Près de sept personnes LGBTQ+ sur dix ont subi une agression physique ou sexuelle depuis l’âge de 15 ans, révèle une nouvelle étude de Statistique Canada. Les personnes non binaires et les femmes bisexuelles figurent parmi les groupes les plus touchés.
Les personnes LGBTQ+ continuent de subir des violences physiques et sexuelles dans des proportions nettement supérieures au reste de la population canadienne. Une nouvelle étude de Statistique Canada, publiée le 6 octobre 2026, révèle que ces écarts demeurent considérables, tant pour les agressions vécues au cours de la dernière année que pour celles subies depuis l’adolescence.
Selon les données de l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés de 2025, 12 % des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et appartenant à d’autres minorités sexuelles (LGB+) ont subi une agression physique ou sexuelle au cours des 12 mois précédant l’enquête, comparativement à 3,6 % des personnes hétérosexuelles.
La proportion grimpe à 15 % chez les personnes transgenres et non binaires, contre 4,1 % chez les personnes cisgenres.
Autrement dit, les personnes LGBTQ+ sont plus de trois fois plus susceptibles d’avoir été victimes de violence au cours d’une année.
Près de sept personnes sur dix victimes de violence depuis l’adolescence
Lorsqu’on considère les agressions subies depuis l’âge de 15 ans, les résultats sont encore plus préoccupants.
Les deux tiers des personnes LGB+ (66 %) déclarent avoir été victimes d’au moins une agression physique ou sexuelle au cours de cette période, comparativement à 38 % des personnes hétérosexuelles.
Chez les personnes transgenres et non binaires, cette proportion atteint 69 %, contre 40 % chez les personnes cisgenres.
Les personnes appartenant à la fois à une minorité sexuelle et à la diversité de genre présentent la proportion la plus élevée : 74 % déclarent avoir subi une agression physique ou sexuelle depuis l’âge de 15 ans.
Ces données concernent les agressions commises par d’autres personnes qu’un ou une partenaire intime. La violence conjugale n’est donc pas comprise dans les résultats présentés, ce qui constitue une limite importante lorsqu’on cherche à mesurer l’ensemble des violences vécues.
Les femmes bisexuelles particulièrement touchées par les agressions sexuelles
L’étude met également en évidence des différences importantes selon l’orientation sexuelle et le genre.
Parmi les femmes bisexuelles, 63 % déclarent avoir subi une agression sexuelle depuis l’âge de 15 ans. Cette proportion est de 43 % chez les femmes lesbiennes et de 33 % chez les femmes hétérosexuelles.
Chez les hommes, 35 % des hommes gais et 33 % des hommes bisexuels rapportent avoir été victimes d’une agression sexuelle au cours de cette période, comparativement à seulement 8,8 % des hommes hétérosexuels.
Les agressions physiques sont également plus fréquentes au sein des minorités sexuelles. Elles concernent 54 % des femmes bisexuelles et la même proportion d’hommes bisexuels, ainsi que 46 % des hommes gais et 45 % des femmes lesbiennes.
À titre de comparaison, 33 % des hommes hétérosexuels et 29 % des femmes hétérosexuelles déclarent avoir subi une agression physique depuis l’âge de 15 ans.
Ces résultats montrent notamment que les expériences de violence ne sont pas uniformes au sein des communautés LGBTQ+. Les femmes bisexuelles présentent une prévalence particulièrement élevée d’agressions sexuelles, tandis que les hommes gais et bisexuels rapportent des taux plusieurs fois supérieurs à ceux des hommes hétérosexuels.
Les personnes non binaires parmi les plus exposées
Pour la première fois, cette enquête permet de distinguer plus précisément les expériences des hommes transgenres, des femmes transgenres et des personnes non binaires.
Cette analyse révèle que les personnes non binaires présentent les proportions les plus élevées d’agressions physiques et sexuelles parmi les groupes de la diversité de genre étudiés.
