Elliot Page dénonce ce qu’il qualifie d’« offensive coordonnée contre les soins de santé » menée par l’administration Trump, alors que plusieurs grands hôpitaux américains ont cessé d’offrir des soins d’affirmation de genre aux personnes trans mineures sous la pression du gouvernement fédéral. L’acteur canadien s’est joint à une manifestation devant NYU Langone Health, à New York, pour réclamer le rétablissement de ces services.
L’acteur de The Umbrella Academy, que l’on verra également dans The Odyssey de Christopher Nolan, était présent le 23 septembre devant NYU Langone Health aux côtés de personnes trans, de familles et de militants du Gender Liberation Movement.
La manifestation faisait suite à l’entente conclue entre l’établissement hospitalier new-yorkais et le ministère américain de la Justice. NYU Langone a accepté de ne plus fournir aux mineurs certains soins d’affirmation de genre, notamment les bloqueurs de puberté et les traitements hormonaux.
Dans une vidéo réalisée avec le Gender Liberation Movement pendant la manifestation et diffusée quelques jours plus tard, Page inscrit cette bataille dans un contexte beaucoup plus large : celui des transformations du système de santé américain entreprises depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
« Il a déjà sabré Medicaid et 7,5 millions de personnes devraient perdre leur couverture », affirme Page dans la vidéo.
Le chiffre mérite une précision : le Congressional Budget Office (CBO) estime que la loi budgétaire adoptée en 2025 entraînera, en 2034, une diminution nette de 12,9 millions du nombre d’inscriptions à Medicaid et une augmentation de 7,5 millions du nombre de personnes sans assurance maladie, comparativement aux projections antérieures.
« Même si ces compressions touchent énormément de gens, les jeunes trans et leurs familles se sont retrouvés au cœur de cette offensive », poursuit Page.
Les hôpitaux sous pression de Washington
La confrontation remonte notamment à janvier 2025, lorsque Donald Trump a signé un décret ordonnant aux agences fédérales de combattre le recours aux traitements médicaux d’affirmation de genre chez les personnes de moins de 19 ans.
L’administration Trump emploie pour les désigner des expressions comme « mutilation chimique et chirurgicale », une terminologie militante que ne reprennent pas les principales organisations médicales favorables à l’accès à ces soins.
Le ministère de la Justice a ensuite lancé une enquête nationale sur les établissements offrant ces traitements aux mineurs, invoquant notamment de possibles infractions aux lois fédérales régissant les médicaments, les demandes de remboursement et les programmes de santé.
Cette pression a eu des conséquences particulièrement visibles à New York, où plusieurs grands réseaux hospitaliers avaient développé des programmes spécialisés destinés aux jeunes trans.
En septembre, NYU Langone a conclu une entente avec le ministère de la Justice afin de mettre fin à l’enquête fédérale dont l’établissement faisait l’objet. L’hôpital a accepté de cesser les traitements médicaux d’affirmation de genre visés chez les mineurs et de verser 8,5 millions de dollars américains.
NYU Langone nie cependant avoir commis quelque faute que ce soit. L’établissement a expliqué que l’entente mettait notamment fin à la menace de devoir transmettre au gouvernement fédéral des renseignements confidentiels concernant des patients mineurs ayant reçu des soins d’affirmation de genre.
Mount Sinai conclut également une entente
Quelques semaines auparavant, Mount Sinai Health System, autre acteur majeur du système hospitalier new-yorkais, avait conclu sa propre entente avec Washington.
Mount Sinai a accepté de cesser de fournir aux mineurs les bloqueurs de puberté, les hormones et les interventions chirurgicales visés par l’enquête fédérale. L’établissement doit également verser une pénalité et consacrer 2 millions $ US à des soins gratuits destinés aux personnes affirmant avoir subi des conséquences négatives de traitements d’affirmation de genre reçus pendant leur enfance.
Mount Sinai a, lui aussi, nié les allégations formulées contre lui; le ministère de la Justice précise qu’aucune responsabilité n’a été judiciairement établie dans le cadre de l’accord.
Cette disposition concernant les anciens patients a particulièrement fait réagir Elliot Page.
Selon lui, Mount Sinai a ainsi accepté de créer ce qu’il qualifie de « fonds de détransition ». L’acteur établit un parallèle entre certaines pratiques coercitives de détransition et la logique des thérapies de conversion.
