Mardi, 6 octobre 2026
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    Élections québécoises 2026 : un Québec politiquement redessiné

    Le Québec s’est réveillé mardi matin avec une carte politique méconnaissable. Le Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon formera le prochain gouvernement, mais sans majorité. Le Parti libéral redevient une imposante opposition officielle, le Parti conservateur d’Éric Duhaime fait une entrée spectaculaire à l’Assemblée nationale, Québec solidaire résiste principalement dans les centres urbains, tandis que la Coalition avenir Québec subit une défaite historique : elle ne fait élire aucun député. Pour les communautés LGBTQ+, cette recomposition politique change aussi plusieurs visages au Salon bleu et ouvre une période qui méritera d’être suivie de très près.

    Le PQ au pouvoir, mais sans majorité

    Paul St-Pierre Plamondon deviendra le 34e premier ministre du Québec. Le Parti québécois a remporté 59 circonscriptions — à cinq sièges de la majorité — avec environ 27 % des suffrages exprimés.

    Le résultat illustre de manière particulièrement frappante les effets du mode de scrutin québécois : avec un peu plus du quart du vote populaire, le PQ obtient près de la moitié des sièges de l’Assemblée nationale.

    Dans son discours de victoire, Paul St-Pierre Plamondon a promis de travailler avec les autres formations. Il a également confirmé qu’il n’abandonnait pas son engagement de consulter les Québécois sur l’avenir politique du Québec.

    La situation minoritaire l’y obligera en partie : pour faire adopter ses budgets, survivre aux votes de confiance et mener à terme ses principaux projets de loi, le gouvernement péquiste devra obtenir l’appui d’au moins une partie de l’opposition.

    Cette nouvelle configuration permettra également de confronter aux décisions du gouvernement les engagements pris pendant la campagne envers les communautés LGBTQ+. Le PQ avait répondu au questionnaire électoral de Fugues, tout comme le Parti libéral et Québec solidaire.

    Le Parti libéral redevient une force majeure

    Autre retournement majeur : le Parti libéral du Québec, que plusieurs observateurs donnaient pour profondément affaibli il y a encore quelques années, revient à l’Assemblée nationale avec une quarantaine de députés et formera l’opposition officielle.

    Son chef, Charles Milliard, a remporté Orford et fait ainsi son entrée au Salon bleu.

    Le PLQ réalise notamment des gains en Estrie, en Montérégie, en Outaouais, dans la région de Québec et à Laval. Sur l’île Jésus, le renversement est particulièrement spectaculaire : les six circonscriptions passent aux libéraux. À Montréal et dans plusieurs secteurs comptant d’importantes populations anglophones ou issues de l’immigration, le vote libéral demeure également solidement implanté.

    Charles Milliard a indiqué que son parti était disposé à collaborer avec le gouvernement sur des enjeux comme la santé, le logement et l’économie, tout en promettant une opposition ferme à la tenue d’un nouveau référendum. Son arrivée à l’Assemblée revêt par ailleurs une dimension particulière pour les communautés LGBTQ+ : le chef de l’opposition officielle est ouvertement gai.

    Éric Duhaime et les conservateurs font leur entrée en force

    Après avoir récolté une part importante du vote populaire en 2022 sans réussir à faire élire un seul député, le Parti conservateur du Québec entre cette fois à l’Assemblée nationale avec une délégation qui avoisine les 20 élus. Son chef, Éric Duhaime, a lui-même remporté Bellechasse et devient député pour la première fois.

    Les conservateurs ont réalisé leurs gains les plus importants dans la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches, mais réussissent également à faire élire des candidats dans le Centre-du-Québec, en Mauricie et en Estrie. Avec plus de 20 % du vote populaire, selon les résultats disponibles au cours de la nuit, le PCQ devient une composante importante du nouveau paysage parlementaire.

    Pour les communautés LGBTQ+, cette présence sera particulièrement à surveiller. Au cours de la campagne, plusieurs questions concernant notamment les personnes trans, l’éducation à la sexualité, le financement des organismes communautaires et les politiques de diversité ont fait ressortir des différences importantes entre les formations politiques.

    Québec solidaire résiste dans les centres urbains

    Québec solidaire sort affaibli numériquement de l’élection, mais évite l’effondrement que certains scénarios laissaient entrevoir pendant la campagne. Avec neuf député·es, QS conserve plusieurs de ses principaux bastions. Ruba Ghazal est réélue dans Mercier et Sol Zanetti conserve Jean-Lesage, dans la région de Québec. À Montréal, le parti maintient surtout ses positions dans plusieurs quartiers centraux. C’est notamment le cas de Sainte-Marie–Saint-Jacques, où Roxane Milot succède à Manon Massé.

    Cette géographie électorale est révélatrice : le vote solidaire se concentre désormais encore davantage dans les secteurs densément urbains de Montréal ainsi que dans quelques poches urbaines ailleurs au Québec.

    La CAQ rayée de la carte

    C’est sans doute le verdict le plus brutal de la soirée. La Coalition avenir Québec, qui avait remporté 90 sièges en 2018 et de nouveau 90 en 2022, ne fait élire aucun député en 2026. Même sa cheffe, Christine Fréchette, a été défaite de peu dans Trois-Rivières. Des circonscriptions longtemps considérées comme des forteresses caquistes sont tombées les unes après les autres. Dans Borduas, le ministre sortant de la Justice Simon Jolin-Barrette a notamment été défait.

