L’intervention de la police dans un établissement fréquenté par la communauté LGBTQ+ de Taipei, au cours de laquelle 51 personnes ont été conduites au poste, suscite une vive controverse. Une centaine de manifestants ont dénoncé les méthodes des policiers, poussant le maire de la capitale taïwanaise à réagir publiquement.
Une descente policière au bar gai Commander D, dans le quartier Wanhua de Taipei, a provoqué une vague de protestations au sein de la communauté LGBTQ+ taïwanaise. Le 3 octobre, des policiers ont fait irruption dans l’établissement, conduisant 51 personnes au poste pour les interroger et procédant à l’arrestation du propriétaire.
L’opération faisait suite à une plainte alléguant de possibles infractions à l’article 83 de la loi taïwanaise sur le maintien de l’ordre social. Cette disposition interdit notamment l’exhibition de la nudité ou l’adoption de postures jugées obscènes dans les lieux publics ou accessibles au public.
Dès le lendemain, une centaine de personnes se sont rassemblées pour dénoncer l’intervention, particulièrement les méthodes employées par les policiers et le traitement réservé à la clientèle.
Des témoignages qui soulèvent des questions
Plusieurs personnes présentes lors de la descente ont décrit une intervention intimidante.
Un client identifié uniquement par son nom de famille, Wen, a raconté à l’agence Reuters avoir été particulièrement ébranlé par les événements. « Ils ont fait irruption dans les lieux avec violence. C’était très effrayant », a-t-il déclaré.
Des images diffusées après l’opération ont également alimenté la controverse. Dans une vidéo, un policier aurait demandé à une personne en fauteuil roulant, qui se trouvait dans les toilettes, comment les personnes handicapées pouvaient y avoir des relations sexuelles.
Ces propos allégués ont suscité des critiques concernant le comportement des agents et le respect de la dignité des personnes interpellées.
Parmi les manifestants, Kang Yang a exprimé sa colère devant ce qu’il considère comme une contradiction entre l’intervention policière et l’image d’ouverture que Taipei cherche à projeter.
« Cette ville prétendait être accueillante envers les personnes queer », a-t-il déploré.
Le maire de Taipei exprime ses regrets
Devant les réactions suscitées par l’opération, le maire de Taipei, Chiang Wan-an, a publiquement exprimé ses regrets.
Il a réaffirmé que la capitale taïwanaise devait demeurer une ville diversifiée, inclusive et accueillante, où les droits de toutes les personnes sont respectés.
Cette prise de position n’a toutefois pas mis fin aux interrogations sur les circonstances de la descente et sur les pratiques policières à l’égard des établissements fréquentés par les personnes LGBTQ+.
Puma Shen, adversaire politique de Chiang Wan-an, est également intervenu dans le débat. Dans une publication sur Facebook, il a rappelé que l’engagement de Taipei envers la diversité devait se manifester au quotidien, et non uniquement lors des célébrations de la Fierté.
Une controverse à quelques semaines de la Pride
L’affaire survient dans un contexte particulier pour Taïwan, souvent considéré comme l’un des territoires asiatiques les plus avancés en matière de reconnaissance des droits LGBTQ+.
Le 24 mai 2019, Taïwan est devenu le premier territoire d’Asie à légaliser le mariage entre personnes de même sexe, une décision qui a renforcé sa réputation internationale en matière d’égalité.
Sa capitale accueille également l’une des plus importantes Marches des fiertés d’Asie de l’Est. Les célébrations de cette année sont prévues du 29 octobre au 1er novembre.
À quelques semaines de cet événement, la descente au Commander D relance les discussions sur les relations entre les forces policières et la communauté LGBTQ+, ainsi que sur la manière dont les lois relatives à la moralité publique sont appliquées.
Les autorités invoquent une possible infraction à la législation en vigueur, tandis que les manifestants contestent les méthodes employées et le traitement des personnes présentes.
Pour les personnes mobilisées, la question dépasse désormais le seul cas du Commander D : elles souhaitent que les engagements de Taipei en matière d’inclusion se traduisent aussi dans les interventions de ses services policiers.
Sources : Reuters, 5 octobre 2026 ; législation taïwanaise sur le maintien de l’ordre social.

