Une étude menée à l’Université McGill met en lumière une réalité complexe et souvent douloureuse : pour de nombreuses personnes LGBTQIA+ croyantes, la religion — pourtant associée à des effets positifs sur la santé mentale — peut aussi devenir une source de détresse lorsqu’elle véhicule des discours non inclusifs.
Publiée dans le Journal of Homosexuality, cette vaste synthèse de 55 études quantitatives, portant sur plus de 500 000 personnes à travers le monde, révèle que l’homophobie, la biphobie et la transphobie intériorisées — souvent issues de doctrines religieuses excluantes — peuvent annuler, voire inverser, les bienfaits habituellement associés à la spiritualité.
« Il y avait beaucoup de variation dans les résultats, mais toutes les études faisaient état de graves problèmes de santé mentale liés à une homophobie/biphobie/transphobie intériorisée découlant d’une doctrine religieuse non inclusive », explique Kevin Prada, doctorant en psychologie du counseling à McGill et auteur principal de l’étude. Dans les cas les plus préoccupants, ces dynamiques sont associées à la consommation de substances psychoactives et à des idées suicidaires.
Quand la foi devient un conflit intérieur
Traditionnellement, la religiosité et la spiritualité sont perçues comme des facteurs protecteurs en santé mentale. Elles offrent un cadre de sens, un sentiment d’appartenance et un soutien communautaire. Mais pour les personnes LGBTQIA+, cette équation est loin d’être automatique.
La spiritualité — entendue comme un lien intime avec une force supérieure ou une quête de sens — peut coexister avec l’identité queer. En revanche, la religiosité, qui implique souvent des pratiques institutionnelles et des doctrines précises, peut devenir source de tension lorsque ces cadres rejettent explicitement les diversités sexuelles et de genre.
« Lorsque les personnes LGBTQIA+ reçoivent des messages religieux qui ne les valident pas dans ce qu’elles sont, elles peuvent céder à la haine de soi dans le but de se faire accepter et aimer par une puissance divine », souligne Kevin Prada. Ce processus d’intériorisation du rejet peut fragiliser profondément l’estime de soi et miner l’équilibre psychologique.
Entre attachement et rupture
Malgré ces tensions, certaines personnes queer continuent d’adhérer à des traditions religieuses non inclusives. Le besoin de sens, d’appartenance et de continuité culturelle peut l’emporter sur les contradictions vécues.
D’autres choisissent plutôt de transformer leur rapport à la foi. Dans plusieurs contextes, des communautés LGBTQIA+ s’emploient à « queeriser » les pratiques religieuses, en les adaptant à leurs réalités et en réinterprétant les textes et les rituels de manière inclusive.
Enfin, un nombre croissant de personnes prennent leurs distances avec les institutions religieuses traditionnelles, préférant explorer d’autres formes de spiritualité.
La pleine conscience comme voie alternative
Parmi ces alternatives, la pleine conscience apparaît comme une piste prometteuse. Selon l’équipe de recherche, cette pratique pourrait offrir des bénéfices comparables à ceux de la spiritualité — apaisement, ancrage, sens — sans les effets négatifs associés à des discours excluants.
Kevin Prada souhaite d’ailleurs développer, dans le cadre de ses travaux, des interventions basées sur la pleine conscience spécifiquement adaptées aux personnes LGBTQIA+. Il est membre du Laboratoire de recherche sur la pleine conscience de McGill, dirigé par le professeur Bassam Khoury, coauteur de l’étude.
Vers une recherche plus inclusive
Les chercheur·euse·s reconnaissent toutefois certaines limites dans les données actuelles. Les études quantitatives analysées ne représentent pas adéquatement toutes les réalités, notamment celles des personnes bispirituelles. Une analyse qualitative complémentaire est en cours afin d’approfondir ces enjeux et de mieux refléter la diversité des expériences.
Une réflexion essentielle
Cette recherche soulève une question de fond : comment concilier foi et identité dans des contextes où les deux semblent incompatibles ? Elle met surtout en évidence l’urgence de repenser les cadres religieux pour qu’ils cessent d’être des vecteurs de marginalisation.
Car si la spiritualité peut être une source de réconfort et de résilience, elle ne devrait jamais se construire au prix de l’acceptation de soi.

