hiPour la première fois de son existence, la Queer Palm, prix prestigieux décerné lors du Festival de Cannes, sort de France. Le Festival du nouveau cinéma (FNC) lance cette année la Queer Louve, qui sera décernée, en collaboration avec la Queer Palm, à un film queer de la programmation du festival montréalais. Pour cette première année, le jury qui aura la tâche de choisir parmi les 10 films en compétition pour ce prix — dont La bola negra, de Javier Calvo et Javier Ambrossi, Club Kid, de Jordan Firstman, et Autofiction, de Pedro Almodóvar — est composé de Sami Landry, Gabrielle Boulianne-Tremblay et Eli Jean Tahchi. Entrevue avec Émilie Poirier, responsable de la programmation par intérim du FNC.
Comment en êtes-vous arrivés à ce partenariat?
Ça faisait un an ou deux qu’on parlait avec Franck (Finance-Madureira), le président de la Queer Palm à Cannes. On se disait que c’était vraiment important d’avoir un prix queer au festival. On avait déjà fait un partenariat avec Fierté Montréal à l’époque, mais cette année, à Cannes, on a vraiment réussi à valider tout ça [avec l’équipe de la Queer Palm]. C’est vraiment aussi un truc de renommée : la Queer Palm à Cannes, c’est vraiment le prix ultime pour le cinéma queer à travers le monde, puis d’être au Festival de Cannes, c’est glorieux. On est la première itération internationale. [En plus,] on est en octobre, puis [le Festival de Cannes est] habituellement au mois de mai, donc ils ont le temps de s’impliquer. C’était vraiment un match made in heaven! On est très contents cette année d’avoir la Queer Louve parmi nous.
La Queer Palm va être présente au FNC. Donc moi, ça m’excite beaucoup de réussir à faire des partenariats comme ça, qui sont pas juste « Ah oui, faites ça, puis arrangez-vous ». C’est vraiment quelque chose de très, très fort. On projette de modifier notre trophée du FNC, qui est une louve, et on va essayer de faire un nouveau design pour la Queer Louve, pour que ce trophée-là se démarque dans les prochaines années. C’est un partenariat qui en est seulement à sa première année, mais on sent que ça va durer aussi longtemps que la Queer Palm va exister. Donc ça, c’est vraiment excitant.
Ça a été compliqué d’en arriver là?
Ben en fait, je pense vraiment qu’eux, ils sont tellement focus sur leur travail à Cannes puis sur leur lab qu’ils sont en train de développer que je pense pas que c’était leur visée de multiplier les Queer Palm. C’est vraiment nous qui sommes arrivés en disant : « Mais ça serait vraiment le fun de faire ça ailleurs! » (rires) Donc c’était vraiment comme notre idée. On voulait pérenniser la chose. On était comme : on veut pas faire juste un prix queer, puis qu’à chaque année les partenaires changent. Puis étant donné aussi que, tu sais, on a beaucoup de liens avec la France, on s’est dit que la Queer Palm, c’était vraiment un [partenariat] de choix. Donc c’est plus nous qui avons partagé l’idée, puis ils ont dit : « Ah ben oui, c’est une super idée, en fait! » Je pense qu’eux, ils ne s’étaient pas pris au jeu de réfléchir à l’international.
Avez-vous donné des instructions particulières au jury?
[Les films en compétition pour la Queer Louve,] c’est vraiment autant des films de grands maîtres que des premiers films. C’est vraiment différents types de cinéma.
Donc c’est sûr que les membres du jury vont y aller avec leurs intérêts et ce qu’ils aiment du cinéma. Alors ça se peut que ça soit un film plus pop qui gagne, mais ça peut être aussi un film super obscur d’une compétition internationale, tu sais. Nous, on ne fait pas de prédictions sur ce qui va les intéresser. C’est pour ça qu’on invite des jurys de différents types de création. On n’invite pas juste des gens en cinéma. D’où l’invitation à Sami Landry. Pour nous, c’est super important d’avoir des créateurs de différents milieux. On a Éli Jean [Tahchi], qui est vraiment un cinéaste, qui a fait du docu, de la fiction. On a Gabrielle [Boulianne-Tremblay], qui est actrice et écrivaine. On va avoir des points de vue vraiment différents. On n’a aucune idée de ce qui va se passer, mais on procède un peu de la même façon avec nos autres jurys dans les autres sections. On essaie de jumeler des gens qui ne se seraient pas rencontrés nécessairement pour avoir des échanges super riches et différents. Ce jury ne fait pas exception. On ne donne jamais de guidelines précises parce que juste d’avoir ces films-là dans la même compétition, c’est en soi notre ligne directrice. On leur dit : « Vous avez vu ces films-là, c’est à vous de choisir c’est lequel le meilleur pour vous. »
Des choses que vous voudriez préciser au public qui pourrait être intéressé par les films sélectionnés pour la Queer Louve?
Pour nous, c’est vraiment important que la Queer Louve soit à travers toutes nos sections, que ça ne soit pas seulement les films queer de la compétition internationale, par exemple. C’est vraiment important que ça soit autant dans la section des incontournables que [dans la section] nationale. C’est vraiment important que ça [expose] la pluralité des voix.
Sinon, un autre point, c’est que c’est sûr qu’on parle tout le temps, admettons, de La bola negra ou de Club Kid, mais moi, j’ai envie de dire : venez voir I Plant My Hand in the Garden, de Boris Hadžija et Hoda Taheri, qui vont être parmi nous au FNC. D’avoir des réalisateurs et réalisatrices qui viennent de faire leur première mondiale à Venise — des réalisateurs, réalisatrices queer de Serbie et d’Iran, mais qui sont basés à Berlin —, c’est tellement… On est tellement chanceux d’avoir ces gens-là parmi nous. Pour moi, c’est ça, la réussite aussi de présenter des films queer au FNC.
Les 10 films en compétition pour la Queer Louve 2026
| FILM | RÉALISATION | PAYS DE PRODUCTION |
|---|---|---|
| At Night | Beatrice Gibson | Royaume-Uni, France |
| Autofiction (Bitter Christmas) | Pedro Almodóvar | Espagne |
| Barbara Forever | Brydie O’Connor | États-Unis |
| La bola negra | Javier Calvo et Javier Ambrossi | Espagne, France |
| Club Kid | Jordan Firstman | États-Unis |
| Cœur secret (A Secret Heart) | Tom Fontenille | Suisse |
| Les éléphants dans la brume (Elephants in the Fog) | Abinash Bikram Shah | Népal, France, Allemagne, Brésil, Norvège |
| I Plant My Hand in the Garden | Boris Hadžija et Hoda Taheri | Allemagne, Serbie, États-Unis |
| Objet a | Ann Oren | Allemagne, Luxembourg, Grèce |
| Two Mountains Weighing Down My Chest | Viv Li | Allemagne, Pays-Bas |

