Réfugiés

Un service essentiel à Paris pour des lesbiennes réfugiées

L'agence AFP
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«Vous avez vu la vue?»: tout sourire dans son chandail blanc à capuchon, Fatou montre à travers la fenêtre le Sacré Coeur illuminé dans la nuit, visible depuis l'Escale, une colocation pour lesbiennes exilées en errance.

«Ce lieu c'est un rêve inespéré pour moi», poursuit la jeune Malienne de 22 ans, entre les murs blancs de sa chambre, vierge encore de toute décoration et située au dernier étage du triplex qu'elle partage avec quatre autres jeunes femmes depuis quelques semaines.

Situé Butte Montmartre dans le 18e arrondissement de Paris, ce logement de 125m2 a été mis à disposition de l'association Basiliade par la mairie, via son bailleur social Elogie-Siemp, pour y accueillir des femmes qui ont pour point commun d'avoir dû fuir leur pays en raison de leur orientation sexuelle.

«Dans mon quartier au Mali, c'était dangereux pour moi, tout le monde me parlait mal, me montrait en disant 'c'est une lesbienne'», raconte Fatou, le visage fermé. En arrivant en France, «j'ai beaucoup souffert», confie-t-elle sobrement. «J'ai dormi dans la rue, j'ai fait la manche, là je n'arrive pas encore à réaliser que j'ai enfin un chez moi».

Pour sa colocataire, Dylia, Algérienne de 25 ans, «le fait d'avoir un toit sur la tête» et d'être «entourée et accompagnée par des personnes qui nous comprennent», c'est «rassurant». «On se sent en sécurité», ajoute cette étudiante en psychologie arrivée en France en septembre 2018. «On se sent comme une famille, on a le même but celui de s'en sortir, de s'assumer pleinement, d'être épanouies et d'être heureuses.»

Au-delà du logement, les cinq jeunes femmes, âgées de 19 à 28 ans, bénéficient d'un accompagnement social, médical, psychologique par l'association Basiliade, à l'origine de cette initiative et d'un premier site pilote pour exilés homosexuels, lancé en septembre 2020 à Belleville. «Il y a une saturation des dispositifs d'hébergement traditionnels et quand les personnes LGBT y trouvent une place, elles sont souvent victimes de discrimination, sont insultées ou agressées», relève Noémie Stella, doctorante à l'origine du projet.

«L'idée c'est vraiment de créer un lieu 'safe' pour qu'elles puissent rester sans courir le risque d'être mises à la porte», ajoute-t-elle. «C'est la condition pour retrouver une estime de soi qui a été maltraitée, pour faire un parcours sur soi qui leur permet ensuite de voler de leurs propres ailes et de sortir de la précarité».

Forte de ses deux sites, Basiliade espère désormais pouvoir ouvrir 16 autres appartements similaires - avec trois colocataires à chaque fois - afin de pouvoir loger les autres exilés LGBT toujours en errance dans la capitale.

Rédaction avec AFP