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Guatemala : Jusqu’à 60 ans de prison pour sept anciens policiers impliqués dans le meurtre d’un couple gai

Sept anciens policiers guatémaltèques ont été condamnés, mercredi 21 octobre, à des peines allant de huit à 60 ans de prison pour leur implication dans la mort d’Eldin Choc et de son compagnon, Milton Santamaría. Arrêtés en avril 2024, les deux hommes avaient été torturés et tués dans un poste de police. Des enregistrements audio des violences, accompagnées d’insultes homophobes, ont joué un rôle déterminant dans le procès.

La décision de justice met un terme à une procédure portant sur des faits survenus le 18 avril 2024, à San Andrés Itzapa, une municipalité de l’ouest du Guatemala. Ce jour-là, Eldin Choc, un Guatémaltèque de 28 ans, et Milton Santamaría, un homme de 45 ans possédant les nationalités salvadorienne et canadienne, sont arrêtés à la suite d’une altercation présumée dans un commerce.

Conduits au poste de police local, ils y sont violemment battus, torturés, puis tués. Selon le procureur Marco Escobar, cité par l’Agence France-Presse, les agressions se sont accompagnées de propos homophobes. Les policiers auraient ensuite tenté de dissimuler les crimes. Milton Santamaría a été transporté à l’hôpital alors qu’il était déjà mort. Le corps d’Eldin Choc a été retrouvé sept jours plus tard dans un ravin, une main mutilée. Les agents avaient initialement prétendu que les deux hommes étaient morts dans un accident de la route.

Des enregistrements déterminants

L’enquête a notamment reposé sur des enregistrements audio réalisés pendant les tortures par une agente de police, qui avait ensuite signalé les faits à ses supérieurs. Ces éléments ont permis de documenter les violences et de mettre en cause les policiers impliqués.

L’ancien chef de la police locale, Edy Vásquez, et un autre ancien agent ont été condamnés à 60 ans de prison chacun pour exécution extrajudiciaire. Un troisième policier a reçu une peine de 30 ans pour sa responsabilité dans la mort de Milton Santamaría, mais a été acquitté relativement à celle d’Eldin Choc. Deux anciennes policières ont écopé chacune de onze ans de prison pour manquement à leurs devoirs et discrimination, notamment en raison des propos homophobes tenus à l’endroit des victimes. Deux autres anciens agents ont été condamnés à des peines de huit et dix ans pour différentes infractions, dont la détention illégale, l’abus d’autorité, l’entrave à l’action pénale et le manquement à leurs devoirs. Edy Vásquez avait été arrêté au Texas, deux mois après les meurtres, avant d’être expulsé vers le Guatemala.

L’enquête a également révélé des tentatives de dissimulation impliquant d’autres intervenants. En 2025 et 2026, deux pompiers ont été condamnés à des peines de prison avec sursis après avoir reconnu leur participation à la dissimulation des circonstances de la mort de Milton Santamaría.

À l’issue du procès, Henry Choc, frère d’Eldin, s’est dit satisfait du verdict. Abraham Abrego, directeur juridique de Cristosal, organisme de défense des droits humains qui s’était constitué partie civile, a pour sa part insisté sur l’importance de traduire les responsables en justice.

Un crime marqué par l’homophobie

Pour les organisations de défense des droits LGBTQ+, les circonstances de cette affaire témoignent de la violence et de la discrimination auxquelles les personnes de la diversité sexuelle et de genre demeurent exposées au Guatemala.

Amnistie internationale et trois organisations locales de défense des droits humains ont dénoncé les violences subies par les deux hommes.

Cristosal a décrit le poste de police où ils ont été détenus comme la « scène d’un crime motivé par les préjugés », soulignant la brutalité des agressions et les insultes homophobes proférées pendant les tortures.

Le droit guatémaltèque ne prévoit pas d’infraction autonome pour les crimes haineux. Les poursuites ont donc été engagées en vertu des dispositions existantes du Code pénal, notamment celles concernant les exécutions extrajudiciaires, la discrimination et les abus d’autorité.

Cette absence de reconnaissance juridique spécifique des crimes haineux demeure une préoccupation pour les organisations LGBTQ+, qui réclament depuis plusieurs années une meilleure protection contre les violences motivées par l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.

Selon l’Association Lambda, organisme guatémaltèque de défense des droits LGBT+, une trentaine de morts violentes de personnes LGBTQ+ ont été recensées dans le pays en 2025.

Le meurtre d’Eldin Choc et de Milton Santamaría se distingue notamment par l’implication directe de policiers, mais aussi par les tentatives de dissimulation qui ont suivi. Sans les enregistrements réalisés au poste de police et les témoignages recueillis pendant l’enquête, les circonstances exactes de leur mort auraient pu rester inconnues.

Pour les proches des victimes et les organisations qui les ont accompagnés, la condamnation des sept anciens agents représente une victoire judiciaire. Elle met aussi en lumière les difficultés auxquelles se heurtent les personnes LGBTQ+ au Guatemala lorsqu’elles sont victimes de violences, particulièrement lorsque celles-ci sont commises par des représentants des forces de l’ordre.

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