Le chanteur Fernie se dit fier d’être Montréalais. Cet été, l’artiste s’est d’ailleurs produit chez lui, au festival Osheaga, où il a pu interpréter des morceaux de son EP Hopeless Dreams, qui navigue bien souvent entre le R&B et la musique cinématographique.
Ton répertoire regorge de chansons tristes. Quand tu fais des spectacles, cela te perturbe-t-il de retourner dans cet état d’esprit?
FERNIE : Oh my god, c’est une bonne question… Ça me trigger pas tant, parce que quand je suis sur la scène, je partage une expérience avec les gens qui sont là pour écouter, donc c’est un peu moins difficile que quand je l’écris. J’aime vraiment partager ces expériences avec les gens. Tu as une relation particulière avec Patrick Watson, qui t’a pris sous son aile.
Pourrais-tu nous donner plus de détails?
FERNIE : J’ai rencontré Patrick en 2022 par mon agent de booking. Il était à Montréal, c’était la fin de la pandémie. On lui a montré mes chansons. Puis, on s’est rencontrés et on a commencé à écrire des chansons. Il est vraiment quelqu’un qui est attaché à ses émotions. Il est quelqu’un qui te laisse avoir accès à tes émotions de manière aussi profonde que lui.
C’était vraiment une expérience cathartique, parce que, surtout juste en tant qu’être humain, parfois tu es vraiment détaché des choses que tu ressens réellement. Et Patrick, il est tellement en phase avec ça, et c’est vraiment overwhelming, à quel point il est en phase avec ça. Mais en même temps, il en ressort tellement de beauté, que ce soit joyeux ou triste.
J’avais déjà écrit des chansons un peu plus tristes, surtout dernièrement. Donc, c’était un peu plus facile pour moi de puiser là-dedans, mais avec Patrick, c’était comme en « overdrive ». C’est une expérience tout simplement époustouflante. Je ne sais pas si je ferais appel à lui pour une chanson joyeuse, par contre, je ne vais pas mentir. (rires) Écrire une chanson joyeuse, c’est un défi personnellement parce que, pour moi, c’est plus facile d’écrire des chansons tristes. Je suis tellement reconnaissante pour mon EP. Mais, girl, it’s time to be happy! Ton style est assez inusité dans le paysage musical québécois.
Sens-tu qu’il est difficile pour toi de « vendre » ta musique?
FERNIE : Non, pas vraiment, parce que mon style change, chaque projet est une vibe différente. Donc, le style, pour moi, n’a jamais été un obstacle. C’est toujours quelque chose de transformatif, qui se transformera au fil du temps. Je suis vraiment quelqu’un qui aime faire comme des petits eras.
Puis, [mon projet] Hopeless Dreams, avec son minimalisme brutaliste, [complémente] l’architecture montréalaise. J’aime Montréal. J’ai grandi ici. J’intégrerai toujours tout ce que je peux qui a un rapport avec Montréal dans ma musique, de toutes les manières possibles : visuellement, expressivement, physiquement… J’adore cet endroit. Je ne pourrais vraiment pas demander mieux. Tu as déjà dit que Frank Ocean était l’une de tes inspirations.
Qu’est-ce qui t’inspires chez lui, surtout comme artiste queer?
FERNIE : Je pense que c’est sa capacité à raconter des histoires. C’est vraiment quelqu’un de très intime, très profond, très en phase avec ses émotions. Ce que j’aime, c’est qu’il est très en phase avec sa queeritude et qu’il l’assume pleinement, et j’adore la façon dont ça fait partie de sa musique, mais sans pour autant prendre le dessus : c’est son identité, mais ce n’est pas quelque chose qui éclipse complètement l’ensemble de son œuvre.
C’est quelque chose qui s’y intègre magnifiquement, et c’est quelque chose que je trouve tellement beau et que j’essaie d’équilibrer chaque jour. Et je pense qu’en tant que personne queer de couleur, il est tout simplement the guy. Chaque fois que je parle de lui, j’ai tellement peur qu’un jour il m’entende parler de lui et qu’il se dise : « Ew, c’est qui ce loser? ». Mais vraiment, ça mérite d’être célébré.
Toi, comment intègres-tu ta queerness dans ton art?
FERNIE : Au fil des années, mon identité queer a été comme des montagnes russes, avec différentes étapes de découverte de moi-même, de qui je suis, et je pense que plus j’avance, plus tout devient complexe et plus j’ai de questions. Mais tout semble prendre de plus en plus vie, et ça transparaît vraiment dans la musique elle-même aussi, parce que je suis prêt à être bien plus honnête, et à rester fidèle à ce que je ressens et aux histoires que je veux raconter.
Je ne pense pas que ce serait possible sans mon identité queer, parce que pour moi, l’identité queer, c’est tout simplement ce qui me fait avancer. C’est aussi quelque chose de tellement puissant et fragile qui a juste besoin d’être aimé et protégé. Et la façon dont je l’aime et le protège, c’est en l’honorant à travers la musique.
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