Un père fracasse une bouteille sur la tête de son fils et le défigure. Des années plus tard, ce fils pratique une sexualité cagoulée, soumise et brutale. En parallèle, il réalise un film sur sa famille, ses pratiques BDSM et les agressions dont il a été victime. Avec son roman On ne peut mentir à sa propre chair, l’écrivain Maxime Mongeon étonne et séduit.
Ton livre s’ouvre avec un moment de cassure familiale, quand le père défigure son fils lors d’une altercation. Pourquoi voulais-tu commencer ainsi ?
Maxime Mongeon : D’abord, j’aimais l’idée d’un visage cagoulé, d’un homme qui a honte de lui et qui réussit à avoir une sexualité avec des hommes sans qu’on voie son visage. Et comme j’avais l’idée du punch final (qu’on ne doit pas révéler), c’était aussi un moyen pour que deux de mes protagonistes ne se reconnaissent pas. Bref, mon personnage principal, Julien, devait se faire défigurer dès le départ pour qu’il soit caché. Ce n’était pas pour faire une grande scène fracassante, mais pour ouvrir la porte à la scène finale.
Tu fais des aller-retour dans le temps. Julien explore son enfance et ses rencontres sexuelles. Comment as-tu eu l’idée d’explorer l’impact du passé sur sa sexualité ?
Maxime Mongeon : Il y a quelques années, je me promenais sur différentes applications
de rencontres et j’avais eu un important dialogue avec quelqu’un qui me faisait voir ces liens-là. Ça m’avait beaucoup marqué ! Je trouvais ça fascinant de chercher la racine du désir sexuel. On peut reculer dans la vingtaine, dans l’adolescence et même dans l’enfance. On n’ose pas le dire, mais les enfants ont une forme de sexualité qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes.
À travers leurs jeux, il se développe quelque chose dans l’inconscient. Je suis allé chercher ça dans les pratiques sexuelles de mon personnage adulte. Quand on joue à s’attraper et à se menotter, il y a des correspondances avec la sexualité. Même chose quand tu es enterré dans le sable et que tu es immobilisé, c’est comme un sac d’enfermement. Sans oublier l’impact des dynamiques familiales un peu troubles sur la sexualité.

C’est rare qu’on parle de BDSM en littérature québécoise. Comment voulais-tu aborder cet univers ?
Maxime Mongeon : Je m’intéressais au choc de la brutalité et de la sensualité. Je voulais que ça se répercute aussi dans l’écriture avec un style soigné, sans être dans la dentelle, pour raconter des scènes dures. Il y a un paradoxe là-dedans, tout comme dans le BDSM : après avoir été cravaché par son partenaire, dans une forme d’entente entre les deux, la douleur permet une tendresse une fois que tu es libéré. On dirait que la sensibilité est démultipliée lors de l’étreinte.
En posture de soumission, Julien a l’impression de ne plus être un homme défiguré, de ne plus être un fils ou un frère, de ne plus être un cinéaste. Il a besoin d’être réduit à rien. Comment as-tu compris aussi précisément ce qu’un adepte de BDSM peut ressentir ?
Maxime Mongeon : L’homme avec qui j’avais dialogué m’avait dit : « Les gens qui sont en situation d’autorité, des patrons qui ont beaucoup d’employés et qui prennent des décisions sans arrêt, ont besoin d’être pris en charge quand ils quittent le travail ». Dans ma carrière, j’ai été gestionnaire d’environ 300 personnes et mes fonctions m’ont permis de comprendre ce qu’il me racontait. En plus, mon personnage de cinéaste doit tout gérer sur un plateau : il a beaucoup de responsabilités.
Pourquoi réalise-t-il un film sur sa famille, sa sexualité et ses agressions ?
Maxime Mongeon : Plusieurs artistes ont ce besoin. Ça ressemble à l’autofiction en littérature, qui permet de comprendre sa propre vie. Puisque Julien tourne un film sur sa vie, ça fait en sorte que les personnages sont toujours doubles : il y a la mère du cinéaste dans ses souvenirs et la mère jouée par une actrice. Alors, c’est quoi la réalité ? En plus, il n’était pas nécessairement présent durant certains événements vécus par sa famille, qu’il a ensuite scénarisés et mis en scène dans son film. Comme lecteurs, on lit parfois la scène des comédiens. Je trouvais ça intéressant comme dualité.
Que réponds-tu aux lecteurs qui ne s’attendent pas à une œuvre comme celle-là d’un homme qui, en apparence, a l’air d’un nounours ?
Maxime Mongeon : En toute honnêteté, j’ai beaucoup hésité à publier ce livre, parce que j’avais peur de la réception de mon entourage. L’éditeur Éric Simard m’a encouragé, j’ai accepté d’aller de l’avant et… les réactions des gens m’étonnent. Ils sont déstabilisés par l’histoire, mais ils aiment ça. Ils vivent la même chose que moi quand je découvre tout ce que mon personnage expérimente. Ça me permet d’avoir des vies différentes et ça permet aux lecteurs de ne pas toujours se retrouver face à eux-mêmes, mais de voir autre chose.
Pourquoi as-tu écrit un roman aussi court ?
Maxime Mongeon : PC’est habituel chez moi, mais je l’ai beaucoup épuré parce que j’avais de la distance. J’ai écrit ce livre en 2017. En fait, j’ai beaucoup de textes dans mes tiroirs que je n’ai pas publiés, parce que je suis gêné. À l’époque de mes premiers romans, ma vie était très différente : j’avais des femmes dans ma vie. J’ai publié trois romans en cinq ans. Puis, j’ai eu ma crise d’identité. J’ai beaucoup écrit sur une homosexualité refoulée qui cherche à sortir de toutes les façons. Je ne publiais pas, parce que j’étais incapable de les assumer.
INFOS | On ne peut mentir à sa propre chair de Maxime Mongeon,
Édition Ventricule gauche, 2026, 152 pages.

