L’acteur, metteur en scène et militant américain Michael Kearns est décédé le 5 octobre 2026, à l’âge de 76 ans. Figure importante du théâtre queer de Los Angeles, il avait été l’un des premiers acteurs hollywoodiens à affirmer publiquement son homosexualité, puis à révéler sa séropositivité. Pendant plus de quatre décennies, il a utilisé son travail artistique pour combattre l’homophobie, la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH et les inégalités sociales.
La mort de Michael Kearns a été confirmée par son amie de longue date, la journaliste Karen Ocamb, ainsi que par Roland Palencia, cinéaste, universitaire et militante des droits LGBTQ+. Selon les informations publiées par le Los Angeles Blade, l’acteur est décédé dans la soirée du lundi 5 octobre. La cause exacte de son décès n’a pas été rendue publique.
Sa santé s’était détériorée au cours des derniers mois. Roland Palencia, qui lui avait rendu visite la veille de sa mort et l’avait aidé à organiser l’intervention des ambulanciers, a indiqué qu’il avait effectué plusieurs séjours à l’urgence au cours des trois mois précédents.
L’annonce de sa disparition a suscité de nombreuses réactions dans les milieux artistiques et LGBTQ+ de Los Angeles, où Kearns était reconnu autant pour son travail de comédien et de metteur en scène que pour son engagement communautaire.
Affirmer son homosexualité dans le Hollywood des années 1970
Michael Kearns avait fait son coming out dans les années 1970, à une époque où révéler publiquement son homosexualité pouvait compromettre sérieusement une carrière d’acteur. Les studios, les producteurs et les réseaux de télévision exerçaient alors une pression considérable sur les artistes pour qu’ils préservent une image conforme aux attentes hétérosexuelles du public.
Kearns avait choisi une autre voie, refusant de dissimuler son identité pour protéger ses perspectives professionnelles. Cette décision allait marquer l’ensemble de son parcours, tant sur scène qu’à l’écran.
Son travail s’est progressivement orienté vers des productions abordant directement les réalités des hommes gais, la sexualité, les discriminations et les conséquences sociales de l’épidémie de sida. À une époque où les personnages homosexuels demeuraient rares dans les productions grand public, il participait à faire entendre des voix généralement absentes des récits dominants.
En 1991, un coming out sérologique historique
Michael Kearns a franchi une autre étape importante en 1991 lorsqu’il a révélé publiquement vivre avec le VIH, devenant l’un des premiers acteurs hollywoodiens à le faire.
Il avait appris sa séropositivité en 1989, mais avait initialement gardé cette information privée en raison des préjugés entourant le VIH et le sida. La mort de l’acteur Brad Davis, décédé de complications liées au sida en septembre 1991, a contribué à sa décision de prendre publiquement la parole.
Kearns expliquait alors qu’il ne voulait plus voir d’autres acteurs, ni aucune autre personne vivant avec le VIH, mourir dans la honte. Il estimait que le silence pouvait contribuer à entretenir la peur et la stigmatisation associées à la maladie.
Cette déclaration intervenait dans un contexte particulièrement difficile. Au début des années 1990, les traitements antirétroviraux efficaces n’étaient pas encore disponibles, les décès liés au sida continuaient de se multiplier et les personnes séropositives subissaient fréquemment de graves discriminations professionnelles et sociales.
En révélant son statut, Kearns contribuait à rendre visibles des personnes que l’industrie du divertissement préférait souvent maintenir dans l’ombre. Son geste avait une portée particulière à Hollywood, où les questions de réputation et d’image publique pouvaient décourager les personnalités connues de parler ouvertement de leur état de santé.
Une carrière marquée par les réalités LGBTQ+
Son engagement s’est également reflété dans les rôles qu’il a interprétés. En 1992, il apparaît dans la série télévisée Days of Our Lives, où il incarne un personnage vivant avec le VIH. La série faisait alors partie des rares productions américaines grand public à aborder directement les conséquences humaines et familiales de l’épidémie.
L’année suivante, il interprète le militant Cleve Jones dans le téléfilm And the Band Played On, produit par HBO. Adaptée du livre du journaliste Randy Shilts, cette œuvre revient sur les premières années de l’épidémie de sida aux États-Unis, les recherches médicales, les réactions des autorités et la mobilisation des communautés touchées.