    Christine Fréchette a reconnu que les Québécois avaient exprimé un désir de changement, tout en indiquant qu’elle demeurait, pour le moment, à la tête de la formation. La CAQ se retrouve ainsi dans une situation exceptionnelle : le parti qui formait encore le gouvernement à la veille du scrutin n’aura plus aucun représentant à l’Assemblée nationale.

    Un Québec électoral divisé en plusieurs territoires

    Au-delà du nombre de sièges, l’élection du 5 octobre révèle une fragmentation géographique particulièrement nette.

    Le Parti québécois domine une grande partie des régions et formera le gouvernement. Le Parti libéral retrouve ses assises à Montréal, Laval et dans plusieurs secteurs comptant d’importantes communautés anglophones ou issues de l’immigration, tout en réalisant des gains à l’extérieur de ses bastions traditionnels. Le Parti conservateur s’impose avec force dans la grande région de Québec et Chaudière-Appalaches, tout en réussissant désormais à déborder de ce territoire. Québec solidaire, enfin, demeure principalement implanté dans les secteurs urbains, particulièrement dans les quartiers centraux de Montréal. La carte électorale donne ainsi à voir des réalités politiques régionales de plus en plus contrastées.

    Des visages LGBTQ+

    Le scrutin entraîne donc un renouvellement notable de la représentation LGBTQ+ à l’Assemblée nationale.

    Le départ de Manon Massé constitue évidemment le changement le plus symbolique. Après trois mandats, celle qui avait un jour évoqué son souhait de devenir « la première première ministre lesbienne » du Québec quitte la politique élective.

    D’autres candidatures LGBTQ+ n’auront pas réussi à franchir les portes du Salon bleu. Outre Philippe Schnobb dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, Zachary Jean, jeune militant LGBTQ+ candidat de Québec solidaire aux Îles-de-la-Madeleine, a été défait dans une circonscription largement remportée par le péquiste Joël Arseneau.

    Plus tôt dans la campagne, la candidate trans de Québec solidaire dans Westmount–Saint-Louis, Vanessa Durand, avait retiré sa candidature à la suite d’une controverse provoquée par certains propos qu’elle avait publiés sur les réseaux sociaux concernant des personnes homosexuelles et queers.

    À l’inverse, de nouveaux visages LGBTQ+ feront leur entrée au Parlement : Roxane Milot, ouvertement bisexuelle, succède à Manon Massé, tandis que Charles Milliard et Éric Duhaime, tous deux ouvertement gais, deviennent députés.

    Le fait que deux hommes ouvertement gais dirigent désormais deux des principales formations représentées au Parlement constitue en soi une évolution notable de la représentation LGBTQ+ dans la politique québécoise — même si leurs partis défendent des orientations parfois très différentes sur les questions touchant les communautés LGBTQ+.

    Un Parlement où les alliances deviendront incontournables

    Le résultat du 5 octobre ne constitue pas simplement une alternance. C’est une recomposition : le PQ revient au pouvoir, le PLQ retrouve le statut d’opposition officielle, le PCQ fait son entrée en force au Salon bleu, Québec solidaire conserve un caucus susceptible de jouer un rôle dans un Parlement minoritaire et la CAQ disparaît complètement de l’Assemblée.

    Selon les dossiers, le PQ pourra chercher des appuis du côté des libéraux, des conservateurs ou de Québec solidaire. Pour les organismes LGBTQ+, cette nouvelle réalité signifie également qu’il faudra probablement multiplier les interlocuteurs : le gouvernement ne pourra pas nécessairement imposer seul son programme législatif.

    Et maintenant, les gestes

    Durant la campagne électorale, Fugues avait invité les principaux partis à préciser leurs engagements envers les communautés LGBTQ+, dans un contexte marqué notamment par l’augmentation des crimes haineux, la montée des discours homophobes et transphobes et les besoins persistants des organismes communautaires.

    Le PQ, le PLQ et Québec solidaire avaient répondu à notre questionnaire. Ces réponses constituent désormais des engagements auxquels il sera possible de revenir.

    Plusieurs dossiers permettront rapidement de mesurer les orientations du nouveau gouvernement et de la nouvelle Assemblée : la lutte contre l’homophobie et la transphobie; les droits et l’accès aux services pour les personnes trans et non binaires; le financement des organismes communautaires; la prévention du VIH et des ITSS; les réalités LGBTQ+ en milieu scolaire; le soutien aux personnes LGBTQ+ vieillissantes; ainsi que les réalités particulières vécues hors des grands centres.

    L’élection est terminée. Commence maintenant le temps des gestes.

    Fugues continuera donc de suivre les engagements pris pendant la campagne — maintenant que certains devront les transformer en décisions politiques et que les autres auront la responsabilité de les appuyer, de les modifier ou de s’y opposer.

    Le Québec a voté pour le changement. Il a surtout élu une Assemblée nationale beaucoup plus éclatée, dans laquelle aucun parti ne pourra, à lui seul, imposer sa vision du Québec.

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