Le premier ministre Mark Carney a déclenché, dimanche 1er novembre, six élections partielles fédérales qui se tiendront le 7 décembre prochain. Trois circonscriptions québécoises sont concernées : Laurier–Sainte-Marie, Rosemont–La Petite-Patrie et Saint-Hyacinthe–Bagot–Acton. Entre personnalités du monde économique, militants communautaires, syndicalistes et anciens élus, les candidats présentent des parcours particulièrement diversifiés.
Les six sièges à pourvoir à la Chambre des communes se trouvent dans trois provinces. Outre les trois circonscriptions québécoises, les électeurs de Scarborough-Nord et de Brantford–Brant-Sud, en Ontario, ainsi que ceux de Yorkton–Melville, en Saskatchewan, seront également appelés aux urnes.
Au Québec, ces élections font suite aux départs de trois députés fédéraux : Steven Guilbeault, ancien ministre libéral dans Laurier–Sainte-Marie qui a quitté la politique; Alexandre Boulerice, qui a quitté le Nouveau Parti démocratique pour se présenter sous les couleurs de Québec solidaire sur la scène provinciale; et Simon-Pierre Savard-Tremblay, qui a quitté le Bloc québécois pour rejoindre le Parti québécois.
Les trois campagnes réunissent des personnalités déjà connues du public et d’autres qui font leurs premiers pas en politique électorale. Leurs expériences, acquises dans des domaines aussi différents que la finance, la santé publique, les relations internationales, la culture et le sport, donnent à ces scrutins des visages bien distincts.
LAURIER-SAINT-MARIE
Dans cette circonscription du centre de Montréal, laissée vacante par Steven Guilbeault, les principales candidatures réunissent un ancien dirigeant de Desjardins, une militante de la cause ouïghoure et une épidémiologiste déjà familière des campagnes fédérales.
Guy Cormier — Parti libéral du Canada
Ancien président et chef de la direction du Mouvement Desjardins de 2016 à 2025, Guy Cormier fait le saut en politique fédérale après avoir dirigé pendant près d’une décennie la plus importante coopérative financière du Québec. Son passage à la tête de l’institution a notamment été marqué par des initiatives en matière de responsabilité sociale, de diversité et d’inclusion. Son intérêt pour les réalités LGBTQ+ possède aussi une dimension personnelle. En 2022, il confiait dans quelques discours publics que le parcours de transition de Jane, la fille de sa cousine, l’avait sensibilisé aux expériences vécues par les personnes transgenres. La même année, Desjardins lançait une couverture d’assurance collective pour certains soins d’affirmation de genre, notamment des interventions généralement exclues des régimes publics. Guy Cormier a également soutenu la Fondation Émergence, notamment comme président d’honneur d’un encan-bénéfice. Il arrive en politique avec une importante expérience de gestion et de développement économique, ainsi qu’un bilan en matière d’inclusion qui pourrait trouver un prolongement dans son travail parlementaire.
Zumretay Arkin — Bloc québécois
Militante québécoise d’origine ouïghoure, Zumretay Arkin s’est fait connaître sur la scène internationale pour son action en faveur de cette minorité musulmane persécutée en Chine. Ancienne vice-présidente du Congrès mondial ouïghour, elle a notamment porté cette cause devant les Nations unies et différentes instances internationales. Arrivée au Québec à l’âge de dix ans, elle a grandi à Montréal. Son expérience familiale et son travail auprès des organisations internationales ont façonné son parcours politique. Son entrée au Bloc québécois s’inscrit dans une réflexion sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Elle établit un parallèle entre la lutte des Ouïghours pour leur autodétermination et le projet souverainiste québécois. Sa candidature apporte au parti une expérience internationale peu commune, notamment sur les questions de libertés fondamentales et de protection des minorités.
Nimâ Machouf — Nouveau Parti démocratique
Épidémiologiste et militante communautaire, Nimâ Machouf possède une longue expérience de l’engagement social et politique montréalais. Elle s’est notamment fait connaître par ses interventions en santé publique, particulièrement pendant la pandémie de COVID-19, ainsi que par son militantisme en faveur des droits du peuple palestinien. Elle a été conseillère municipale à Montréal, sous la bannière de Projet Montréal, à la suite des élections municipales de 2009. Elle en sera à sa quatrième candidature néodémocrate dans Laurier–Sainte-Marie, après avoir affronté Steven Guilbeault aux élections de 2019, 2021 et 2025. Elle avait terminé deuxième à chacune de ces occasions. Son parcours combine expertise scientifique, connaissance du milieu communautaire et expérience électorale. Elle défend notamment le renforcement des services publics, l’accès aux soins et la réduction des inégalités économiques.
Le Parti conservateur n’avait pas encore confirmé de candidat dans cette circonscription au 1er novembre.
ROSEMONT-LA-PETITE-PATRIE
Après avoir représenté Rosemont–La Petite-Patrie pendant quinze ans, Alexandre Boulerice a quitté la politique fédérale pour rejoindre Québec solidaire sur la scène provinciale. Son départ ouvre une nouvelle période dans une circonscription longtemps associée au NPD.
Pierre Céré — Nouveau Parti démocratique
Figure bien connue du mouvement communautaire québécois, Pierre Céré a consacré une grande partie de sa carrière à la défense des personnes sans emploi et à la réforme du régime d’assurance-emploi. Longtemps coordonnateur du Comité chômage de Montréal et porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses, il a régulièrement dénoncé les restrictions à l’accès aux prestations et les conséquences de la précarité économique sur les travailleurs. Militant de gauche et souverainiste, Pierre Céré avait également tenté de participer à la course à la direction du Parti québécois en 2015, avant de se retirer faute de financement suffisant. Il aborde cette campagne avec plusieurs décennies d’expérience dans les organismes de défense des droits sociaux, particulièrement sur les questions de revenu, de logement et de conditions de vie.