Ainsi, 57 % des personnes non binaires déclarent avoir subi une agression sexuelle depuis l’âge de 15 ans, comparativement à 48 % des hommes transgenres et 41 % des femmes transgenres.
Chez les personnes cisgenres, les proportions sont de 35 % pour les femmes et de 9,8 % pour les hommes.
Les écarts sont également importants pour les agressions physiques. Près des deux tiers des personnes non binaires (64 %) rapportent en avoir subi au moins une depuis l’âge de 15 ans. Cette proportion atteint 56 % chez les femmes transgenres et 52 % chez les hommes transgenres, comparativement à 34 % des hommes cisgenres et 31 % des femmes cisgenres.
Ces résultats permettent de mieux documenter les réalités des différentes populations trans et non binaires, trop souvent regroupées dans une seule catégorie statistique.
Harcèlement sexuel : des expériences plus fréquentes dans les lieux publics et en ligne
Les violences ne se limitent pas aux agressions physiques et sexuelles.
L’enquête révèle également que les personnes LGBTQ+ sont davantage exposées aux comportements sexuels non désirés dans les espaces publics, y compris à l’école et au travail, ainsi que sur Internet.
Ces comportements, qui ne constituent pas nécessairement des infractions criminelles, comprennent différentes formes d’interactions sexuelles imposées ou non sollicitées.
Statistique Canada souligne également qu’une proportion importante de personnes LGBTQ+ subissent de mauvais traitements en raison de la manière dont les autres perçoivent leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.
Les espaces numériques, les milieux scolaires et les lieux de travail font donc partie des environnements où se manifestent ces expériences de harcèlement et de discrimination.
Des écarts qui ne s’expliquent pas uniquement par l’âge
La population LGBTQ+ étant en moyenne plus jeune que la population hétérosexuelle et cisgenre, l’âge pourrait contribuer à expliquer une partie des différences observées.
Les chercheurs de Statistique Canada ont toutefois tenu compte de ce facteur dans leurs analyses. Les principaux écarts entre les populations LGBTQ+ et non LGBTQ+ demeurent présents après cet ajustement.
Il ne s’agit donc pas simplement d’une différence attribuable à la composition démographique des groupes étudiés.
L’enquête de 2025 constitue le deuxième cycle de l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés, après une première collecte réalisée en 2018. Pour cette nouvelle édition, Statistique Canada a augmenté le nombre de personnes transgenres et non binaires interrogées afin de permettre des analyses plus détaillées de leurs expériences.
Cette approche apporte un éclairage supplémentaire sur les différences qui existent au sein même des communautés LGBTQ+, notamment entre les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres et non binaires.
Des données qui interpellent les pouvoirs publics
Les résultats publiés par Statistique Canada posent une question importante : comment améliorer la sécurité de populations dont une proportion aussi élevée a déjà subi des violences physiques ou sexuelles?
Ils rappellent également que les besoins ne sont pas identiques pour toutes les personnes LGBTQ+. La forte prévalence des agressions sexuelles chez les femmes bisexuelles, tout comme celle des agressions physiques et sexuelles chez les personnes non binaires, mérite une attention particulière dans l’élaboration des politiques de prévention et des services d’aide aux victimes.
Pour les organismes communautaires, les établissements scolaires, les milieux de travail et les services publics, ces données constituent une base pour mieux cibler les interventions et reconnaître des expériences qui demeurent parfois insuffisamment documentées.
Au-delà des pourcentages, l’étude fait ressortir l’ampleur des violences vécues par les personnes de la diversité sexuelle et de genre au Canada. Et si elle ne permet pas, à elle seule, de déterminer les causes de ces écarts, elle confirme que les inégalités en matière de sécurité restent importantes.
Source : Statistique Canada, Expériences de victimisation avec violence et de comportements sexuels non désirés chez les personnes 2ELGBTQ+ au Canada, 2025, Juristat, 6 octobre 2026.

