Diffusée de 2015 à 2020, la série Dix pour cent a marqué la télévision en trouvant un juste équilibre entre comédie cynique et émotion, au fil des crises personnelles vécues par les agents d’une agence artistique confrontée aux caprices des célébrités. L’attente entourant un film était donc titanesque et le naufrage a malheureusement été à la hauteur de cette attente.
Le succès de la série repose sur plusieurs atouts : une écriture vive et intelligente, des
personnages profondément attachants, un juste équilibre entre comédie et émotion, ainsi qu’une incursion satirique dans les coulisses du cinéma, où des artistes incarnent des versions survoltées d’eux-mêmes.
Produit par Netflix, le film reprend l’intrigue cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, survenue à la toute fin de la quatrième saison. Andréa (l’excellente Camille Cottin) a délaissé la représentation d’artistes pour se consacrer à la réalisation de son premier long métrage. Mais patatras : à quelques jours du début du tournage, son acteur principal lui fait faux bond. Pour sauver son projet, elle doit alors solliciter l’aide des anciens membres d’ASK — quitte à les manipuler sournoisement —, ravivant au passage les braises de rivalités encore très chaudes.
La réussite du film se révèle également un enjeu essentiel pour prouver qu’elle est une mère irréprochable dans le cadre d’une dispute concernant la garde partagée avec son ex-conjointe. Pendant ce temps, fidèle à elle-même, Noémie (Laure Calamy) s’enthousiasme et s’épivarde à qui mieux mieux, avant de comprendre — enfin! — que son amoureux, Mathias (Thibault de Montalembert), lui accorde autant d’attention qu’à une vieille paire de chaussettes. Sa décision est prise : elle le quitte. Le moment tombe plutôt bien, puisque Hervé (Nicolas Maury) choisit lui aussi de rompre avec son copain.
Comme on le constate, le scénario brille par une intrigue plus mince qu’une feuille de papier. À cela s’ajoute le fait que plusieurs personnages principaux de la série sont relégués à des apparitions à peine plus significatives qu’un caméo glorifié. Les arcs de plusieurs personnages, incluant les apparitions soporifiques de Gabriel (Grégory Montel), sont à ce point statiques qu’on se demande si leur évolution se calcule en microns. Même chose du côté du personnage d’Arlette, interprétée par une Liliane Rovère qui semble avoir toutes les peines du monde à se mettre en bouche un texte des plus affligeants.
Tout n’est pas inintéressant et le scénario offre même quelques fulgurances, comme lorsqu’Andréa envisage d’engager Gérard Depardieu, une idée qui illustre parfaitement à quel point elle est rendue au troisième fond du proverbial baril. Il faut également souligner une spectaculaire séquence de catastrophe naturelle, au cours de laquelle tout tourne au chaos. On en arrive toutefois à ne plus jeter qu’un coup d’œil distrait à ce qui se déroule à l’écran, et le dernier acte n’arrange pas les choses en débouchant sur une révélation tellement ridicule que, jusqu’à la toute dernière minute, on demeure convaincu qu’il s’agit d’un canular!
Bref, la série demeure un incontournable que l’on ne peut que recommander chaudement. Quant au film, mieux vaut réfréner vos attentes : ne passez pas par Go, ne réclamez pas 200 $ et préparez-vous à oublier son existence à peine le visionnement terminé.
INFOS | Le film Dix pour cent (Appelez mon agent, au Québec) est disponible sur Netflix.