Alexandre Curzi — Bloc québécois
Directeur général de l’Union des artistes, Alexandre Curzi possède une longue expérience de la représentation syndicale dans les milieux artistiques et culturels. Il a notamment présidé l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son. Fils du comédien et ancien député péquiste Pierre Curzi, il a grandi dans un environnement où les questions culturelles et politiques occupaient une place importante. Son parcours professionnel l’a amené à négocier et à intervenir dans des dossiers touchant les conditions de travail des artistes, le financement de la création et les transformations du secteur audiovisuel. Dans une circonscription qui compte de nombreux travailleurs culturels et créateurs indépendants, son expérience syndicale constitue un aspect central de sa candidature.
Jean-Sébastien Vallée — Parti libéral du Canada
Jean-Sébastien Vallée se présente de nouveau sous la bannière libérale après avoir été candidat dans Rosemont–La Petite-Patrie aux élections fédérales de 2025. Militant pour les droits de la personne, il avait alors recueilli environ 31 % des suffrages, terminant derrière Alexandre Boulerice. Cette deuxième campagne lui permet de poursuivre le travail entrepris auprès des électeurs de la circonscription. Il devra notamment faire connaître ses propositions en matière de logement, de coût de la vie et de services publics, dans un secteur montréalais confronté à d’importantes transformations démographiques et immobilières.
Le Parti conservateur n’avait pas encore annoncé officiellement son candidat dans Rosemont–La Petite-Patrie au 1er novembre.
SAINT-HYACINTHE-BAGOT-ACTON
Dans cette circonscription de la Montérégie, le départ du bloquiste Simon-Pierre Savard-Tremblay, désormais député provincial du Parti québécois, donne lieu à une campagne réunissant notamment une ancienne députée caquiste, une spécialiste des relations internationales et un ancien joueur des Alouettes de Montréal.
Caroline Émond — Bloc québécois
Ancienne déléguée générale du Québec auprès des institutions européennes à Bruxelles, Caroline Émond possède une expérience des relations internationales, des politiques commerciales et des dossiers économiques. Elle a également occupé le poste de directrice générale de la Fédération internationale du lait, une organisation qui rassemble des acteurs de l’industrie laitière à l’échelle mondiale. Son expertise trouve un écho particulier dans Saint-Hyacinthe–Bagot–Acton, où l’agriculture et la transformation alimentaire occupent une place centrale. Les questions de commerce international, de gestion de l’offre et de développement agroalimentaire pourraient ainsi occuper une place importante dans sa campagne.
Chantal Soucy — Parti libéral du Canada
Députée de Saint-Hyacinthe à l’Assemblée nationale de 2014 à 2026, Chantal Soucy possède une solide expérience de la politique provinciale. Elle a notamment occupé la vice-présidence de l’Assemblée nationale, fonction qui l’a amenée à présider les débats parlementaires. Avant son entrée en politique, elle avait travaillé comme gestionnaire chez Hydro-Québec. Défaite aux élections provinciales du 5 octobre, elle tente maintenant de poursuivre sa carrière politique à Ottawa, cette fois sous les couleurs du Parti libéral du Canada. Elle peut compter sur sa connaissance des acteurs économiques, agricoles et communautaires de la région, acquise au cours de ses douze années à l’Assemblée nationale.
Luc Brodeur-Jourdain — Parti conservateur du Canada
Luc Brodeur-Jourdain est surtout connu pour sa carrière dans le football professionnel. Ancien joueur de ligne offensive des Alouettes de Montréal, il a participé aux conquêtes de la Coupe Grey de l’équipe avant de poursuivre son parcours comme entraîneur. Il a également travaillé dans les médias sportifs à titre de commentateur. Résidant à Saint-Damase, il possède des attaches avec la région qu’il souhaite représenter. Sa candidature marque son entrée en politique électorale, après une carrière essentiellement consacrée au sport professionnel. Il devra maintenant se faire connaître des électeurs sur des dossiers comme l’agriculture, l’économie régionale et les politiques fédérales.
Mathieu Boisvert — Nouveau Parti démocratique
Mathieu Boisvert possède une expérience du travail politique fédéral, ayant notamment travaillé auprès de trois députés à la Chambre des communes. Il a également représenté le NPD lors de plusieurs élections fédérales, notamment dans Mégantic–L’Érable en 2019 et 2021, puis dans La Prairie–Atateken en 2025. Résidant à Sainte-Catherine, il connaît le fonctionnement des institutions parlementaires et les rouages de l’organisation électorale. Cette nouvelle candidature lui permet de poursuivre son parcours politique dans une circonscription où les enjeux agricoles et économiques occupent une place importante.
LES ENJEUX LGBTQ+ DANS LA CAMPAGNE
Si plusieurs candidats possèdent une expérience en matière de droits humains ou de justice sociale, leurs positions sur les dossiers spécifiquement LGBTQ+ ne sont pas toutes connues.
L’accès aux soins d’affirmation de genre, la lutte contre les violences et les discours haineux, le financement des organismes communautaires, la prévention du VIH et les difficultés vécues par les personnes LGBTQ+ en situation de précarité constituent autant de sujets sur lesquels les électeurs pourraient souhaiter obtenir des réponses. Et dans Laurier-Sainte-Marie, la question de l’itinérance et du logement sera essentielle…
Le scrutin du 7 décembre permettra de désigner trois nouveaux représentants québécois à Ottawa. D’ici là, les campagnes offriront l’occasion de mesurer la place que chacun entend accorder à ces préoccupations dans ses priorités politiques.