Il est aussi apparu dans les séries The Fall Guy, Murder, She Wrote, Knots Landing, , Body Double, Cheers, Beverly Hills, 90210.
Cleve Jones, proche collaborateur d’Harvey Milk et fondateur du AIDS Memorial Quilt, était déjà une figure majeure du militantisme gai américain. En lui prêtant ses traits, Kearns participait à raconter une histoire politique et communautaire à laquelle il avait lui-même consacré une grande partie de sa vie.
Mais c’est surtout au théâtre qu’il a laissé une empreinte durable.
Jerker, une œuvre marquante du théâtre gai
En 1986, Michael Kearns dirige la création mondiale de Jerker, une pièce du dramaturge Robert Chesley présentée au Celebration Theatre de Los Angeles. L’œuvre raconte la relation entre deux hommes gais qui développent une intimité principalement à travers leurs conversations téléphoniques érotiques, dans le contexte de l’épidémie de sida. Derrière sa dimension explicitement sexuelle, la pièce aborde la solitude, le désir, la peur de la maladie et la recherche d’affection à une époque où la mort frappait durement les communautés gaies.
Jerker occupe une place particulière dans l’histoire du théâtre queer américain. La pièce défendait la possibilité de représenter ouvertement la sexualité entre hommes sans la réduire à la honte ou à la culpabilité, alors même que les discours publics associaient fréquemment l’homosexualité à la maladie.
Pour Kearns, le théâtre constituait un espace privilégié pour aborder des réalités que les médias traditionnels hésitaient encore à montrer.
Son travail artistique s’est également intéressé à l’itinérance, au racisme, aux inégalités sociales et aux différentes formes d’exclusion, dans une démarche où la création et l’engagement politique étaient étroitement liés.
Un militantisme qui dépassait la scène
Dès 1984, Michael Kearns avait cofondé Artists Confronting AIDS avec le dramaturge James Carroll Pickett. L’organisme cherchait à mobiliser les artistes et les milieux culturels pour sensibiliser la population à l’épidémie et à ses conséquences sociales.
À une époque où les pouvoirs publics tardaient à répondre à la crise, de nombreuses initiatives communautaires ont joué un rôle essentiel dans la prévention, l’accompagnement des personnes malades et la lutte contre les préjugés. Kearns faisait partie de cette génération d’artistes qui considéraient leur visibilité comme un moyen d’intervention sociale.
Son engagement lui a valu plusieurs distinctions, dont le Victory Award du Gay & Lesbian Victory Fund en 1999 et le Robert Chesley Playwriting Award en 2005. Le Celebration Theatre lui avait également remis son Chuck Rowland Pioneer Award pour souligner sa contribution au développement du théâtre LGBTQ+.

Un dernier rendez-vous avec le théâtre queer
La disparition de Michael Kearns survient quelques jours seulement avant un événement auquel il devait participer au Celebration Theatre. Le dimanche 11 octobre, à l’occasion de la Journée nationale du coming out aux États-Unis, il devait prendre part au Circa: Queer Histories Festival, dans le cadre d’une rencontre intitulée Art in the Revolution: Queer Theatre in 1982 and Today.
Il était prévu qu’il reprenne des extraits de Jerker aux côtés de son ami et collaborateur de longue date Joe Gill. Ce retour à une œuvre emblématique de son parcours aurait permis de revisiter une période déterminante de l’histoire du théâtre gai et de la mobilisation contre le sida.
Dans son hommage, le Celebration Theatre a rappelé l’importance de cette production dans la carrière de Kearns et dans l’histoire de l’établissement.
Michael Kearns laisse dans le deuil sa fille, Tia Katherine, qu’il avait adoptée en 1995.
Son parcours témoigne d’une époque où affirmer publiquement son homosexualité, puis sa séropositivité, pouvait entraîner de lourdes conséquences personnelles et professionnelles. En faisant ces choix, il a contribué à transformer la représentation des personnes gaies et vivant avec le VIH dans les arts américains, tout en participant aux luttes qui ont progressivement changé le regard de la société sur le sida.
Sources : Karen Ocamb, Los Angeles Blade, 7 octobre 2026; hommage du Celebration Theatre.

