«Engage 2.0/MECS», pour contribuer à la santé des hommes gais et queers

Des études sur la santé des hommes gais et queers pour aider à réduire la transmission des infections transmissibles sexuellement et contribuer à l’amélioration de la santé mentale et sexuelle des hommes gais et queers à Montréal. C’est une manière de soutenir sa propre communauté en participant à Engage 2.0/MECS. Ici, nous avons deux études intégrées : Engage 2.0 et MECS (pour Motivations, Expériences, Consommation, Sexualité), touchant à la santé sexuelle et mentale.

Est-ce que ces gens ont développé des ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang) ? Seraient-ils plus protégés contre le virus du VIH par la PrEP (prophylaxie pré-exposition) ? Ont-ils besoin de la DoxyPEP (doxycycline en prophylaxie post-exposition) pour des infections comme la syphilis, la chlamydia ou la gonorrhée ? Ces études vont essayer de répondre à plusieurs de ces questions pour aider les gens de la communauté.

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Lancée en octobre 2025, l’étude vise à recruter 2160 participants au total dans les villes de Vancouver, Toronto et Montréal pour Engage 2.0, et à Toronto, Montréal et Winnipeg pour MECS (avec 200 participants à Winnipeg). À Montréal, il s’agit d’une collaboration du CUSM-IR (Centre universitaire de santé McGill – Institut de recherche), de l’UQAM/Chaire de recherche du Canada TRADIS – trajectoires, diversités, substances, ainsi que de la Direction régionale de la santé publique de Montréal, avec les chercheurs principaux le Dr Joseph Cox (pour Engage 2.0) et Jorge Flores-Aranda, Ph. D. (pour l’enquête MECS).

Entre 2017 et 2023, Engage 1.0 avait réussi à recruter près de 2500 participants, dont plus de 1000 personnes à Montréal. Bien que la nouvelle phase du projet prenne une forme différente, l’esprit de l’étude Engage demeure. Grâce aux études Engage 2.0 et MECS, l’équipe de recherche pourra continuer à suivre les ITSS ainsi que l’impact des stratégies biomédicales de prévention au sein de la communauté. Contrairement à la précédente étude Engage, Engage 2.0 ne s’étendra pas sur plusieurs années. «Elle consiste en un questionnaire et un test de dépistage des ITSS», indique Milada Dvorakova, gestionnaire de projet de recherche pour Engage 2.0 et MECS au CUSM-IR. Ainsi, après une première visite, Engage 2.0 se termine là où MECS prend la relève. « Celle-ci [l’étude MECS] continuera jusqu’en 2029 ou peut-être même jusqu’en 2030 », poursuit-elle.

Que recherche-t-on avec Engage 2.0 ?
Il s’agit maintenant de dégager les grandes tendances en santé sexuelle et en santé générale des HARSAH. On surveillera ici s’il y a augmentation des cas d’ITSS, le taux de séropositivité au VIH dans cette population spécifique, quelles sont les personnes utilisant déjà la PrEP et celles qui ne l’utilisent pas mais qui ressentiraient le besoin d’en faire usage. Est-ce que les coûts de ces médicaments freinent ces HARSAH à les utiliser pour leurs relations sexuelles ? Ce sont des éléments qui devront être vérifiés. On en apprendra davantage dans les données recueillies. Les résultats permettront également de comparer les nouvelles données avec celles recueillies lors d’Engage 1.0 entre 2017 et 2023. Ces comparaisons historiques aideront les chercheurs à mieux comprendre comment évoluent la prévention, le dépistage et l’accès aux soins liés aux ITSS et au VIH au fil du temps. Il en va de même pour la DoxyPEP. Rappelons que la DoxyPEP (doxycycline en prophylaxie post-exposition) est une stratégie préventive efficace (200 mg dans les 72 h suivant un rapport sexuel) contre les ITSS bactériennes (syphilis, chlamydia, gonorrhée). La DoxyPEP est utile pour prévenir la syphilis, la chlamydia et, dans une moindre mesure, la gonorrhée. « Les retombées d’Engage 2.0 consistent à comparer les résultats obtenus avec les données recueillies lors de la première étude Engage et avec les indicateurs de santé des hommes HARSAH – le taux d’ITSS, l’utilisation de la PrEP ou de la DoxyPEP – dans le contexte canadien en général afin de voir quels sont les besoins en prévention et les services offerts pour ces personnes-là », explique Milada Dvorakova.

