Une nouvelle étude vient battre en brèche un argument fréquemment avancé par la droite conservatrice, selon lequel la majorité des enfants trans finiraient par ne plus s’identifier comme tels à l’âge adulte.
Intitulée « Desistance: A multimethod review of the literature on gender identity variability in transgender and gender diverse youth », la recherche est menée par une équipe de la Virginia Commonwealth University (VCU).
Le concept de « désistance » désigne l’idée selon laquelle des jeunes qui s’identifiaient comme trans durant l’enfance reviendraient à une identité cisgenre après la puberté.
Publiée dans la revue scientifique Psychology of Sexual Orientation and Gender Diversity, l’étude répond directement à un billet de blogue diffusé en 2016, qui affirmait que « de 60 % à 90 % des jeunes qui consultent finissent par abandonner une identité trans ».
Or, cette affirmation est aujourd’hui remise en question à la lumière d’analyses statistiques plus rigoureuses.
Comme le rapporte Phys.org le 27 avril, les chercheurs de la VCU ont examiné 11 études citées dans ce billet controversé, ainsi que cinq autres travaux publiés plus récemment.
Leur conclusion est sans équivoque : les taux de « désistance » peuvent varier de 0 % à 100 %, selon la manière dont les données sont interprétées. Autrement dit, ces chiffres ne reposent sur aucun consensus scientifique solide.
Les chercheurs soulignent également que les taux de persistance — soit le fait de continuer à s’identifier comme trans — peuvent eux aussi fluctuer dans les mêmes proportions, toujours en fonction des méthodes d’analyse utilisées.
Autre élément crucial : plusieurs des études invoquées dans le billet de 2016 datent d’avant 1990 et reposent sur des échantillons très limités, ce qui en fragilise considérablement la validité.
Catherine Wall, professeure adjointe en psychologie à la VCU et autrice principale de l’étude, insiste sur l’importance de s’appuyer sur des données fiables :
« La science doit être précise, et c’est sur une science rigoureuse que devraient se fonder les décisions politiques. »
Elle ajoute :
« Nous voulions examiner de plus près cette idée de la désistance chez les jeunes trans, parce que ce chiffre circule depuis des années comme s’il était parfaitement exact. Or, il est aujourd’hui utilisé pour justifier des lois et des interdictions visant les soins d’affirmation de genre, et ce, dans 26 États. »
Dans un contexte où les droits des personnes trans sont de plus en plus politisés, cette étude rappelle une chose essentielle : les données scientifiques doivent être interprétées avec prudence — et ne peuvent servir d’outil idéologique sans être sérieusement remises en question.

