Si la sexualité chez les jeunes adultes est encore un sujet tabou, l’intimité chez les personnes âgées est carrément prisonnière de l’ombre. Afin de renverser la situation, TV5 Canada a décidé de diriger les projecteurs vers cette réalité dans Sexugénaires, une série documentaire explorant la vie sexuelle de plusieurs personnes du troisième âge, incluant Michel Paré, un homosexuel, et Dafnée Glazier, une femme trans. La série est également disponible sur l’application gratuite TV5+.
Pourquoi parle-t-on si peu de sexe chez les personnes âgées ?
Michel : La sexualité est une partie très intime de nos vies, alors on garde ça pour soi, on en parle peu. On a peur de ne pas être à la hauteur de la situation. Surtout en vieillissant, car physiquement, on se sent moins beaux, moins désirables et moins efficaces dans la sexualité, surtout les hommes au niveau de l’érection. Chez certaines personnes, ça leur enlève leur puissance dans la vie et leur essence. Ça amène quelque chose de triste qu’on veut cacher.
Dafnée : Les gens ont peur. Pourtant, c’est en parlant qu’on ouvre des portes.
Aviez-vous établi des limites avec l’équipe de production sur les sujets abordés ?
Dafnée : On s’est laissé aller ouvertement et sans tabous. J’ai adoré cette expérience !
Michel : Je n’avais établi aucune limite. Quand on me posait des questions sur mon couple, j’ai répondu ouvertement. J’ai parlé de mon cancer de la prostate et des impacts sur ma vie.
Michel, tu as vécu tes premières années de vie sexuelle alors que l’homosexualité était
encore très réprimée en société. Dans un contexte pareil, comment décrirais-tu la vie
sexuelle à tes débuts ?
Michel : J’ai étudié dans des collèges classiques avec des prêtres de la religion catholique qui nous enseignaient que tout était péché. Lorsque j’ai vécu mes premières expériences avec un homme, à l’âge de 23-24 ans, je me sentais coupable et j’ai ressenti de la honte le lendemain. J’essayais de me convaincre que je n’étais pas gai. Je suis sorti avec des femmes et j’ai couché avec des femmes. Durant ma vingtaine, je ne voulais vraiment pas être homosexuel. C’était comme une plaie. Je pensais que j’allais finir en enfer.

Dafnée, tu as longtemps vécu dans un corps d’homme et tu étais mariée avec ta femme, Manon. À l’époque, on ne parlait pas de transidentité ni de dysphorie de genre, mais tu le ressentais quand même de l’intérieur. Que vivais-tu durant vos relations intimes, alors que tu devais aussi composer avec une dysphorie de genre ?
Dafnée : Oh mon Dieu… C’était très compliqué. Tout se jouait dans ma tête. Je n’acceptais pas mon corps. Je n’aimais pas la sexualité. C’était une obligation familiale. Ça faisait partie des bonnes mœurs entre un homme et une femme de faire l’amour. Je n’ai vraiment pas aimé ce que ça générait comme sensations. J’aimais Manon, mais je détestais mon corps d’homme, alors c’était difficile d’apprécier la sexualité. Je le faisais parce que Manon aimait ça.
À partir de 2019, ta transition a entraîné des bouleversements dans ta vie et dans ton couple. Manon a demandé le divorce, mais vous êtes encore ensemble aujourd’hui. Comment avez-vous apprivoisé votre nouvelle sexualité ?
Dafnée : Ça a été complexe. J’ai commencé ma transition un 1er juin et Manon a demandé le divorce le 1er juillet. On a discuté pendant deux à trois ans avec des thérapeutes. Quand la sexualité est arrivée, ça a été très difficile pour Manon. Ça lui a pris deux ans pour toucher mon corps et assumer qu’elle faisait maintenant l’amour avec une femme. Ça m’a demandé beaucoup de patience quand je couchais avec elle sans qu’elle me touche, à part pour m’embrasser. C’était à sens unique. Je savais que si je la brusquais, je la perdrais. Avec le temps, ça a porté fruit. Néanmoins, la réalité est que ma femme est hétérosexuelle. Si on se laissait un jour ou si je mourais, elle referait sa vie avec un homme, ça, c’est certain. Elle aime la personne que je suis et non mon corps.
Michel, as-tu l’impression qu’à un moment dans ta vie, ta sexualité s’est épanouie ?
Michel : Peut-être à partir du moment où j’ai assumé mon orientation sexuelle à 30 ans, mais ça n’a pas été si épanoui au départ. Je vivais à Ottawa. Il n’y avait aucun bar gai. Les gens pensaient que j’étais un célibataire hétéro. À la mi-trentaine, j’ai commencé à avoir une relation plus sérieuse avec un homme, mais j’avais beaucoup de pudeur et de blocages. Mes parents ne m’ont jamais dit qu’ils m’aimaient. Ma mère ne m’a jamais « embrassé ». Donc, je n’étais pas très affectueux moi-même. J’étais assez froid. Mes partenaires trouvaient que j’agissais comme une crêpe. J’ai été pogné une bonne dizaine d’années.
Dans l’émission, tu dis ressentir de l’attirance envers des hommes de ton âge, alors que 80 % d’entre eux sont attirés par des plus jeunes. Comment expliques-tu ça ?
Michel : La sexualité implique un attrait physique et les hommes sont beaucoup plus superficiels que les femmes sur ce point. Les femmes considèrent la beauté physique, l’intelligence, la personnalité et le statut social. Les hommes, hétéros ou homos, regardent d’abord le physique. On les voit souvent se mettre en couple avec des plus jeunes. Je pense que ça les valorise et ça leur donne l’impression qu’ils sont encore jeunes.
INFOS | SEXUgénaires, les vendredis, à 21 h, sur TV5 et sur l’appli TV5+.