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La COVID-19 en toile de fond
Il faut dire aussi qu’Engage 1.0 s’était déroulée en pleine pandémie, soit avec les confinements et les couvre-feux et, par conséquent, les diverses restrictions que cela pouvait signifier en termes de rencontres sexuelles, de solitude ou même d’isolement, telles que ressenties par plusieurs participants à ce moment-là. « Bien sûr, il y a eu la pandémie [qui a pu influencer certaines données], on désire ici faire une mise à jour des résultats », dit Milada Dvorakova.

Étude MECS et chemsex
Ce qui est intéressant à retenir de la recherche MECS, c’est son objectif d’analyser l’interrelation entre le crystal meth (appelé aussi simplement T, Tina, Ice, Meth), la santé sexuelle et la santé mentale des utilisateurs de cette drogue dans un contexte de pratiques sexuelles que l’on appelle le « chemsex ». Le chemsex ou « party and play » « désigne l’utilisation de certaines drogues synthétiques par des hommes gais, bisexuels ou queer+ (cis et trans) avant ou pendant les relations sexuelles, dans l’intention spécifique de faciliter, de faire durer ou de rehausser l’intensité des rencontres sexuelles », indique le site de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

« Sur le cerveau, le crystal meth a trois effets. Cette drogue vient interférer au niveau de la sérotonine, de la dopamine et de la noradrénaline. Les impacts de cette drogue seront donc en lien avec le désir sexuel, le plaisir et la prise de risque. Le crystal meth est l’un des plus puissants psychostimulants », nous apprend-on encore sur le site de l’INSPQ.

C’est une première ici à Montréal qui permettra de suivre l’évolution des expériences diversifiées liées à l’utilisation du crystal meth en relation avec la sexualité, y compris le chemsex. « On parle de crystal meth, mais il y a également le GHB, le Viagra, les poppers, etc., qui peuvent être consommés par les HARSAH. On désire donc savoir quels sont les besoins sur le terrain », explique Milada Dvorakova. On veut aussi recueillir ici le plus d’informations possible dans une optique de prévention et de réduction des méfaits.

L’effet boule de neige
Alors, comment ça fonctionne si on veut s’y inscrire ? Pour participer, une personne doit d’abord recevoir un coupon d’invitation d’un participant qu’elle connaît déjà et qui prend part à l’étude. Une fois ce coupon obtenu, elle peut s’inscrire, faire un test de dépistage et répondre à un questionnaire. Pour cela, elle reçoit 70 $. Mais cette personne-là peut en parler à d’autres pour les recruter à leur tour, selon ce principe de « coupon ». La personne initiale percevra un montant additionnel de 15 $ par individu recruté, et ce, jusqu’à six coupons par personne, ce qui fait 90 $. Au final, la première personne peut recevoir jusqu’à 160 $ pour cette participation.

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« Cette manière de faire avait bien fonctionné lors de la première étude, on recherche ici l’effet boule de neige, que les gens arrivent à convaincre d’autres personnes d’y participer pour le bien-être de la communauté », renchérit Milada Dvorakova.

Pas tout seuls
Évidemment, on n’entreprend pas de telles enquêtes de population sans préalablement s’assurer d’avoir des partenaires naturels et participatifs. Ainsi, la COCQ-Sida (Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida), RÉZO et son comité d’engagement communautaire, Maison Plein Cœur, ACCM (AIDS Community Care Montréal) et ASTT(e)Q (pour Action Santé Travesti(e)s & Transexuel(le)s du Québec, relié à l’organisme CACTUS Montréal) sont ici les partenaires des études Engage 2.0/MECS.

« Nous demeurons un partenaire communautaire d’Engage 2.0, dit Alexandre Dumont Blais, le directeur général de RÉZO. Nous sommes partenaires depuis les débuts de ces études-là, nous avons été actifs pour qu’elles se réalisent parce qu’elles nous aident aussi à mieux agir sur le terrain et à répondre aux besoins des HARSAH. » Les études Engage 2.0 et MECS sont subventionnées par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

INFOS | [email protected] ou 438-466-9507 (appel ou texto)

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