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Contre l'homophobie, la une d'Elle UK célèbre un couple de deux femmes

Chantal Cyr
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La mannequin Aweng Ade-Chuol et son épouse répondent en images à la vague de haine homophobe qu'elles ont reçue cette année.

En cette fin d’année, les publications mensuelles commencent à dévoiler les unes qui ouvriront l’année 2021, marquant symboliquement leur ligne éditoriale. La rédaction de l’édition britannique du magazine Elle a choisi d’accueillir cette nouvelle année sous le signe de l’amour, présentant un baiser partagé par deux femmes, la mannequin Aweng Ade-Chuol et son épouse Lexy.

Cette une, shootée par le duo de photographes Meinke Klein, se veut être un message d’inclusion et d’égalité à l’égard du lectorat du magazine mais aussi des détracteur·rice·s de la jeune mannequin. Depuis l’annonce de son coming out et son mariage, en décembre 2019, Aweng Ade-Chuol a reçu une vague de messages haineux homophobe et de menaces à cause de son orientation sexuelle, notamment de la part de ses compatriotes soudanais·e·s.

«Nous nous sommes mariées et le monde entier, littéralement toute ma communauté, espérait ma mort en un sens… Quelques mois plus tard, j’ai fait une tentative de suicide. C’était absurde, parce qu’inconsciemment, je sentais que j’étais épuisée par notre mariage. C’est toujours un débat qui a lieu en ce moment : 'Comment ose-t-elle épouser une femme ?' On ne peut pas contrôler ce que disent les gens, il y avait des journaux et des tabloïds au Soudan… C’était tout un truc. Moi, de mon côté, je me disais : 'Vu le climat politique actuel, vous pensez vraiment que mon mariage est ce qu’il y a de plus important dans votre vie en ce moment ?' C’était démoralisant parce que c’était le plus beau jour de ma vie et qu’ils ne m’ont pas laissé en profiter», remémore-t-elle dans l’entrevue au Elle britannique.

 

Se réapproprier son histoire et son image

La jeune femme est d’origine sud-soudanaise mais a grandi au Kenya, dans le camp de Kakuma (où ont également grandi les mannequins Adut Akechet Halima Aden) à cause de la guerre civile qui ravageait son pays. En 2006, âgée de 7 ans, elle a émigré avec sa famille à Sydney. C’est là-bas que, neuf ans plus tard, elle est repérée en tant que mannequin alors qu’elle travaillait dans un McDonald’s pour financer ses études de droit. Depuis ses 16 ans, elle a travaillé pour de grandes enseignes telles que Fenty, Ralph Lauren ou Vêtements, et a collaboré avec Beyoncé pour son album visuel Black is King. Elle réside désormais à Londres avec Lexy.

À tout juste 22 ans, la jeune femme a une histoire déjà lourde. Aux côtés de son épouse new-yorkaise, elle reprend le contrôle de son histoire et de la façon dont elle la raconte. Cette couverture porte un message universel tout en étant empreinte d’un récit tout à fait personnel. Elle marque la fin d’une année difficile pour le couple, marquée par le Covid-19, les menaces reçues et la tentative de suicide d’Aweng Ade-Chuol.

À la fin de son entretien, la mannequin l’affirme : 

«Je suis quelqu’un qui aime le spectaculaire et 2020 ne m’a pas permis d’être spectaculaire. L’année 2020 a volé la vedette mais maintenant, c’est mon tour.» 

Ce shooting constitue sûrement une bonne première étape pour celle qui aimerait ouvrir la discussion autour des droits LGBTQ+ dans son pays, où les mariages entre personnes du même sexe sont spécifiquement interdits depuis 2011.