou délinquantes. Au-delà des violences domestiques (infanticide, crime passionnel, violence conjugale) ou criminelles (meurtre, traîtrise, sorcellerie) qui ont parsemées l’histoire rapportée et racontée, la violence politique féminine demeure largement méconnue. Et lorsqu’elle l’est, on lui accole généralement une étiquette dépréciative permettant d’en réduire le phénomène ou de le ramener à des considérations psychiatriques et/ou criminelles. Cet ouvrage relate la petite histoire d’une violence entre les mains des femmes, à contrario de celle à leur encontre, en puisant à même les récits antiques ou historiques et en analysant la transformation qui leur fut imposée au fil du temps.

INFOS | Combattante : Une histoire de la violence féminine en Occident / Collectif. Paris: Le Seuil, 2020. 264p.



Ils s'aiment : un siècle de photographies d’hommes amoureux
Un recueil de photographies s’étalant sur un siècle d’histoire (1850-1950) au cœur d’une période où les relations entre hommes étaient cruellement réprouvées, ce qui rend les différents clichés d’autant plus précieux et même parfois émouvants. Les quelque 350 photos sont d’origine diverses, avec un accent sur les États-Unis, mais également d'Europe et d'Asie et couvrent tous les milieux et toutes les classes sociales: du dandy new-yorkais à l’ouvrier, en passant par le militaire, etc., elles sont issues de la collection Hugh Nini & Neal Treadwell et sont pour la plupart inédites puisqu’à ce jour jamais publiées ou formellement présentées au public. Ce magnifique panorama de l’amour masculin s’accompagne d’une introduction de l'historien Régis Schlagdenhauffen.

INFOS | Ils s'aiment: Un siècle de photographies d’hommes amoureux 1850-1950 / Hugh Nini et Neal Treadwell. Les Arènes, 2020. 336p.



Dirty minds. n°1 : Fuck-off princess !
Pourquoi ne pas sortir de la monographie et ne pas s’orienter vers la publication en série? Dirty Minds est une nouvelle publication bilingue qui se destine à l’exploration des sexualités gaies extrêmes: hard, BDSM, trash, fétichisme et borderline. La publication compte également dans ses pages des dossiers ainsi que des témoignages de lecteurs et d’experts. Attention! La publication n’est pas faite pour les cœurs tendres d‘où le sous-titre du premier numéro: «Fuck-off princess!» Le directeur de la publication souligne d’ailleurs: «Nous ne jouerons ni les opportunistes, ni à touche pipi; si vous cherchez des menteurs, il y a plein de magazines sur papier glacé, ce n’est pas notre sujet. Dirty Minds n’est pas une machine à laver, mais une machine à salir les corps et les esprits. Avec fierté. Sans stigmatisation. Sans préjugés. Le décor et la ligne éditoriale sont ainsi plantés.» Uniquement disponible en format imprimé chez certaines librairies en ligne spécialisées comme Les mots à la bouche (www.motsbouche.com), par exemple.

INFOS | Dirty Minds / Collectif. 160 pages (en anglais et en français)



Bogoss Book - Fine male illustrations 
Publié grâce à une campagne de sociofinancement, vous ne retrouverez pas cet ouvrage sur les plateformes habituelles, mais bien sur celles de librairies s’adressant spécifiquement à la communauté LGBT ou directement sur le site de l’éditeur www.bogossbook.com. Le premier volume regroupe 87 artistes du monde entier qui se rassemblent autour de leur vision personnelle du beau masculin pris sur le vif au cœur du quotidien: transports publics, gymnases, lieux exotiques ou simplement enlacés. Le nombre d’artistes est garant d’une grande variété de styles allant du photoréalisme au manga. De même pour les techniques utilisées: du traditionnel crayon au digital en passant par la peinture à l’huile. Le physique des hommes est également très diversifié et couvre tous les types et toutes les origines. Un point les rassemble cependant: la sensualité qu’ils dégagent! Deux volumes sont présentement disponibles en version imprimée ou numérique.

INFOS | Bogoss Book – Fine male illustrations / David Foissard (éd. Intellectuel). Bogoss Book, 2020. 96p.


Black Hammer, Library Edition, vol. 2
La conclusion tant attendue de la très acclamée saga de superhéros, écrite par Jeff Lemire et Dean Ormston et récompensée du convoité prix Eisner. Le tout dans une édition d’une extrême qualité qui fera le bonheur des amateurs de bandes dessinées. Dans ce second opus, l’équipe de Black Hammer, un pastiche de la Justice League, s’est arrachée de la ferme où ils étaient tenus prisonniers depuis maintenant 10 ans et est confrontée à des révélations surprenantes sur leur identité. Nos héros doivent se lancer dans une course contre la montre pour sauver l'existence même de l’espace-temps! L'intrigue comporte de nombreuses révélations qui vous tiendront en haleine du début à la fin. Soulignons le personnage de Barbalian, un Martien qui porte l’identité civile de Mark Markz (référence au Martian Manhunter de DC qui porte le nom de J’onn J’onzz). Doté de grands pouvoirs, dont celui de modifier son apparence, il est cependant considéré avec aversion par son propre peuple puisque son cœur le porte vers ceux de son propre sexe. Encore une fois, cette Library Edition est d’une qualité époustouflante: superbe jaquette, ruban et ajouts de planches surdimensionnées de Dean Orstrom. À noter que la série 1 ainsi que la série 2 sont également disponibles en français, en quatre volumes, chez Urban Comics, dans une édition moins prestigieuse, mais d’excellente qualité.

INFOS | Black Hammer Library Edition Volume 2 (anglais) / Jeff Lemire et Dean Ormston. Dark Horse Books, 2020. 400p.

Black Hammer, vol. 1 (série 1): Origines secrètes (français). Urban Comics, 2017. 200p.

Black Hammer, vol. 2 (série 1): L’incident (français). Urban Comics, 2018. 184p.

Black Hammer, vol. 3 (série 2): L’heure du jugement (français). Urban Comics, 2019. 136p.

Black Hammer, vol. 4 (série 2): Le meilleur des mondes (français). Urban Comics, 2020. 320p.


LIRE : DES LIVRES POUR TOUS LES GOÛTS (PARTIE 1)