« La vie des jeunes est en jeu »
Pour Elliot Page, les conséquences de ces décisions dépassent largement la confrontation politique entre Washington et les États démocrates.
« La vie des jeunes est en jeu », affirme-t-il dans la vidéo.
Page soutient que les soins d’affirmation de genre peuvent donner aux jeunes trans un sentiment d’appartenance, d’intégrité et de valeur personnelle, et reproche aux directions hospitalières d’avoir abandonné des services dont leurs propres professionnels reconnaissaient l’importance.
À New York, la situation est d’autant plus complexe que l’État protège l’accès aux soins d’affirmation de genre, créant une confrontation entre les politiques locales et celles du gouvernement fédéral.
Des élus de l’État ont d’ailleurs vivement contesté les décisions des établissements hospitaliers. Avant même l’entente de septembre, des dizaines d’élus de l’État et de la Ville de New York avaient demandé à NYU Langone de rétablir son programme destiné aux jeunes trans.
Des familles contraintes de chercher ailleurs
Derrière cette bataille juridique et politique se trouvent également des familles qui doivent désormais trouver de nouveaux professionnels pour poursuivre les traitements de leurs enfants.
À New York, certaines ont réussi à transférer les soins vers d’autres établissements. Mais les militants craignent qu’à mesure que les grands réseaux hospitaliers ferment leurs programmes, les possibilités deviennent de plus en plus limitées et que certaines familles soient éventuellement contraintes de chercher des soins à l’extérieur de la ville ou de l’État.
Le phénomène dépasse largement New York. Depuis quelques années, les restrictions imposées aux soins d’affirmation de genre dans plusieurs États américains ont poussé certaines familles ayant des enfants trans à envisager de déménager ou à se déplacer sur de longues distances pour obtenir des soins.
Page insiste également sur les conséquences psychologiques de ce climat politique. Il cite notamment des recherches faisant état d’une association entre l’adoption de lois visant les personnes trans et une détérioration de certains indicateurs de santé mentale chez les jeunes trans et non binaires.
Une bataille scientifique autant que politique
La question des traitements médicaux destinés aux mineurs trans fait aujourd’hui l’objet d’un affrontement particulièrement intense aux États-Unis. L’administration Trump remet en question leur efficacité et leur innocuité et utilise le pouvoir fédéral — enquêtes, financement et application des lois — pour pousser les établissements à les abandonner.
De leur côté, de nombreuses associations médicales américaines continuent de soutenir l’accès à des soins d’affirmation de genre adaptés à l’âge et reposant sur une évaluation individualisée. Le débat médical porte notamment sur les critères d’admissibilité, les données disponibles sur les effets à long terme et la manière d’évaluer les bénéfices et les risques selon l’âge et la situation de chaque jeune.
Pour Elliot Page, toutefois, l’offensive actuelle va bien au-delà d’un débat clinique.
« L’administration Trump prétend se préoccuper de la sécurité des enfants, mais son raisonnement repose sur des mensonges », affirme-t-il, avant de défendre des soins qu’il considère nécessaires et appuyés par les données scientifiques.
Il prévient qu’un jour, certains regarderont cette période en affirmant qu’ils auraient dû mieux savoir.
« Mais nous le savons déjà, maintenant », insiste-t-il.
« Ne restez pas sur la touche »
Elliot Page termine son intervention en appuyant les revendications des manifestants new-yorkais : que les hôpitaux recommencent à offrir ces soins, rencontrent les familles concernées et reconnaissent les conséquences de leurs décisions.
« Ne restez pas sur la touche. Joignez-vous au mouvement. Prenez la parole », lance-t-il.
L’intervention s’inscrit dans un engagement de longue date pour l’acteur né à Halifax. Elliot Page a annoncé publiquement être trans en décembre 2020 et est depuis devenu l’une des personnalités trans les plus connues du cinéma et de la télévision nord-américaine.
Sa prise de parole intervient surtout à un moment où le débat américain a changé d’échelle : il ne s’agit plus uniquement de lois adoptées dans certains États conservateurs pour restreindre les soins destinés aux mineurs trans. Le gouvernement fédéral utilise désormais ses propres leviers pour exercer une pression sur des établissements situés jusque dans des États qui, comme New York, ont choisi de protéger ces soins.
Les accords conclus en septembre avec Mount Sinai et NYU Langone montrent que cette stratégie fédérale produit déjà des effets concrets sur l’accès aux soins.

