Mercredi, 30 septembre 2026
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    The Hardacres « Trouve-moi un scandalebien juteux ! »

    Au début des années 1890, une famille de poissonniers du Yorkshire accède soudainement à la richesse et se retrouve propulsée au cœur d’une aristocratie qui, dans le meilleur des cas, la toise avec un mépris qui culmine à 10 sur l’échelle de Richter. Bref, rien ne va plus dans une Angleterre à la morale mégacorsetée !

    Les séries britanniques consacrées aux luttes de classes ne datent pas d’hier et ont largement contribué aux belles heures de la télévision du Royaume-Uni. On pense bien sûr à Upstairs, Downstairs (Maîtres et valets), dans les années 1970, puis à l’incontournable Downton Abbey, lancée en 2010. Mais, alors que ces productions mettent surtout en scène la coexistence entre les élites et leurs domestiques — avec une teinte de paternalisme qui donne furieusement envie de lever les yeux au ciel —, The Hardacres choisit une tout autre voie. Produite par Channel 5, la série raconte, sur un ton oscillant entre drame et humour, l’entrée des Hardacre, une famille de poissonniers, dans les hautes sphères de la société, où ils doivent constamment défendre leur légitimité et leur place.

    Elle se distingue toutefois en faisant des valeurs populaires un véritable baromètre social, tandis que l’aristocratie y apparaît plutôt comme l’élément étranger. Le scénario s’intéresse ainsi aux aspirations de la famille et aux obstacles qui se dressent sur son chemin. On est donc bien loin des drames d’époque habituels, où un aristocrate bienveillant veille sur les domestiques à sa charge, en faisant preuve d’un paternalisme agaçant, un peu à la manière du « sauveur blanc » — cette figure censée sauver, guider ou libérer des personnes racisées, qui est omniprésente dans plusieurs productions, que l’on pense à The Help ou à Green Book, voire à Avatar.

    La famille Hardacre se compose de Mary (Claire Cooper) et de Sam Hardacre (Liam McMahon), des parents résolus à se tailler une place dans la haute société, ainsi que de leurs trois enfants. Joe (Adam Little), l’aîné, cherche à trouver sa voie au sein de l’entreprise familiale, que son père contrôle au micron près. Liza (Shannon Lavelle), pour sa part, doit s’adapter au rôle social inconfortable de « jeune fille à marier », tandis que Harry (Zak Ford-Williams), le cadet atteint d’un handicap moteur causé par une paralysie cérébrale, rêve d’étudier à Oxford. À ce noyau familial s’ajoute l’énergique Ma Hardacre (Julie Graham), une grand-mère qui jure comme un charretier. Dans le camp opposé se trouve l’aristocratique famille Fitzherbert. Emma (Cathy Belton), marquise de York enfermée dans un mariage de convenance, est convaincue de l’absolue nécessité de tenir son rang, tout comme son mari, George Fitzherbert (Owen Roe). Leur fille, Lady Adella (Holly Sturton), d’abord franchement insupportable, finit par s’émanciper au contact de Liza Hardacre. Dans les deux familles, la série met en scène des personnages en constante évolution, avec leurs forces, leurs travers et une humanité, le tout contribuant à les rendre, chacun à leur manière, attachants.

    En saison 2, l’arrivée de Lady Imelda Hansen (Michele Dotrice) vient toutefois pimenter le récit : derrière une façade avenante, elle complote dans l’ombre, telle une araignée tissant sa toile, à la recherche d’un scandale bien juteux qui lui permettrait de faire tomber cette engeance ayant eu l’audace de « dépasser sa condition ».

    L’amour qui ose dire son nom
    Si l’homosexualité de Harry se laissait deviner dès sa première apparition, la saison 2 la confirme. Il doit cependant composer avec une triple forme d’exclusion sociale : son statut de nouveau riche, son handicap moteur et une attirance pour les hommes qu’il peine encore à s’avouer. Ses sentiments prennent forme au contact de son nouveau tuteur, Arthur (Edward Mitchell), dont les lectures de récits homériques sur les amours d’Achille et de Patrocle éveillent en lui un romantisme et des désirs qui ne demandent qu’à s’épanouir.

    Reste cependant à savoir si Arthur partage cette attirance et s’il osera même y répondre. Rappelons-nous qu’à cette époque, les amours masculines mènent à une condamnation sans appel et que, pendant ce temps, Lady Imelda Hansen flaire déjà, avec gourmandise, le parfum d’un délicieux scandale.

    Une chronique sur l’ascension et l’exclusion sociales, où les normes victoriennes s’entrechoquent dans une lutte sans merci entre la morale corsetée des uns et les rêves et aspirations des autres. Chaque épisode est un petit bijou qui se regarde avec un plaisir irrépressible.

    INFOS | Les deux saisons de la série The Hardacres sont disponibles, en anglais, sur BritBox via Prime Video.

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