On pourrait croire que les logorrhées verbales haineuses — ou, au mieux, méprisantes — envers les femmes trans constituent un phénomène relativement récent, tant elles semblent s’être encore plus imposées depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Pourtant, cette histoire est malheureusement beaucoup plus ancienne qu’on ne le pense. Dans Une brève histoire de la transmisogynie, l’historienne Jules Gill-Peterson s’intéresse aux origines historiques de la violence visant les femmes trans.
Elle montre que cette haine n’est ni apparue soudainement ni simplement le résultat de préjugés individuels, mais s’inscrit plutôt dans des structures sociales beaucoup plus vastes, liées à des rapports de pouvoir autour du genre et de la race et qui se sont notamment renforcés dans le contexte des systèmes coloniaux. L’ouvrage nous entraîne dans des lieux très différents — les villes portuaires de New York, de La Nouvelle-Orléans, de Londres et de Paris, mais aussi l’Inde sous domination britannique, les Philippines, Hawaï et plusieurs pays d’Amérique latine. À travers ces exemples, l’autrice démontre que les femmes trans se sont souvent retrouvées au croisement de plusieurs formes d’exclusion, plus particulièrement la surveillance policière, le travail du sexe et la précarité économique.
L’une des idées centrales du livre est par ailleurs que les empires coloniaux, en imposant leurs normes sur le sexe et le genre, ont contribué à faire passer certaines variations locales pour des comportements anormaux ou menaçants. L’un des grands intérêts de l’ouvrage tient à l’ampleur de sa recherche. Plutôt que de se limiter, comme c’est souvent le cas, à l’Europe occidentale ou à l’Amérique du Nord, une perspective beaucoup plus large est adoptée. L’autrice parvient ainsi à tisser des liens entre des événements éloignés dans le temps, tout en établissant comment ces derniers s’incarnent au cœur de mécanismes de violence contemporains. Un essai fascinant et d’accès aisé, qui plonge de plain-pied dans les origines de la haine à l’endroit des personnes trans féminines et permet d’en
comprendre les mécanismes et l’origine.
INFOS | Une brève histoire de la transmisogynie : pour une lecture anti-impérialiste de la transféminité / Jules Gill-Peterson (traduction de Mihena Alsharif et Nesma Merhoum). Montréal : Les Éditions du remue-ménage, 2026, 247 p.

