Peu d’ouvrages abordent le fétichisme, encore moins lorsqu’on sort des frontières rassurantes de la fiction, où il est toujours possible de se cacher sous le couvert du « j’ai juste énormément d’imagination ». Dans cet autoportrait, Samuel Dock, psychologue clinicien et écrivain, n’hésite cependant pas à ouvrir grandes les portes de ce qu’il y a de plus intime chez lui : sa fascination pour les hommes vêtus de cuir ou de latex.
L’ouvrage navigue constamment entre différentes époques, tout en prenant pour point d’ancrage le regard passionné qu’il portait, dès l’enfance, sur les motards vêtus de cuir. Un sentiment trouble qui nourrit éventuellement quelque chose qui dépasse une dimension simplement érotique pour bientôt incarner, comme il le souligne, la « colonne vertébrale » de son identité, une façon d’habiter son corps et de socialiser avec autrui. Dock raconte ainsi son initiation progressive à cet univers, ainsi que la manière dont cette fascination trouve des échos dans son enfance et sa jeunesse, son exploration du désir, mais aussi les tensions entre affirmation personnelle et jugement social.
C’est ainsi qu’il évoque ses « professeurs très embarrassés par mes histoires de sexualité sans nudité, mais avec une pléthore d’accessoires, où effleurer la peau excite plus que d’insérer quoi que ce soit dans n’importe quel orifice ». Il se livre par ailleurs avec une franchise désarmante, sans chercher à toujours se présenter sous son meilleur jour. Le texte alterne entre des passages dialogués, qui frôlent parfois la fiction, et d’autres, plus introspectifs, où l’auteur nous convie à prendre du recul pour mieux saisir ce qui l’habite. C’est ainsi qu’au détour d’une engueulade avec son copain, il s’interroge sur la manière dont un fétichiste découvre l’amour qui le lie à jamais à un objet, sans cependant se réfugier sous le couvert rassurant d’une distance académique.
Le propos demeure au contraire au plus près du ressenti, porté par une émotion presque poétique. « Le premier regard […] La première fièvre, entrailles et cerveau mêlés, ce choc laissera son corps et son âme pour toujours indifférents aux passions des autres. Il vous racontera cette rencontre ou plutôt ces retrouvailles, puis l’excitation, la glace et le feu sous la peau, les battements de son cœur face à cette révélation qui fracassera son être […]
La partition était déjà écrite, en attente d’être jouée. Une érection psychique bien avant que le corps puisse s’en faire le relais. » Il en résulte un récit à la fois étrangement personnel et presque documentaire, où l’auteur n’hésite pas à partager son cheminement et son intimité, tout en dévoilant la fulgurance, la fragilité et les questionnements qui l’accompagnent. Comme il le souligne d’emblée, « j’étais fétichiste avant d’être homosexuel. […] J’étais déjà prêt à changer de peau pour changer de personnalité. À me harnacher pour me libérer. » Un ouvrage étonnamment émouvant, où l’émotion s’impose à bras-le-corps et nous accompagne longtemps après en avoir terminé la lecture.
INFOS | Latex / Samuel Dock. Paris : Grasset, 2026, 265 p. (Le courage)

